Philippe Sollers (1936-2023) aimait de nombreux peintres (et beaucoup Picasso) – « mais aucun ne m’émeut autant, sans raison, que Cézanne » disait-il dans Le Paradis de Cézanne, qu’il avait publié en 1995 aux éditions Gallimard, et qui reparaît aujourd’hui, alors que l’exposition « Cézanne et nous » a ouvert ses portes au Grand Palais, à Paris, jusqu’au 17 janvier prochain.

Les films sur l’occupation permettent aux critiques plus ou moins inspirés de conclure sur le cliché officiel des films sur l’Histoire « Une œuvre d’une actualité brûlante ».  ça fonctionne pour tous les films de guerre, sur les dictatures, l’ère Meiji, « La Guerre du feu »… Mettons les choses au point tout de suite, Notre Salut est bel et bien une œuvre d’une actualité-brulante. Il faut avouer que, au-delà du point Godwin, l’Histoire a tendance à se répéter, d’une part parce que les Hommes ont tendance à sécher les cours d’Histoire, ensuite parce que, peu importe les leçons que l’on peut recevoir, la nature humaine est immuable.

Jean-Pierre Vernant était catégorique : « On ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages ». Que se passe-t-il dès lors quand un vieil auteur juif se retrouve à devoir converser avec un antisémite notoire ? Cette rencontre forcée, presque incongrue (mais pas si improbable) ne va-t-elle pas réveiller sinon des démons, du moins des voix qui sommeillaient ? Et quelles voix ? Celle d’un dibbouk qui aurait pris possession du vieil auteur ? De fait, les voix successives et combinées de l’enfant caché, de l’enfant de déporté que ce dernier porte en lui et qui le portent et celle de l’écrivain aujourd’hui.

Pourquoi Patrick Modiano parle-t-il tout le temps ou presque de « l’éternel retour », sans même jamais citer explicitement Nietzsche ou même Heidegger commentant Nietzsche sur son « Éternel Retour du Même », qui constitue le fondement et la philosophie de Nietzsche ? Jamais Modiano ne vous répondra vraiment (ni ses personnages), mais on a l’impression, chez lui, que les choses se répètent à l’infini – et qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil (comme le disait Hegel).

Little Did I Know est le titre du nouvel ouvrage de Benoît Jacques, publié au Tripode : son premier véritable « monstre », ne serait-ce que par son ampleur (même si quelques autres l’ont précédé) – les moyens mis en œuvre (nombre de pages, format, cahiers cousus, quadrichromie) étant aussi époustouflants que la matière mise à nu par ce « journal de bord », volontiers « intime », d’un auteur révéré à juste titre par plus d’un(e).

Ce qu’il aime par-dessus tout Georges Didi-Huberman, c’est la dialectique. Sa sensibilité et son intellect sont spontanément dialectiques. C’est-à-dire qu’il est capable de voir toute chose de l’autre côté, du point de vue de l’autre, comme il le dit lui-même de Jean Genet, dans ce nouveau livre qu’il intitule Formes d’émois, questions éthiques, troisième volume de sa série Faits d’affects, où il dit d’entrée de jeu, avec Freud : « La détresse initiale de l’être humain est la source originaire de tous les motifs moraux » – où il dit aussi, avec Genet, qu’on n’est pas artiste « sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé ».

On ne quitte jamais tout à fait Béziers. Jean-Baptiste Tur le sait pertinemment, lui qui en est parti pour devenir acteur, metteur en scène, artiste et qui se confronte aujourd’hui à l’un des rites les plus anciens et les plus controversés de sa ville : la tauromachie. Mais De Lumière, créé avec la compagnie Le Grand Cerf Bleu sur un texte d’Azilys Tanneau, ne cherche ni à défendre la corrida ni à la condamner. Le spectacle se situe bien au-dessus.

La mise en récit des faits divers attestés est décidément très particulière et le dernier livre d’Anne Plantagenet, En l’absence de corps, paru chez Julliard en cette rentrée littéraire 2026, l’illustre : il pourrait sembler périmé (Cédric Jubillar a, depuis, avoué les faits et dit où se trouve le corps de Delphine Aussaguel), il n’en est que plus percutant et indispensable, actuel.