Dans Feux follets, roman choral qui met en scène une communauté de farfelunaires inspirée de ses expériences militantes et communautaires, l’auteur, documentariste et dramaturge Camille Desombre utilise la séduction de l’imaginaire fantasy et SF pour mettre en scène une réflexion sur les espaces militants queers et sur notre relation aux vivant·es non-humain·es, aux corps et aux désirs.

Un roman naît souvent d’une phrase obsédante qui devient parfois son incipit. Ici la phrase, ressassée mais incomplète, est le point de départ réitéré d’une enquête de la narratrice, la Jennifer du titre, pour se « reconstituer » elle-même en suivant « la procédure réservée aux affaires criminelles ».

Nombre d’expositions dans les musées (Georges Perec, modes d’emploi à la BnF, Cézanne et nous au Grand Palais, Kurt Schwitters. Le chaos-monde 1918-1948 au Musée Picasso, Stéphane Bordarier et Daniel Dezeuze dans les Collections du Musée d’art moderne Paris), ou dans des galeries (Anthony Caro chez Templon, Saül Steinberg chez Claude Bernard, Fabio chez Huberty & Breyne, etc.), de commémorations (Michel Foucault 100 ans, Bill Wyman, 90 ans), de sorties de films (Les Recommencements d’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter dont nous avions parlé ici, il y a un an), pourraient donner matière à plus d’un épisode de Terrain vague, si le temps – partagé, d’écriture à lecture – devenait tout à coup extensible à l’envi.

Il n’est pire critique que celle qui détourne l’objet (livre, film, série, œuvre théâtrale ou d’art) dont elle entend rendre compte au profit d’un parti pris journalistique ou à l’aune d’une actualité « brûlante » qui transforme l’œuvre en prétexte ou, pire, la réduit au statut d’illustration… À moins de s’en remettre à l’étymologie du mot actualité : « état de ce qui est réalisé, mis en application ». Pas besoin de vous faire un dessin, au regard de tout ce qu’il se passe actuellement, nous vivons au temps des salauds. Rencontre avec un livre nécessaire et ses deux auteurs.

Il ne faut pas croire que La Guerre éternelle d’Olivier Rolin, malgré son sous-titre, ne parle que de Troie. C’est bien d’une permanence de la guerre, d’une certaine conception de la guerre et de l’Histoire que traite ce livre, comme le souligne l’exergue emprunté à Walter Benjamin, rappelant que l’ange de l’histoire, tourné vers le passé, ne voit « qu’une seule et unique catastrophe ». Troie est l’autre nom de cette guerre éternelle à laquelle les hommes se livrent et, plus surprenant, l’autre nom de l’amour.