La mort de Spirou. Pour un critique, ça sonne comme le titre d’une chronique acrimonieuse du nouvel opus des aventures du héros plus que septuagénaire de la maison Dupuis. Pour le lecteur, qu’il soit assidu ou peu au fait de l’histoire avec un grand G comme groom du personnage et de ses déclinaisons et auteurs successifs, c’est une promesse intrigante (et quelque peu effrayante).

On peut préférer les recueils de strips aux épais romans graphiques, c’est mon cas, même si je place assez haut ces “sommes” incontournables que sont, par exemple, L’Ascension du Haut Mal de David B ou… (il y en a bien d’autres, mais ne commençons pas à dresser des listes). La Revanche des bibliothécaires de Tom Gauld (Éditions 2024) et From Eggman to Eggman de José Parrondo (L’Association) ont en commun d’enrichir la longue histoire des formes brèves.

Après Tarnac, un acte préparatoire, paru en 2011, Le livre des cabanes (2015), Trouver ici (2018) et Denis Roche, éloge de la véhémence (2019), Jean-Marie Gleize, dans son dernier livre Dans le style de l’attente, met au centre la question du nom dans un ensemble poétique traversé par l’enfance et la mémoire. L’occasion d’un grand entretien de l’auteur avec Emmanuèle Jawad.

Comment départager le bon grain de l’ivraie dans ce qui s’écrit sur Proust en cette année du centenaire de la disparition de l’écrivain ? Il se publie tellement de commentaires à son sujet que l’on demande grâce. De quoi vous passer le goût de la phrase à rallonge tant associée à l’écriture proustienne. Bertrand Leclair — car c’est de lui qu’il va être question ici même — nous gratifie pour sa part d’un essai de 300 pages paraissant chez Pauvert. C’est beaucoup et c’est sans doute un peu trop. Et le critique ne saurait être inspiré à tout moment.

Quel bonheur de lire, au milieu de cette rentrée littéraire si riche, le nouveau livre de Christian Rosset, Pluie d’éclairs sur la réserve, si fécond journal critique et si puissante réflexion plastique qui vient de paraître à L’Association. Dans ce que l’auteur nomme de lui-même une « hantologie », le critique se fait le guetteur mélancolique de notre modernité, la traquant notamment dans la bande dessinée comme autant de déambulations et flâneries dans le 9e Art. De Guido Crepax à Catherine Meurisse en passant par Godard, Rosset nous livre ses frottages esthétiques, ses éclairs des rencontres, ses aperçues fugitives mais durablement marquantes, dessinant à main levée un art poétique de la lecture. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre de ce diariste critique à l’occasion de la parution de cette impressionnante méthode de lecture que tout critique devrait lire.

La bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou propose, jusqu’au 10 octobre 2022, une exposition des œuvres de Chris Ware. Le parcours offert aux visiteurs déploie trente années de créativité intense, avec une large place laissée à ses planches originales, à son travail constant sur l’objet livre (qu’il renouvelle en profondeur), à des films où l’artiste américain explicite son travail et ses techniques. Installée au cœur de la bibliothèque, réalisée par Benoît Peeters et Julien Misserey en étroite collaboration avec Chris Ware, totalement gratuite, cette exposition est absolument exceptionnelle. Diacritik vous propose une promenade photographique dans ses allées.

Et dire que tu t’es fait avoir pendant 62 longues années ! Heureusement Caro était là, patiente, obstinée, qui a su faire tomber les masques, dénuder le roi, bouger les lignes, casser les codes, moucher toutes ces pleureuses pathétiques d’un autre temps. Ça t’a fait mal sur le coup, mais Caro a su t’ouvrir les yeux : Il ne restera rien de ton JLG, car tout était faux, bidon, un engouement coupable de mâle blanc qu’il convenait de circonscrire. Merci Caro.

Daniel Challe est photographe, il s’agit par conséquent avant tout de l’hommage d’un photographe, d’un livre écrit par un photographe qui se place sous le signe de cet artiste majeur qu’est August Sander, comme on a pu le constater de nouveau lors de l’exposition au Centre Pompidou, Allemagne, années 1920, la Nouvelle Objectivité (11 mai–5 sept. 2022). Une espèce d’art poétique ou de profession de foi.

L’action débute en 1936, alors que la guerre d’Espagne vient d’éclater. Un jeune anglais de douze ans, William, décide de quitter son village près de la Manche pour se rendre à Madrid où il espère toucher el gordo, le gros lot, soit 15 millions, pour les beaux yeux de sa dulcinée. Après avoir débarqué dans le sud de l’Espagne, muni de son ticket de loterie, il doit traverser un pays déchiré, en proie au chaos, pour rejoindre la capitale. Sur sa route, au milieu de nombreux périls, il croise Passe-montagne, petit garçon à l’inséparable cagoule et à l’imperturbable mutisme, qui deviendra son compagnon d’infortune autant que de fortune.

« La littérature pour moi est vivante et au cœur de la vie. Je ne suis pas d’un côté, citoyenne et de l’autre poétesse, écrivaine. Ma poésie est souffle de ce que je vis, mes textes portent mes convictions, mes élans, mes peurs, mes joies, mes espoirs et ma vision de la vie et du monde. Si je suis comme la plupart d’entre nous ébranlée par la pandémie, je suis surtout bouleversée par ce qu’elle confirme ici comme ailleurs : les inégalités sociales, le pouvoir des finances sur le bien-être des êtres humains ». (Evelyne Trouillot, Entretien, juin 2020)

De roman en roman, Evelyne Trouillot ne cesse de créer des situations narratives au plus près de la diversité d’Haïti, interpellant notre commune humanité. Les Jumelles de la rue Nicolas protagonistes de son huitième roman ne sont pas près de quitter notre esprit.