Ayant passé la fin du printemps et une bonne moitié de l’été en compagnie d’Infernus Iohannes, hétéronyme d’Antoine Volodine, ou plutôt de Jean Desvignes, et bien que cette lecture ait été, de temps à autre, interrompue par un récit à paraître, ou un roman-feuilleton sorti du grenier (mais jamais par un « roman de la rentrée »), ce ne fut pas si évident de passer de Dernière livraison à La Hantise, puis de La Hantise à De l’autre côté du lac – les deux seuls ouvrages de cette rentrée romanesque reçus avant parution, l’un comme l’autre publiés aux Éditions de Minuit, un des onze éditeurs de Retour au goudron pour l’excellent Chagrins.

Trente ans ont passé lorsque Jeanne apprend la mort de son ancienne professeure de sport. Dans les vestiaires du collège, cette femme la agressée sexuellement. Jeanne nen a rien dit. Devenue adulte, elle décide dentrer par effraction dans la maison de celle qui vient de mourir… Elle ouvre les tiroirs, fouille les placards, regarde les vêtements et les objets. Que cherche-t-elle exactement ? Une preuve, une explication, ou quelque chose qui permettrait enfin dinscrire dans la réalité ce qui, pendant trente ans, est demeuré sans véritable représentation ?

Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.

Avec Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov écrit un roman générationnel et politique, le roman d’une génération de jeunes homosexuels dans la Russie des années 90-2000. Il écrit sur ce qu’aurait pu être cette génération, sur ce qu’elle a entrevu puis perdu. Il écrit sur ce qu’il en reste : des images, des mots, des rêves évanouis ou encore présents mais ailleurs, loin de la Russie.

Une maison abandonnée, au cœur d’une vie de lotissements ; les élans d’une bande d’adolescents, confrontés à leurs désirs et leurs cauchemars, dans la nébuleuse de ces années 90, ces « uncanny nineties ». Le Fils de l’homme, le précédent roman de Jean-Baptiste Del Amo, s’aventurait déjà discrètement vers les lisières du genre, et La Nuit ravagée passe ce point de non-retour où le réel se métamorphose pour laisser place à l’hypertrophie de l’horreur – dans un hommage au genre et une revitalisation vivifiante de la forme romanesque. Retour sur une rencontre avec son auteur pour explorer les arcanes de ses fantasmes, alors que le livre paraît en poche, aux éditions Folio.