« Qu’est-ce qu’aimer pour un écrivain ? Une histoire peut-elle être vécue sans devenir récit ? » : cette question est à la source du dernier livre de Camille Laurens, Ta Promesse, qui paraît en poche aux éditions Folio. Cette promesse est celle que Claire, autrice, avait faite à son compagnon, Gilles, de ne pas écrire sur lui. C’était le temps de l’amour plein, sans partage, celui où l’on renonce à tout, même à ce qui fait sa vie : écrire.
Jacques Rancière réédite à La Fabrique son grand essai intitulé Aisthesis, qu’il avait initialement publié en 2011 aux éditions Galilée, où l’on lisait alors les grands livre de Derrida, Baudrillard, Virilio… qui nous expliquaient la déconstruction, le crime parfait du réel ou encore la bombe informatique – tout ce que l’on est en train de vivre aujourd’hui.
Pour sa 19e édition, le Festival Jerk Off demeure fidèle à son projet initial, se voulant un lieu pour la mise en avant de la diversité queer.
Drôle de pistolet, ce monsieur Grall né en 1930 Landivisiau et mort en 1981 à Quimperlé. Et ça tombe bien : à l’heure des sempiternelles rentrées « littéraires » préfabriquées et des excommunications binaires témoignant d’une affligeante paupérisation des esprits, l’anthologie Je veux le ciel sans perdre la terre. Poèmes, articles, essais et romans. (1) ne pourra que raviver votre gout de la chose écrite.
17 septembre 2026. Projection de Notre salut, film d’Emmanuel Marre, au centre Wallonie Bruxelles à Paris. Dès le premier plan, on a la sensation de faire un bond en arrière dans le temps, non parce que le film démarre en septembre 1940, mais parce qu’il nous fait songer à cette époque aujourd’hui lointaine où certains cinéastes, et non des moindres, tournaient en 16mm, pour raisons d’économie (mais pas seulement). Sans être grand technicien en la matière, on ressentait physiquement le grain, et les effets, souvent positifs, de cette « pauvreté » qui aura généré tant de chefs-d’œuvre comme Shadows, India Song, Le Rayon vert, Le Pont du Nord – et tant d’autres.
Dans La honte, Aïda N’Diaye explore la destructivité, la violence et la dimension politique de cet affect répandu, mais inégalement distribué.
« Sans autre sillon possible, nous continuerons à croire. » Un nom dissimulé sous un bandeau noir, un chœur-poème qui fait passer du « je » au « nous », une postface signée par la psychanalyste du narrateur…
Angie David nous dit que c’est « l’écrivain Beauvoir » qui l’intéresse, « avec ses contradictions et ses repentirs », au point de faire siens les propos tenus par le jeune Louis dans Les Mandarins : « On finit par oublier qu’il existe d’autres choses sur terre (…). Des choses qui s’appellent la beauté, la poésie, la vérité. Personne ne s’en soucie plus. »
Avec Eugène – Histoire d’une amitié, Belinda Cannone rend hommage à l’un des plus beaux adjectifs de la langue française : fraternel.
Le livre de Jane Sautière traite d’un sujet (« les exilés en Europe, dans une grande ville riche d’un pays riche ») et délimite un point de vue (« mes propres observations au fil des jours, subjectives »).
Dans son deuxième recueil, Se Renifler quasi bestial, la voix de Fanny Lambert s’est acérée : l’absence s’est muée en espace de rencontre et d’altération, où la langue tourne autour des corps, face à leur fureur.
Les 1,2 milliards d’écoute du compteur Spotify de Midnight city (2011), tube de son groupe M83, ou son travail sur la bande originale de Oblivion avec Tom Cruise (2013) n’y font rien : Anthony Gonzales est plus enclin à se vouer à l’essence de la musique et à toutes ses voies parallèles plutôt qu’à la gloire des réseaux. La preuve avec un dixième album plus engagé vers l’underground que jamais, intitulé I wrote you a letter et pensé comme une adresse délicate et appliquée (à une femme, un auditeur, un être indéterminé ?).
Un soir du mois d’août, tard, par ennui, lassitude, canicule, j’ai revu La nuit des morts-vivants de Georges Romero.
C’est à la constance – thématique, fidélité à soi, à ses origines, à sa langue, à sa musique, à son rythme – que l’on reconnaît la signature d’un écrivain. Mais c’est à l’art de la variation – des voix, des regards, des constructions narratives et de leurs enjeux – que l’on mesure la force et la singularité de son travail.
Ce qui saute aux yeux, c’est ce tableau de Giorgione qui fait aujourd’hui la couverture de la nouvelle édition de ce vieux roman du XVIIè siècle, Mathilde de Madeleine de Scudéry (1607-1701), prude parmi les prudes (céleste prude).