Aglae

Dans la mythologie grecque, Aglaé, fille de Zeus ou d’Hélios selon les sources, fait partie des rayonnantes Charites (les Grâces romaines). La déesse éternellement jeune représente la séduction et la beauté dont témoignent les célèbres représentations de Cranach ou de Raphaël entre autres, ça c’est fait, c’est pour la grande culture.

Mais, Aglaé. Le spectacle est de Jean-Michel Rabeux, avec Claude Dégliame. Si le mot « artiste » signifie encore quelque chose, Rabeux-Dégliame en sont, des artistes, des vrais, c’est incontestable. J’ai vu le spectacle dimanche,

Nina Leger
Nina Leger

Comment écrire le sexe ? Non pas l’acte sexuel, ou pas seulement, non pas la pornographie, ou pas seulement, mais le sexe masculin, exhibé, fétichisé, débarrassé de tous les oripeaux des récits conventionnels ou déjà écrits, trop lus, des discours qui le narrativisent, l’érotisent, le réduisent ? Tel serait le propos de Nina Leger dans son dernier livre, « romance », dit-elle, mais d’aujourd’hui, Mise en pièces comme on démantèle un attendu, comme « elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances ».

Seattle, 1999
Seattle, 1999
Fin 1999, à Seattle, « à l’orée du nouveau millénaire, à un mois de la fin du siècle américain », plusieurs dizaines de milliers de personnes défilent, protestant contre le sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce qui doit avoir lieu dans la ville du 30 novembre au 3 décembre, pour empêcher sa tenue. L’événement est au centre de Ton cœur comme un poing de Sunil Yapa qui vient de paraître chez Rivages dans une traduction de Cyrielle Ayakatsikas, un roman justement dédié « aux plus de 50 000 personnes qui ont fait en sorte que cela se produise. Un autre monde n’est pas seulement possible, il est en marche. Les jours de silence, je l’entends respirer ».
Sylvain Bourmeau © Jérôme Bonnet
Sylvain Bourmeau © Jérôme Bonnet

« On rature machinalement avec un vieux bic les mots et les chiffres écrits par d’autres sur le recto d’un bottin tenu par une chaine dans une cabine téléphonique : ça finit par faire un trou » clame avec son énergique détermination Olivier Cadiot à l’entame de son Histoire de la littérature récente, tome 1 comme pour venir tracer du geste inaugural d’écrire au contemporain de nous la nécessité neuve de se sauver des chaines continues de discours qui, au quotidien, empêchent la parole de se dire. À l’évidence, cette impérieuse injonction à raturer tous les langages pour trouver sa voix et à se soulever devant le gribouillage aveugle et bavard d’un monde pour écrire un livre et faire trou dans la parole pourrait tenir lieu de parfaite escorte à la lecture sinon de programme d’écriture au salutaire et singulier premier livre de Sylvain Bourmeau, Bâtonnage paru en cette rentrée d’hiver chez Stock.

capture-decran-2017-01-13-a-15-35-34

Elle est pas mal, la femme, j’ai bien aimé son accent.
Qu’est-ce que tu veux dire, terroir ? Oui, mais pas dans un sens péjoratif. Ok, mais c’est qui c’est ? D’où vient-elle, tu la connaissais ?
A chaque fois c’est le même coup, un groupe de mecs et une seule femme, comme pour représenter l’espèce, genre. Comme si pas de femme du tout, ils osaient pas, alors qu’au fond…

Nul besoin d’être un beatlemaniaque ou un féru de cette vague de fond des vies imaginaires qui s’est (ré)emparé de la littérature pour plonger dans L’Œuf de Lennon, second roman de l’écrivain irlandais Kevin Barry, tout juste traduit aux éditions Buchet Chastel par Carine Chichereau. Si John Lennon est bien la figure centrale du livre, c’est moins en tant que célèbre membre du groupe qu’homme en pleine crise, voulant échapper au monde et à ses propres démons. 3 days in a live : « Il va passer trois jours sur son île. Voilà tout ce qu’il demande. Pouvoir hurler de tout ses poumons, bordel, hurler les jours en nuits, hurler aux étoiles la nuit — s’il y a des étoiles, qu’elles se manifestent ».