Mais si je dis ça, est-ce que je casse mon image ? D’ailleurs, on m’a encore dit récemment que j’étais snob. Me dire ça, à moi qui, entre deux rediffusions de La Zizanie, du Distrait ou de La Cage aux folles, ai grandi avec les télé-crochets d’alors, découvrant les chanteuses et les chanteurs populaires dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier : France Gall, Sheila, Joe Dassin, Michel Sardou, Carlos, Mike Brant, Il était une fois, Sylvie Vartan, Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Alain Souchon…

Le Vénézuela, l’Iran, l’Ukraine, le Groenland, Minneapolis, et la liste hélas risque encore d’être plus longue… Passons… Ce qui nous plonge désormais en plein réflexe pavlovien. Face aux prises de parole de Donald Trump, face à lexcès de ses formules, à sa grossièreté crasse, à la brutalité de ses attaques, à la pauvreté revendiquée de son vocabulaire, à son imprévisibilité assumée, à ses outrances répétées, à « ce tel niveau de vilénie » – comme aurait dit François Mitterrand–, une interprétation psychanalytique un peu courte surgit comme un diable de sa boite : il est fou ! 

Jacques Jouet est membre de l’Ouvroir de Littérature Potentielle (Oulipo) depuis 1983. Il écrit ses livres à l’enseigne de cette société secrète fondée en 1960 par quelques membres du Collège de pataphysique parmi lesquels Raymond Queneau ou Georges Perec (qui en était devenu le principal représentant). C’est d’ailleurs une sorte de « Vie, mode d’emploi » que Jacques Jouet nous livre aujourd’hui en inventant la vie de Rakki Nouha, « artiste météore » de la musique contemporaine, qui a disparu aussi vite qu’elle était apparue. Vivre, c’est aussi partir, s’évader, tracer une ligne, disparaître (désapparaître), passer la ligne d’horizon.

31 kilomètres aujourd’hui : le titre, la marche du 6 Juin, « J’ai marché 31 kilomètres au milieu de l’agora aujourd’hui. » Pendant une année, d’un 31 Mai à l’autre, elle marche tous les jours, à Paris, en banlieue, plus loin. Sous ses pieds, elle sent « bouger les pierres de la ville ». Et sa marche se transforme en mots – « J’ai créé le langage avec mon corps pendant 25 kilomètres aujourd’hui. », bouge les mots, des pas, des mots, les mots de ses pas, les mots de sa marche.

Le noir de l’image est plus vaste que l’image, de Jean-Philippe Cazier, évoque la violence comme politique qui s’exerce sur les corps. L’écriture y interroge la possibilité de dire cette violence ou la possibilité de ne pas la dire, la possibilité du témoignage comme du silence – le silence devenant un moyen paradoxal d’être lié à ceux et celles qui ont subi ou subissent cette violence. Entretien avec l’auteur.

L’écriture syncopée de La matière humaine (Gallimard / Aventures), deuxième roman de John Jefferson Selve après Meta Carpenter (Grasset 2022), se savoure dans la vitesse, fidèle à son sujet, la circulation de la drogue dans un Paris ultra tendu à quelques heures de l’élection présidentielle de 2027. La poudre, sous toutes ses formes, y est une reine sans cesse acclamée parmi toutes les strates de la population.

Plus qu’un « recueil », il s’agit d’un recueillement qui rassemble des textes tous écrits pour la plupart après la mort de Michel Deguy survenue le 16 février 2022. Martin Rueff compare les six parties plus une septième qui composent Mode avion à un dé – un dé à sept faces qu’il lance dans le ciel de la poésie en le plaçant sous le signe de Michel Deguy.

L’idée de mettre en tension plusieurs ouvrages – livres en tous genres (souvent à la frontière) et films principalement – dans une même chronique (chacune formant un épisode d’un journal de lecture n’ayant ni début ni fin) n’est pas venue spontanément ; elle s’est imposée progressivement, sans pour autant devenir une règle absolue (un unique sujet pouvant de temps à autre occuper, de manière tout aussi labyrinthique et tendu, l’espace d’un épisode).

Publié chez En Exergue, Ma Nuit en plein jour est un livre discret, presque à contre-temps, mais profondément politique au sens le plus exigeant du terme. Pierre-Louis Basse y interroge, avant toute chose, l’état de notre attention collective, notre pouvoir de veille. Non lattention comme vertu morale ou posture esthétique mais plutôt comme une condition politique minimale. Une capacité à demeurer en somme, à regarder sans consommer, à supporter la durée.

Parce que je ne suis pas le dernier pour raconter n’importe quoi, j’ai souvent dit que pour le montant modique de la redevance télévision, mes parents avaient trouvé la baby-sitter la moins chère du marché. Pour mémoire, la redevance était un impôt créé en 1933 (en 1949 pour la télévision) qui rapportait bon an mal an 3,8 milliards d’euros et permettait de financer l’audiovisuel public (France Télévision, Arte, l’INA, TV5 Monde)… Avant d’être supprimé en 2022 par le génie de l’économie locataire du palais de l’Élysée dont le bail arrive bientôt à expiration.

Une nuit, alors qu’il est en Grèce, Édouard Louis reçoit un appel de sa mère. L’homme avec lequel elle vit, ivre, l’insulte et la menace. Cette scène se répète mais elle a caché cette violence récurrente à son fils qui la pensait libérée après la rupture avec son père. Cette scène est celle de trop, il lui faut fuir. Mais comment ? comment fuir quand on a consacré sa vie à ses enfants, qu’on n’a rien à soi ? Le livre d’Édouard Louis, Monique s’évade, est la tentative de dire « le prix de la liberté », sous-titre du livre et défi littéraire.