Si comme l’écrit Adrienne Rich dans La maternité obligatoire, notre « expérience unificatrice, incontestable et commune à toutes et tous » est d’être né.e d’une femme, la relation entre une mère et sa fille n’en demeure pas moins distincte de celle qui lie une mère à son fils, toujours teintée d’ambivalence, pour le moins. C’est cette zone dangereuse de la relation entre une mère et sa fille que Louise Chennevière explore dans son quatrième roman, Faire la peau, paru aux éditions P.O.L. Ce n’est pas la première fois qu’elle accorde aux personnages féminins, et maternels, une attention particulière, depuis son premier livre, Comme la chienne, paru en 2019. Sauf que dans Faire la peau, les choses se précisent.

Il faut les imaginer, les pensionnaires de la Villa Médicis, « à ratisser tous les angles du bâtiment, à creuser sous les statues, à sonder les livres de la bibliothèques – à inspecter même les noms de ceux qui les ont feuilletés avant eux »… disent Juliette Belleret et Nicolas Daubanes dans le tout dernier numéro de Studiolo, la revue d’histoire de l’art de l’Académie de France à Rome – sise Villa Médicis – qui nous fait penser là à la toute première phrase de La Soirée avec Monsieur Teste : « La bêtise n’est pas mon fort »…

« Pourquoi défendre encore la fiction aujourd’hui ? » C’est la première question posée par Victor Dumiot à Lolita Pille dans ce grand entretien avec l’autrice d’Antigone Reine paru en janvier dernier. La question peut sembler rebattue, pour Victor Dumiot, elle est pourtant essentielle tant « le mot est devenu suspect, presque frivole, alors qu’il désigne peut-être l’une des dernières formes sérieuses de connaissance de soi, des autres, du monde ».

Ayant passé la fin du printemps et une bonne moitié de l’été en compagnie d’Infernus Iohannes, hétéronyme d’Antoine Volodine, ou plutôt de Jean Desvignes, et bien que cette lecture ait été, de temps à autre, interrompue par un récit à paraître, ou un roman-feuilleton sorti du grenier (mais jamais par un « roman de la rentrée »), ce ne fut pas si évident de passer de Dernière livraison à La Hantise, puis de La Hantise à De l’autre côté du lac – les deux seuls ouvrages de cette rentrée romanesque reçus avant parution, l’un comme l’autre publiés aux Éditions de Minuit, un des onze éditeurs de Retour au goudron pour l’excellent Chagrins.

Trente ans ont passé lorsque Jeanne apprend la mort de son ancienne professeure de sport. Dans les vestiaires du collège, cette femme la agressée sexuellement. Jeanne nen a rien dit. Devenue adulte, elle décide dentrer par effraction dans la maison de celle qui vient de mourir… Elle ouvre les tiroirs, fouille les placards, regarde les vêtements et les objets. Que cherche-t-elle exactement ? Une preuve, une explication, ou quelque chose qui permettrait enfin dinscrire dans la réalité ce qui, pendant trente ans, est demeuré sans véritable représentation ?

Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.

Avec Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov écrit un roman générationnel et politique, le roman d’une génération de jeunes homosexuels dans la Russie des années 90-2000. Il écrit sur ce qu’aurait pu être cette génération, sur ce qu’elle a entrevu puis perdu. Il écrit sur ce qu’il en reste : des images, des mots, des rêves évanouis ou encore présents mais ailleurs, loin de la Russie.