C’est une longue et belle lettre, comme on n’en écrit plus, adressée par Sophie Bessis à Hannah Arendt. Une causerie entre deux femmes. Elles « se parlent », avec plus de quatre décennies de distance. Le cadre est celui de la pandémie, avec ses silences propices à la réflexion, et à toutes les grandes interrogations que le virus suscite sur des sujets fondamentaux. Lorsque deux femmes sont face à face, elles ont beaucoup de choses à se dire, pour notre grand bonheur.

Après être passée par les éditions Stock, Denoël et Buchet-Chastel, Juliette Ponce fonde les éditions Dalva pour publier autrement : une dizaine de livres par an, tous écrits exclusivement par des femmes, pour porter leurs manières d’écrire le monde. Alors que paraissent aujourd’hui les deux premiers livres des éditions Dalva — L’Octopus et moi d’Erin Hortle et Trinity, Trinity, Trinity d’Erika Kobayashi —, Juliette Ponce a accepté de répondre aux questions de Diacritik pour expliciter l’axe profondément situé et engagé de son catalogue, nous présenter ses premiers titres mais aussi ses rêves d’éditrice.

La sortie de la traduction française du livre d’Andrea Long Chu, dans lequel celle-ci défend que « Tout le monde est une femelle, et tout le monde déteste ça », devrait créer un choc dans le contexte français. Dans la continuité de « Sur l’amour des femmes », considéré comme un texte majeur des études trans*, Femelles situe le désir au centre de sa pensée de la transitude et de l’articulation entre sexe et genre.

Depuis lundi 3 mai et jusqu’au 12 mai se tient un festival mais aussi un colloque aussi neuf que remarquable dans ses visées : « Qu’est-ce qu’une femme* poète ? » A l’initiative d’un collectif d’une dizaine de doctorant.es, chercheur.euses et de poètes, il s’agit de s’interroger sur l’histoire, la création et la politique de ce qu’on nomme une femme* poète. Devant ce si riche déploiement de lectures, interventions au cœur d’une résidence poétique, Diacritik ne pouvait manquer d’interroger ce collectif aux perspectives si enthousiasmantes et nécessaires.

S’il est toujours stimulant de réagir après lecture d’un ouvrage qui nous a “parlé” (même si son écriture s’avère aux antipodes de ce qu’on entend par parole ; même si dans un premier temps les mots nous manquent pour transcrire ce que notre corps et notre mémoire ont enregistré), il l’est davantage encore quand cet ouvrage dégage de vraies qualités graphiques. Souvenir des plus communs : l’émotion qui saisit l’écrivain au moment où, son livre venant de sortir des presses, il peut enfin le toucher, humer ses odeurs, d’encre et de papier, et en tourner les pages. Il m’est arrivé d’entendre, de la bouche d’auteurs pourtant exigeants, que leurs écrits pourraient être imprimés sur n’importe quel support, à partir du moment où le manuscrit est respecté. Mais personnellement, je n’ai que peu de plaisir à lire les ouvrages mal fagotés, mal composés, mal imprimés (et ne parlons pas des liseuses ou l’on peut changer la mise en page ou la police de caractères à volonté). Dans la réussite d’un livre imprimé, tout compte ; et tout devrait être pesé, jusqu’aux détails les plus insignifiants.

Les aventures de China Iron, de l’écrivaine argentine Gabriela Cabezón Cámara, est plusieurs livres à la fois : un conte, une utopie, un récit gauchesque, un roman d’éducation. Ce roman, finaliste de l’International Booker Prize 2020, est autant une critique politique qu’un récit écologiste, une aventure queer qu’un texte où la poésie entremêle les rythmes et forces naturels, l’Histoire, l’imaginaire, les corps. Il s’agit d’un livre où l’identité est subvertie, renversée, remplacée par d’autres relations au sein de ce qui est.