Marielle Macé l’écrivait dans Façons de lire, Manières d’être (Gallimard, 2011), « la lecture est d’abord une « occasion » d’individuation : devant les livres, nous sommes conduits en permanence à nous reconnaître, à nous « refigurer », c’est-à-dire à nous constituer en sujets et à nous réapproprier notre rapport à nous-mêmes dans un débat avec d’autres formes ».

7textes composent L’Abattoir de verre de J.M. Coetzee, en librairies depuis hier, dans la traduction française de Georges Lory, au Seuil. 7 textes qui, rassemblés, forment le portrait fragmenté, diffracté d’une femme dont les lecteurs fidèles du romancier sud-africain, prix Nobel de littérature en 2003, perceront rapidement l’identité.

La parution d’un roman de Nicole Krauss est toujours un événement : ainsi Forêt obscure qui advient après de longues années de silence, ce « vide » si nécessaire à la création, comme nous l’explique la romancière dans le long et bel entretien vidéo qu’elle a accordé à Diacritik, en juin dernier, à Paris.

Exister éditorialement à l’ombre d’une nation littéraire prestigieuse avec ses grandes enseignes et ses auteurs fameux alors qu’on est de même langue n’est pas une mince affaire. Ce fut, face à la France, le sort de la Belgique francophone pendant quelques siècles. Et pourtant, lieu périphérique par définition, cette Belgique-là a connu maints épisodes marquants dans le domaine du livre.

Cet entretien, ce dialogue, ces entre-mots, entre-paroles, sont tissés de dialogues qui les précèdent. Si la véritable archéologie de ceux-ci est impossible à mener, fondamentalement infinie, leurs symptômes les plus signifiants se situent sans doute à l’endroit d’une incompréhension : celle résultant du dialogue avec ce film documentaire dont je ne saisis pas la dramaturgie, dont mes propres respirations paraissent en discordances avec les siennes, alors même que la matière qui le compose devrait presque obligatoirement me faire vibrer.