Nombre d’expositions dans les musées (Georges Perec, modes d’emploi à la BnF, Cézanne et nous au Grand Palais, Kurt Schwitters. Le chaos-monde 1918-1948 au Musée Picasso, Stéphane Bordarier et Daniel Dezeuze dans les Collections du Musée d’art moderne Paris), ou dans des galeries (Anthony Caro chez Templon, Saül Steinberg chez Claude Bernard, Fabio chez Huberty & Breyne, etc.), de commémorations (Michel Foucault 100 ans, Bill Wyman, 90 ans), de sorties de films (Les Recommencements d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter dont nous avions parlé ici, il y a un an), pourraient donner matière à plus d’un épisode de Terrain vague, si le temps – partagé, d’écriture à lecture – devenait tout à coup extensible à l’envi.

Il n’est pire critique que celle qui détourne l’objet (livre, film, série, œuvre théâtrale ou d’art) dont elle entend rendre compte au profit d’un parti pris journalistique ou à l’aune d’une actualité « brûlante » qui transforme l’œuvre en prétexte ou, pire, la réduit au statut d’illustration… À moins de s’en remettre à l’étymologie du mot actualité : « état de ce qui est réalisé, mis en application ». Pas besoin de vous faire un dessin, au regard de tout ce qu’il se passe actuellement, nous vivons au temps des salauds. Rencontre avec un livre nécessaire et ses deux auteurs.

Il ne faut pas croire que La Guerre éternelle d’Olivier Rolin, malgré son sous-titre, ne parle que de Troie. C’est bien d’une permanence de la guerre, d’une certaine conception de la guerre et de l’Histoire que traite ce livre, comme le souligne l’exergue emprunté à Walter Benjamin, rappelant que l’ange de l’histoire, tourné vers le passé, ne voit « qu’une seule et unique catastrophe ». Troie est l’autre nom de cette guerre éternelle à laquelle les hommes se livrent et, plus surprenant, l’autre nom de l’amour.

Philippe Sollers (1936-2023) aimait de nombreux peintres (et beaucoup Picasso) – « mais aucun ne m’émeut autant, sans raison, que Cézanne » disait-il dans Le Paradis de Cézanne, qu’il avait publié en 1995 aux éditions Gallimard, et qui reparaît aujourd’hui, alors que l’exposition « Cézanne et nous » a ouvert ses portes au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 17 janvier prochain.

Les films sur l’occupation permettent aux critiques plus ou moins inspirés de conclure sur le cliché officiel des films sur l’Histoire « Une œuvre d’une actualité brûlante ».  ça fonctionne pour tous les films de guerre, sur les dictatures, l’ère Meiji, « La Guerre du feu »… Mettons les choses au point tout de suite, Notre Salut est bel et bien une œuvre d’une actualité-brulante. Il faut avouer que, au-delà du point Godwin, l’Histoire a tendance à se répéter, d’une part parce que les Hommes ont tendance à sécher les cours d’Histoire, ensuite parce que, peu importe les leçons que l’on peut recevoir, la nature humaine est immuable.