Je parle aux murs ? Tout enseignant l’aura pensé, au moins une fois. Je regarde mes élèves, je les écoute parler, je ne comprends rien. Sauf ceci : une distance immense, des kilomètres, des siècles. Plus : la certitude qu’aucun geste de ma part, ni de leur part, ne pourra jamais la réduire cette distance. De quoi s’agit-il ? Ça veut dire quoi que je parle aux murs ? Trouble de l’attention ? Distance générationnelle ? Culturelle ? Sociale ? Que puis-je faire ? Peut-être, au fond, rien.

Le Rienologue est le dieu de la Bourgeoisie actuelle ; il est à sa hauteur, il est propre, il est net, il est sans accidents. Ce robinet d’eau chaude glougloute et glouglouterait in saecula saeculorum sans s’arrêter. Honoré de Balzac, Les Journalistes

Le 12 janvier 2019

Christophe Prochasson,

Vous vous êtes engagé, ainsi que votre institution, l’EHESS, dans un combat contre les « dérives autoritaires » en Europe et les « atteintes intolérables à la liberté de penser » en Hongrie (Voir votre lettre du 10 décembre 2018, figurant sur la page d’accueil du site web de l’EHESS).

L‘émergence du gilet jaune dans l’espace de Facebook remonte à une époque où nous demandions à rejoindre des groupes qui n’étaient pas encore des pages. Parmi les plus populaires de l’année 2008, deux d’entre-eux remportaient de forts suffrages : le premier se moquait des « beaufs » qui dans l’avion applaudissent à l’atterrissage (« pour l’interdiction d’applaudir à l’atterrissage« , 1166 membres). L’autre, réagissait « contre les cons qui foutent leur gilet jaune fluo sur le siège auto” (1600 membres) ou « contre les cons avec leur gilet jaune en évidence sur leur siège de voiture » (541 membres).

Fin 2018, j’étais las. Cela faisait des semaines que j’essayais de rationaliser, de réfléchir, de dépasser le stade émotionnel qui fait réagir promptement et écrire des inepties en moins de temps qu’il n’en faut à Donald Trump pour commettre un tweet imbécile pris pour un communiqué de presse de la Maison Blanche par une moitié de la planète et pour une nouvelle raison de moquer la baderne américaine par la seconde. J’étais fatigué au point de retarder le moment où j’écrirais ce texte définitif et prétentieux qui aurait valeur de leçon (du moins dans mon esprit chagrin).

« Lycée Mozart 93 – des besoins, des désirs pas de moyens, c’est ça la violence » : voilà ce qui était inscrit sur la banderole du lycée Mozart du Blanc-Mesnil que des CRS ont confisquée aux professeurs partis manifester à Saint Lazare le samedi 8 décembre à l’appel du comité vérité et justice pour Adama pour rejoindre la manifestation des gilets jaunes.

Pour fêter le trou noir provoqué par notre spécialiste du genre, Aurélien Barrau, avec sa tribune publiée jeudi dernier (plusieurs centaines de milliers de nouveaux lecteurs en quelques heures ou le test grandeur nature des capacités d’accueil de notre serveur, on reconnaît là le scientifique), retour sur les enjeux de notre magazine, trois ans après sa création.

Soyons bref et clair, si possible. À quoi sert la culture ? Question mal posée. La culture ne sert à rien (elle n’a pas d’utilité spécifique et n’entre pas dans le processus de production-consommation, comme Arendt l’a facilement montré). Alors, quelle est sa valeur, sa fonction ? Et pourquoi une œuvre d’art, objet par essence inutile, est-elle parfois vendue à des prix si exorbitants ?

Alexandre Gefen, Oana Panaïté, Cornelia Ruhe et le comité de la Revue critique de fixxion française contemporaine manifestent leur stupéfaction devant les allégations contenues dans la tribune de M. Johan Faerber, intitulée « Contre la Zemmourisation de la critique littéraire » et parue sur Diacritik le lundi 15 octobre.

On a cru que le ministère de l’Identité Nationale avait disparu corps et bien avec Nicolas Sarkozy. C’était assurément un tort. Car, à la surprise générale, il vient de donner de ses tristes nouvelles, il y a à peine quelques jours, par la voix d’un consternant et dangereux appel à contributions émanant de la revue Fixxion, organe universitaire jusque-là sérieux et respectable, intégralement dévolu à l’étude de la littérature française depuis 1980.

Je ne vous connais pas bien mais vous aviez a priori toute ma sympathie et mon estime, j’avais beaucoup aimé vos premiers romans (Qumran et L’or et la Cendre), lus à leur parution, de beaux romans de plage intelligents, c’est tout ce que j’avais lu de vous, jusqu’à vos prises de position publiques contre la GPA, je parle de certains entretiens dans la presse et du court essai que vous venez de publier (Bébés à vendre), où vous racontez ce qui se passe notamment avec les mères porteuses du Laos, de Malaisie ou d’Ukraine.

Parmi les capacités éprouvées et conjuguées de la politique française, il en est certaines qui  surpassent récemment toutes les autres : la franchise brutale, l’approximation et le double jeu. Ces qualités semblent appréciées puisqu’elles elles portent depuis des décennies des candidats au pouvoir. Est-ce là l’esprit français dans son intimité la plus inavouable, son logiciel le plus édifiant ? Parmi ces manifestations, un argument révèle les mystères de la représentation publique : La théorie du ruissellement.