Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminale. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.

Avec Espèces dangereuses, Sergueï Shikalov écrit un roman générationnel et politique, le roman d’une génération de jeunes homosexuels dans la Russie des années 90-2000. Il écrit sur ce qu’aurait pu être cette génération, sur ce qu’elle a entrevu puis perdu. Il écrit sur ce qu’il en reste : des images, des mots, des rêves évanouis ou encore présents mais ailleurs, loin de la Russie.

Une maison abandonnée, au cœur d’une vie de lotissements ; les élans d’une bande d’adolescents, confrontés à leurs désirs et leurs cauchemars, dans la nébuleuse de ces années 90, ces « uncanny nineties ». Le Fils de l’homme, le précédent roman de Jean-Baptiste Del Amo, s’aventurait déjà discrètement vers les lisières du genre, et La Nuit ravagée passe ce point de non-retour où le réel se métamorphose pour laisser place à l’hypertrophie de l’horreur – dans un hommage au genre et une revitalisation vivifiante de la forme romanesque. Retour sur une rencontre avec son auteur pour explorer les arcanes de ses fantasmes, alors que le livre paraît en poche, aux éditions Folio.

Voici « les Onze » de Volodine – les Bardo solo, Chagrins, Défections & Cie, Dernière livraison, La Grande misère, Les Meilleurs d’entre nous, Malaise chez les plongeuses, Mémoire mode d’effroi, Survies minuscules, Zone crypte zone miroir, Ultimes sursauts –, onze volumes du dernier édifice d’une aventure littéraire, poétique, politique, révolutionnaire, qui se clôt sous la signature d’un collectif, Infernus Iohannes…

Un couple se brise, comme le verre à moutarde Musclor que Tristan avait acheté au temps du bonheur, parce qu’il lui rappelait son enfance. Émilie, qui déménage après la rupture, ne le recollera pas. Ce n’est que le premier d’une série d’objets quotidiens que la narratrice du dernier livre de Clémentine Mélois emballe dans des journaux avant de les placer, « façon Tétris », dans les cartons. Elle empaquette et se souvient. Chaque « bricole » est « chargée à ras bord de sa propre histoire », et mis bout à bout les objets finissent par « composer un portrait en creux » non seulement de cet amour désormais défunt mais de qui elle fut, est et espère devenir.

Il y a dans l’écriture du premier roman de Laetitia Faure une urgence, une rage, une envie de se réapproprier son existence, un besoin de dire sa vérité. Celle d’une enfant, d’une fille, d’une femme devenue mère à son tour : dire, écrire la réalité telle qu’elle l’a vécue, perçue, ressentie jusqu’au plus profond de son corps. Dans Possédés, Laetitia Faure raconte la violence subie, l’éducation rigoriste, elle parle de l’attitude du père, du mysticisme de la mère, de l’effacement du frère, de la discrétion de la sœur. Critique et entretien avec l’autrice de ce livre qui paraît aujourd’hui dans la collection « La Librairie du XXIe siècle », aux éditions du Seuil.