Alors que les éditions Bourgois réactualisent leur fond Susan Sontag dans la collection « Titres » et publient la biographie de l’autrice par Benjamin Moser, les éditions Globe font paraître Sempre Susan de Sigrid Nunez. Ces Souvenirs sur Sontag, parus en 2011 aux États-Unis et traduits en France en 2012 chez 13e note éditions, n’étaient plus disponibles et il est formidable de pouvoir les (re)découvrir, alors même que Sigrid Nunez a connu un large succès en France avec la publication de L’Ami (Stock, 2019).

La rentrée littéraire, chaque année, ce n’est jamais en premier lieu une simple question de lettres. Ce sont tout d’abord des chiffres. Car, en France, on le sait, la rentrée littéraire est un événement ritualisé, un événement médiatique, un événement commercial qui, chaque année, fait du livre un événement symbolique : une manière de rite de passage. Au cœur de la Nation qui a inventé la notion de « Grand écrivain », il y a, chaque année, le frémissement de voir à la fois un écrivain que l’on suit depuis quelques livres subitement le devenir ou de découvrir qui, immédiatement, selon le conte médiatique, sera appelé à l’être.

Larvatus prodeo. En français : je m’avance masqué. Cette devise, prêtée à Descartes, pourrait être aussi celle de Chechu Álava. Pourtant la philosophie cartésienne n’est pas la meilleure porte d’entrée dans l’univers pictural de cette artiste espagnole vivant désormais à Paris. Il faudrait aussi ajouter un « e » à la fin de l’adjectif. Ajouter des « e », mettre au féminin, c’est d’ailleurs ce à quoi elle s’emploie depuis vingt ans.

Le personnage principal de cette Phèdre des Temples urbains n’est pas cette meuf, cette Queen de Phèdre mais Hippolyte, un gars d’aujourd’hui qui vient de Marseille et vit maintenant à Paris, qui est le batteur de Jul et de Trust. Cet Hippo est assez pur, et il fait ce qu’il peut avec cette vie et ces désirs qu’on nous inflige et qui nous affligent, pour le pire et le meilleur.

L’odyssée des éditions Musidora, emmenées par Nicolas Tellop, s’annonce décidément passionnante : après l’étonnant et riche Anachronopoète, voilà que la jeune et inventive maison annonce la réédition de deux romans cultes devenus introuvables : Ne sont pas morts tous les sadiques et Le Festin des charognes d’un certain Max Roussel dont on sait peu de choses. A l’occasion d’une levée de fonds pour mener ses rééditions à bien, Nicolas Tellop est longuement revenu pour Diacritik sur la personnalité pour le moins trouble de Max Roussel et sur son écriture si étonnante et violente, quelque part entre Céline et Burroughs.

Ce dimanche 27 novembre, à La Pop, s’est achevé « Titanic, hélas », d’Yves-Noël Genod. Celui-ci y fait ses adieux : « Ce sont mes adieux ! J’espère vous faire pleurer. Je suis en pleine forme mais, depuis quelque temps, plus assez de commandes et surtout pas assez de public pour continuer », dit-il. La cinéaste Vivianne Perelmuter dessine dans ce texte une trace de ce spectacle, de ces adieux.

« Et quand le colonel est sorti de la pièce, le général a l’impression de reprendre sa respiration […] il avait sans le savoir retenu son souffle pour ne pas aspirer les cendres portées par le nouveau venu ».

Faire d’un homme ordinaire un tortionnaire… Le processus à l’œuvre pendant les guerres qui transforme certains en acteurs inhumains est évoqué à son stade terminal dans le nouveau récit d’Émilienne Malfatto.

En ces temps de réécriture(s) permanente(s) de l’histoire, à l’ère des fake-news, de la post-vérité et des exubérances érigées en nouvelle doxa bolloréenne, il convient de remettre sinon l’église 2.0 au milieu du village numérique du moins un peu de fantaisie dans le morose. Fort de son savoir d’autodidacte diplômé, Boris-Hubert Loyer vous propose un petit précis d’histoire-géo pour les pas trop nuls qui sauront séparer le vrai grain du faux livresque. Deuxième volet : le Lourdistan.

Tout est énigmatique dans ce nouveau spectacle de Romeo Castellucci, Bros, dont le thème annoncé, « les violences policières », déclenche a priori diverses attentes et inquiétudes dans l’esprit du spectateur averti. Son titre d’abord, en forme d’aboiement, de demi-mot (un demi brother/un faux frère), de signe de reconnaissance entre mâles fiers de leur camaraderie et dont on se demande s’il évoque l’esprit de corps de la police, s’il réfère à une devise de fraternité, s’il est ironique, rythmique, ludique…

Les Ténèbres et la nuit, titre du nouveau roman de Michael Connelly, c’est l’univers de Renée Ballard, inspectrice au LAPD, qui patrouille tous les soirs, en solitaire ou avec une équipière imposée davantage motivée par ses prochaines vacances que par l’enquête en cours et encore moins préoccupée par le sort des victimes des « Hommes de Minuit ».

Diacritik poursuit sa nouvelle série critique « Peintures d’expo » en compagnie de Siryne Z. qui, cette semaine, a décidé de planter son chevalet au beau milieu de l’exposition « Füssli, entre rêve et fantastique » qui se tient jusqu’au 23 janvier 2023 au musée Jacquemart-André à Paris. L’occasion, en peinture et en gouache, de revenir sur cette exposition d’ampleur consacrée au peintre de l’imaginaire et du sublime.