« Je ne sais trop ce qu’est la poésie. Mais par contre très bien ce que c’est qu’une figue », avouait Francis Ponge.
Il faut les imaginer, les pensionnaires de la Villa Médicis, « à ratisser tous les angles du bâtiment, à creuser sous les statues, à sonder les livres de la bibliothèques – à inspecter même les noms de ceux qui les ont feuilletés avant eux »… disent Juliette Belleret et Nicolas Daubanes dans le tout dernier numéro de Studiolo, la revue d’histoire de l’art de l’Académie de France à Rome – sise Villa Médicis – qui nous fait penser là à la toute première phrase de La Soirée avec Monsieur Teste : « La bêtise n’est pas mon fort »…
« Pourquoi défendre encore la fiction aujourd’hui ? » C’est la première question posée par Victor Dumiot à Lolita Pille dans ce grand entretien avec l’autrice d’Antigone Reine paru en janvier dernier. La question peut sembler rebattue, pour Victor Dumiot, elle est pourtant essentielle tant « le mot est devenu suspect, presque frivole, alors qu’il désigne peut-être l’une des dernières formes sérieuses de connaissance de soi, des autres, du monde ».
Dans l’abri anglais, de Laurence Werner David, déploie son aura dès les premières pages, distillant une atmosphère archaïque comme exhumée des profondeurs.
Ayant passé la fin du printemps et une bonne moitié de l’été en compagnie d’Infernus Iohannes, hétéronyme d’Antoine Volodine, ou plutôt de Jean Desvignes, et bien que cette lecture ait été, de temps à autre, interrompue par un récit à paraître, ou un roman-feuilleton sorti du grenier (mais jamais par un « roman de la rentrée »), ce ne fut pas si évident de passer de Dernière livraison à La Hantise, puis de La Hantise à De l’autre côté du lac – les deux seuls ouvrages de cette rentrée romanesque reçus avant parution, l’un comme l’autre publiés aux Éditions de Minuit, un des onze éditeurs de Retour au goudron pour l’excellent Chagrins.
Écrire n’est pas chose aisée. Les rentrées littéraires qui se succèdent et leur lot assommant de publications ont tendance à nous le faire oublier.
En vacances, un couple récemment formé et fort préoccupé de ce nouvel amour m’a posé cette question : es-tu romantique ?
Trente ans ont passé lorsque Jeanne apprend la mort de son ancienne professeure de sport. Dans les vestiaires du collège, cette femme l’a agressée sexuellement. Jeanne n’en a rien dit. Devenue adulte, elle décide d’entrer par effraction dans la maison de celle qui vient de mourir… Elle ouvre les tiroirs, fouille les placards, regarde les vêtements et les objets. Que cherche-t-elle exactement ? Une preuve, une explication, ou quelque chose qui permettrait enfin d’inscrire dans la réalité ce qui, pendant trente ans, est demeuré sans véritable représentation ?
« La dernière pièce de l’édifice posé dans une zone intermédiaire ». Entretien avec Antoine Volodine
Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.
La fille de Mars, c’est Hélène Smith, pseudonyme d’Élise Müller, médium et artiste suisse, voyageant astralement à travers l’Univers, rencontrant des civilisations extraterrestres, communiquant avec des esprits, avec la Vierge ou des anges qui lui dictent des consignes, qui l’obligent à réaliser des tableaux.
Aust est un livre qui peut se lire comme une sorte d’histoire du langage. Une histoire qui, quoique n’étant pas chronologique, a bien un commencement et une fin ou, en tout cas, des perspectives finales.
Avec Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov écrit un roman générationnel et politique, le roman d’une génération de jeunes homosexuels dans la Russie des années 90-2000. Il écrit sur ce qu’aurait pu être cette génération, sur ce qu’elle a entrevu puis perdu. Il écrit sur ce qu’il en reste : des images, des mots, des rêves évanouis ou encore présents mais ailleurs, loin de la Russie.
Devenir enseignant est moins une vocation qu’une folie. Du moins, c’est une source d’éternelle inquiétude. Il n’y a qu’à lire La solitude des professeurs est infinie pour en avoir un aperçu.
Une maison abandonnée, au cœur d’une vie de lotissements ; les élans d’une bande d’adolescents, confrontés à leurs désirs et leurs cauchemars, dans la nébuleuse de ces années 90, ces « uncanny nineties ». Le Fils de l’homme, le précédent roman de Jean-Baptiste Del Amo, s’aventurait déjà discrètement vers les lisières du genre, et La Nuit ravagée passe ce point de non-retour où le réel se métamorphose pour laisser place à l’hypertrophie de l’horreur – dans un hommage au genre et une revitalisation vivifiante de la forme romanesque. Retour sur une rencontre avec son auteur pour explorer les arcanes de ses fantasmes, alors que le livre paraît en poche, aux éditions Folio.
Dans sa Bibliothèque, Diodore de Sicile nous apprend qu’Osiris, après qu’Isis eut inventé l’orge et le froment, fit perdre aux hommes l’habitude de se manger entre eux.