Comme chaque année – depuis l’année dernière –, voici l’ouverture du Journal de bord du festival de Cannes.
Séries ou films vite faits-mal faits, surcôtés, franchement mauvais et dont le succès critique ou public dépasse l’entendement, visionnages qui ne dépassent pas la fin de la séquence pré-générique… Quelques critiques expéditives histoire de passer moins de temps à écrire des roasts en règle qu’à regarder des bouses à la télévision.
16 avril 2026. Ces derniers jours, relecture des Philémon de Fred : pur bonheur, bien au-delà du simple plaisir des retrouvailles. Ces 750 pages (env.) refermées, j’ouvre le deuxième volume de l’Œuvre complète de Gotlib (en coédition Dargaud / Fluide glacial) : « l’Intégrale définitive, chronologique et remastérisée de l’œuvre de Gotlib en plusieurs volumes » (on en saura le nombre exact dans quelques années, à raison de deux volumes par an).
Rimbaud avait souhaité « réinventer l’amour » ; Jarry l’avait fait dans Le Surmâle, qu’il avait sous-titré : « roman moderne », et qui commençait par cet axiome : « L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment. » Ça se passait il y a un peu plus de cent ans. C’était l’aventure d’Ellen et de Marcueil, qui prenait à revers toute la tradition amoureuse.
Parce que les crises écologiques que nous traversons nécessitent de l’imagination, dans l’action comme dans le renouvellement des formes littéraires, Laure Limongi crée avec l’Invention de la mer une fiction qui entrelace les genres littéraires. Paru aux éditions du Tripode en janvier 2025, son récit hybride roman, conte, essai et poésie, dessinant un futur utopique de créatures chimériques marines. La narratrice, elle-même chimère de poulpe, traduit au lecteur, en « obsohumain », un langage fait d’odeurs et de vibrations dans un texte qui s’enrichit de notes de bas de page, d’intertextualité et de lexiques. L’hybridité de la langue rejoignant celles de la structure du récit et des personnages, témoigne de la volonté de l’autrice de raconter autrement un monde à réinventer.Entretien avec Laure Limongi.
Mathilde Girard, cinéaste, écrivaine et psychanalyste, se consacre à Adrien Borel (1886-1966) psychiatre et psychanalyste français, analyste de George Bataille, dans un roman mêlant histoire, psychanalyse et littérature, où jaillissent les mots des grands acteurs intellectuels des années 30. On entre chez Borel et on écoute George Bataille, on saisit les mouvements de Michel Leiris et la puissance de Colette Peignot. Elle nous a accordé un grand entretien à l’occasion de la sortie de ce cinquième volume de la collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard.
L’écriture de Véronique Pittolo s’appuie sur une logique sérielle et sur le montage entre séries, des sortes de greffes.
Diacritik se met en mode pause, à bientôt pour la suite.
Tandis qu’on commémore les quinze ans de l’accident nucléaire de Fukushima, Véronique Brindeau fait paraître Les arbres de Nagasaki. Dès le début, tout est dit : « Les arbres sont d’un autre temps. Ceux de Nagasaki, d’un autre temps encore ». Raison pour laquelle, sans doute, ces arbres ont tant à nous dire.
On est romancier ou on ne l’est pas. Comme en témoigne son dernier livre, L’Ancien Enfant, et bien qu’on puisse en le lisant et par moments éprouver la sensation de perdre pied, Pierre Chopinaud l’est à n’en pas douter.
Tout le monde connaît Théophile Gautier. Personne ne connaît Théophile Gautier.
Il ne s’agit pas là « d’entrer dans l’arène des interminables arguties concernant l’adhésion du philosophe à l’idéologie nazie » dit Georges Didi-Huberman dans ce nouvel essai pour parler de l’auteur d’Être et Temps, de « L’origine de l’œuvre d’art » et de son voyage en Grèce en 1962. Essai qu’il n’a pas intitulé « l’oubli de l’être » mais L’éboulis.
29 mars 2026. Opposant plus que jamais mélancolie à nostalgie, je résiste à la tentation de déposer les outils – ceux de l’écriture, qui donnent voie aux sons et voix aux graphismes –, ruminant intérieurement cette question : comment ne pas traverser ce qui me reste à vivre (mettons la durée d’une enfance, ce qui ne serait pas si mal) dans un jetlag permanent ? Aujourd’hui, c’est l’heure d’été, il faut un peu de temps pour s’y accoutumer.
« Painting is what allows me to survive. »
[ La peinture, c’est ce qui me permet de survivre. ]
Plus grande peintresse abstraite de sa génération aux États-Unis, et la première femme à avoir une exposition en solo au Musée d’art moderne de Paris, en 1982, Joan Mitchell vécut presque quarante ans en France, dont presque un quart de siècle dans une maison voisine de celle où avait habité Claude Monet à Vétheuil. Elle parlait un français absolument impeccable, pratiquement sans accent étranger.