En 2009, Lilian Thuram a fait paraître Mes Étoiles noires. Il y égrenait les figures qui ont été pour lui des modèles, « de Lucy à Barack Obama » : une entreprise de lutte contre le racisme en augmentant nos savoirs et nos imaginaires. Dix ans plus tard, c’est sous un autre angle qu’il poursuit cette percée à partir d’une inversion de la question. « Qu’est-ce que c’est être Blanc ? ».

Fugitif, où cours-tu ?, d’Elisabeth Perceval et Nicolas Klotz, s’ouvre sur des images de la terre, du ciel – une terre qui n’est pas travaillée, ordonnée, domestiquée, mais à l’abandon, comme détruite. Une terre à la marge, une plage battue par les vents, par l’air marin. Le parti pris est matérialiste : filmer la matière, les choses, les corps, et filmer la parole de ceux et celles qui « habitent » sur cette terre, dans ces lieux où l’on n’habite pas mais où l’on essaie de survivre, d’inventer une vie, en attendant.

Mécanique de la chute de Seth Greenland paraît en poche aujourd’hui, cinquième roman d’un auteur fidèlement publié chez Liana Levi dans des traductions de Jean Esch. L’histoire commence alors qu’Obama achève son premier mandat et, dans des pages magistrales, Seth Greenland prend le pouls d’une Amérique contemporaine en fragile équilibre sur ses conflits interne, il bâtit sa fresque narrative à mesure que s’écroule l’empire financier bâti par Harold Jay Gladstone, en une comédie humaine et sociale qui tient tout autant de Balzac que du Tom Wolfe du Bûcher des vanités.

Cette fois encore, il nous faudra passer par quelques sentiers plus ou moins privés du terrain vague, là où sont déposés nos souvenirs. Le 7 janvier, j’ai subi une anesthésie générale. Rien que de très banal de nos jours. Une semaine plus tard, tentant de rendre compte de quelques lectures achevées peu avant cette opération, je constate que si la plupart d’entre elles me restent encore assez précisément en mémoire, la dernière, effectuée la veille et l’avant-veille de cette opération, s’est quasiment effacée : de ces quelques heures de lecture ne demeure qu’une vague impression, plutôt positive d’ailleurs ; mais pas la moindre trace de quelque chose de concret.

Ce n’est pas le genre et encore moins l’ambition de Diacritik de juger un livre à sa couverture, un album à sa pochette ou la politique sanitaire française à l’aune des déclarations de Jean-Michel Blanquer sur le taux de transmission du coronavirus dans les salles de classes. C’est donc pour cette raison que j’ai loué Songbird en VOD plutôt que d’en rester à spéculer sur l’intrigante bande annonce diffusée en octobre dernier. Et comme je suis très généreux, je vais vous raconter par le menu ce moyennement long métrage estampillé « premier film écrit et tourné pendant l’actuelle épidémie de coronavirus ». Ne me remerciez pas, ça me fait plaisir.

Dans son abécédaire, Gilles Deleuze faisait du tennis moins un sport ou un jeu qu’une « question de style ». Pour Serge Daney, « un match, comme un film, est un petit récit. (…) Un tournoi, c’est déjà un grand récit ». Il y a de tout cela dans le premier roman de Thomas André, L’Avantage, qui vient de paraître aux éditions Tristram : du tennis, un tournoi et surtout beaucoup de style.

Stimulant et neuf : tels sont les deux termes qui viennent à la lecture de Marguerite Duras de Simona Crippa, paru récemment. Sobrement intitulé Marguerite Duras, cet essai interroge avec vigueur l’ensemble de l’œuvre de Duras, depuis Les Impudents jusqu’à C’est tout, de 1943 à 1995, en prenant le parti de présenter à la fois la vie et l’œuvre de Duras au filtre même de la mythologie. Si, parce qu’elle est une figure célèbre au-delà de toute célébrité, décriée au-delà de toute polémique même, Duras est un véritable mythe, l’autrice n’avait cependant jamais été sondée avec rigueur depuis la puissance d’un chant évoquant aussi bien les héroïnes de la mythologie antique que la diction de l’aède. Autant de raisons de partir à la rencontre de la spécialiste de Duras le temps d’un grand entretien.

On n’a pas pu passer à côté : le Marvel Cinematic Universe est de retour sur Disney+ avec en têtes d’affiche la Sorcière Rouge et la créature d’Ultron dans WandaVision. Après deux épisodes et des commentaires disparates à foison sur les Internets, que penser de ce spin-off mettant en scène le couple androïdo-sokovien interprété sur grand écran par Elizabeth Olsen et Paul Bettany ?

Le Quartier, O Bairro, est un espace créé par Gonçalo M. Tavares et habité par des écrivains. Là vivent monsieur Valéry, le premier à s’être installé, et ses voisins, Brecht, Henri, Juarroz, Breton, Calvino, Eliot, Swedenborg, Kraus et Walser. Désormais ils cohabitent aussi dans un livre qui vient de paraître aux éditions Viviane Hamy, rassemble ces Messieurs et offre quelques inédits aux lecteurs français qui, comme moi, auraient dévoré les précédentes publications, un « monsieur » après l’autre.

« (…) puis brusquement la jeep ralentit, s’arrêta, José Miguel descendit, eux aussi, et le garde-chasse leur montra alors un arbre, un chêne parmi les nombreux autres, puis pointa son doigt vers un endroit sur le terrain légèrement en pente, une sorte de sentier à peine visible, et déclara, avec sa diction saccadée particulière, que c’était l’arbre où était perché l’homme qui avait tué sept loups sur les neufs, entre 1985 et 1988,