Dérangeant. Oui, dérangeant. Le livre de Karine Dusfour nous confronte à quelque chose que nous avions organisé de telle sorte qu’il nous soit possible de n’en rien vouloir savoir. La psychanalyse (encore elle) nous a appris depuis Freud que le refoulement ne porte pas sur une réalité inexistante, mais précisément sur ce qui, pour le sujet, insiste suffisamment pour devoir être tenu à distance. Lacan quant à lui, radicalisera ce paradoxe en montrant qu’un savoir peut parfaitement être là sans être assumé par celui qui le porte. Le sujet sait, mais ne veut rien savoir de ce savoir. Etonnant n’est-ce pas ?
Après deux premiers livres à sonder le désir, Robin Josserand fait paraître Après Mireille, un roman-enquête sur son arrière-grand-mère déportée.
Être artiste, c’est se différencier, refuser la régularité et la quotidienneté d’une existence imposée par les autres, les horaires, les compromis, les obligations professionnelles et familiales.
Il y a des jours où la réjouissance n’est pas de mise, où une quelconque foi en un avenir radieux et débarrassé des contingences semble impossible. À l’image de ce lundi 14 septembre quand, entre une centaine d’articles consacrés au premier concert parisien de Céline Dion et une brève sur le déclin des réserves mondiales d’eau douce, ma revue de presse quotidienne m’apprend le décès d’iconique et radicale Catherine Ringer à l’âge de 68 ans.
Le strabisme comme clé de voûte du récit familial : voilà le pari audacieux du premier roman de Victoria Kaario, aussi juste que drôle, qui sonde la folie et les violences d’un foyer à partir d’un trouble de la vision en apparence anodin.
Il semble quand même un peu illuminé, Byung-Chul Han, quand il nous livre, comme il le fait depuis quelques années déjà, des livres intitulés « Vita contemplativa », « Parler de Dieu » ou aujourd’hui « Contre la société de la peur » – qu’il sous-titre carrément, dans ce dernier cas : « L’esprit de l’espérance », et où il milite – philosophiquement – contre la dépression nationale, internationale, planétaire… Où il nous appelle ainsi à « penser » et même à « faire l’idiot » – car, dit-il, « seul celui qui est capable d’être idiot accomplit un nouveau départ, une rupture radicale avec ce qui existe déjà et quitte ce qui a été pour ce qui vient. Seul l’idiot peut espérer. »
Le 10 septembre 2026, invitée de l’émission Sens public sur Public Sénat, l’historienne Françoise Thom, spécialiste de la Russie soviétique et post-soviétique, avançait à propos de Vladimir Poutine une proposition aussi simple dans sa formulation que vertigineuse dans ce qu’elle engage : « Poutine aime la guerre. Il a pris goût à la guerre ».
« Que peut-on voir d’un visage effacé dans le miroir ? », s’interroge Sandra Moussempès dans « Le poème prolixe », interrogation qui tend l’ensemble de Chambre obscura, cette anthologie donnant à considérer l’essentiel de plus de trente ans d’écriture.
6 septembre 2026. Polémique stérile sur les réseaux sociaux, animée par la découverte d’un entretien avec Antoine Volodine dans un magazine d’extrême droite dont un des collaborateurs se trouve être un grand aficionado du porte-parole du post-exotisme. Cet entretien, certes mal placé, mais où l’interrogé se montre avant tout fidèle à lui-même, aurait pu paraître tel quel dans un canard du bord opposé. Alors qu’aucun d’entre eux n’a fait l’effort d’aller à la source, les auteurs et les autrices des posts et commentaires se partagent en deux camps : ceux et celles qui n’ont pas lu Volodine et ses hétéronymes et qui, sous prétexte de se positionner du « bon côté », celui des redresseurs de torts, déposent leur fiel ; ceux et celles qui les ont lus et qui rectifient le tir.
Patrick Bouvet fait paraître aux éditions KC Oscillant sous l’arc obscur des nouveaux soleils. À cette occasion, Antoine Dufeu s’entretient avec l’auteur à propos de ses collages.
Écrivain, poète, traducteur nord-américain, Guy Bennett vit à Los Angeles où il enseigne au Otis College of Art and Design.
On pense à Gracchus, au « Chasseur Gracchus » de Kafka, le chasseur mort dont la barque funèbre a suivi un trajet erroné à cause d’une mauvaise rotation du gouvernail, avec pour conséquence une barque qui parcourt dès lors les cours d’eau terrestres – et un chasseur qui voyage après sa mort par tous les pays de la Terre, au lieu de monter au Ciel… Mathias Enard, quant à lui, descend la Sèvre avec son canoë et qualifie son périple de « pèlerinage »… et même de « chemin de deuil »… Il poursuit là son cycle de la Mélancolie des confins…
Si comme l’écrit Adrienne Rich dans La maternité obligatoire, notre « expérience unificatrice, incontestable et commune à toutes et tous » est d’être né.e d’une femme, la relation entre une mère et sa fille n’en demeure pas moins distincte de celle qui lie une mère à son fils, toujours teintée d’ambivalence, pour le moins. C’est cette zone dangereuse de la relation entre une mère et sa fille que Louise Chennevière explore dans son quatrième roman, Faire la peau, paru aux éditions P.O.L. Ce n’est pas la première fois qu’elle accorde aux personnages féminins, et maternels, une attention particulière, depuis son premier livre, Comme la chienne, paru en 2019. Sauf que dans Faire la peau, les choses se précisent.
Debout dans tes rêves est un réseau de relations amoureuses. Le livre décline différents types d’amour : amours au présent ou amours passés, impliquant la sexualité ou non, amours se décomposant, détruits, qui demeurent.
« Je ne sais trop ce qu’est la poésie. Mais par contre très bien ce que c’est qu’une figue », avouait Francis Ponge.