Paru peu de temps après le décès de Jean-Marie Gleize survenu ce 12 mars 2026, L’atelier invisible de Jean-Marie Gleize est une conversation au long cours menée par Cécile Sans avec Jean-Marie Gleize.
« Nous adorons les femmes de Renoir (…) » disait Proust – « dans lesquelles, avant le traitement, nous nous refusions à voir des femmes. » (Essais, Pléiade/Gallimard, 2022). Dans sa correspondance qui paraît aujourd’hui, Auguste Renoir (1841-1919) raconte des horreurs sur les femmes artistes, en particulier – qui ne sont que des « veaux à cinq pattes » (il le dit aussi des femmes littéraires, avocates et politiques). Il dit être pour la femme qui sait faire un œuf sur le plat et raccommoder des chaussettes : « Ce sont les vraies », disait-il carrément. Il épargne juste la chanteuse et la danseuse : « Dans l’antiquité, et chez les peuples simples, disait-il, la femme chante et danse et n’en est pas moins femme. La grâce est de son domaine. » Renoir misogyne ?
Il y a quelque chose de tonifiant dans la poésie de Gabriel Dufay, une attention au monde, un regard à la fois doux et ferme, moins une invitation au voyage qu’une déclaration d’amour adressée au monde.
Roberto Juarroz écrivait : « Le poète est un homme vulnérable, comme tout un chacun. C’est pourquoi il est extraordinaire que de sa précarité puisse s’élever une force que l’on n’attend guère du terreau où elle naît. Qu’en dépit de sa débilité et de toutes les résistances qui s’y opposent, l’homme soit capable de créer certaines formes qui témoignent de son être ».
À l’occasion de la parution de les dires, entretien entre Lénaïg Cariou et Laure Gauthier.
On sait qu’au théâtre ou en musique une œuvre est inséparable de son interprétation et qu’il faudrait ainsi toujours citer l’interprétation la meilleure – comme par exemple Mozart dans son lied le plus célèbre, intitulé Abendempfindung, en fa, K. 523, par l’incomparable mozartienne Irmgard Seefried – ou encore le 23è concerto pour piano et orchestre, en la, K. 488, joué par Clara Haskill… « Interpréter c’est jouer », dit aujourd’hui Johann Michel dans son essai éponyme, savamment sous-titré « Herméneutique musicale », où il montre – en trois temps – qu’interpréter c’est déchiffrer – c’est performer – c’est aussi écouter …
« Un compost dans la tête », entretien avec Kevin Barry (Les Amours en fuite)
L’auteur irlandais Kevin Barry publie aux éditions Métailié son quatrième roman traduit en français, Les Amours en fuite, […]
En mars 2022, Marielle Hubert publie son premier roman : Ceux du noir.
« Le Moyen Âge est un enfant élevé par un vieillard… », disait Antoine Auguste Cournot que Marc Bloch citait dans ses Carnets inédits 1917-1943, qu’on peut lire aux éditions Amsterdam. Dans La Société féodale (qui a reparu le 22 avril dernier dans une édition revue et augmentée avec une préface de Mathieu Arnoux), Marc Bloch dit que ce monde qui se croyait très vieux était en fait dirigé par des hommes jeunes.
On connaît l’une des ritournelles majeures d’Édouard Glissant : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde. » C’est peu dire que le bassiste le plus célèbre de la pop-music – qui avait commencé par la trompette, offerte par son père Jim – l’a fait sienne, Paul McCartney.
Dans le passage suivant, tout y est :
C’est un drôle de livre de Joyce Maynard qu’ont publié les éditions Philippe Rey, dans une traduction de Laurence Richard, en mai dernier. Parue aux États-Unis en octobre 2022, cette novella est une commande d’Amazon Original Stories. Le cahier des charges de la plateforme se piquant d’édition est rempli par l’autrice : s’inspirer d’une affaire criminelle qui venait de bouleverser les États-Unis et le monde entier, le meurtre de l’influenceuse Gabby Petito par son petit ami, en 2021. Mais le livre n’est jamais qu’une sorte de concentré aseptisé de ce type de true crime, un vade-mecum de tout ce qu’il ne faut pas faire.
Séries ou films vite faits-mal faits, sur-côtés, ou franchement mauvais et dont le succès critique ou public dépasse l’entendement, visionnages qui, eux, ne dépassent pas la fin de la séquence pré-générique… Quelques critiques expéditives histoire de passer moins de temps à écrire des roasts en règle qu’à regarder des bouses à la télévision.
Avec Des dragons dans les halls, publié aux éditions Rue de l’Échiquier, Julien Villa signe un livre incandescent, drôle, brutal, profondément tendre, où l’enfance des cités se donne comme une épopée mal rangée, une mythologie de cage d’escalier, de frites surgelées, de télé au son trop fort, de mangas et de rap surgissant comme une belle langue nouvelle.
Il est tôt le matin, il n’y a personne sur la plage, debout sur le rocher qu’elle a escaladé, Noor balbutie : « Voilà, c’est tout ce que je veux : pouvoir plonger. Je ne demande pas la lune. Je veux pouvoir venir ici quand je veux, aussi souvent que je veux. » Comme les garçons, « pouvoir plonger, nager et être libre. (…) Et ce cri, ce cri qui sort des entrailles, celui que tous les garçons poussent en sautant : « À la moriskaaaa !!!! ». Alors moi aussi, aujourd’hui en plongeant je veux crier, à m’en faire exploser les cordes vocales : « À la moriskaaaa !!!! ». »