En début d’année 2017, le critique avouait qu’il avait sans peine mis de côté son goût pour ses séries cultes désormais trop datées, pour se tourner vers les TV shows exigeants qui font se pâmer les exégètes un peu snobs dont il fait partie ou pour les blockbusters bien huilés qui demandent moins d’avoir un QI de Prix Nobel que l’indulgence chevillée au cortex. Allant même jusqu’à visionner l’intégralité de la première saison de This is US avant de se plonger dans la deuxième débutée le 26 septembre dernier, le critique revient à mi-saison pour reparler de ce qui s’avère être une réussite au-delà de toute compréhension, avant une trêve hivernale qui va permettre à Kate, Kevin, Randall et nos glandes lacrymales de faire une pause bien méritée.

© Showtime

Prenez un acteur emblématique de sa génération (Damian Lewis, découvert avec Spielberg dans Band of Brothers et dont le talent s’est affirmé avec Homeland), un habitué des seconds rôles dont la filmographie force le respect (Paul Giamatti, passé par Woody Allen, Alexander Payne, Peter Weir…) et vous obtenez le duo d’ennemis intimes le plus réussi du moment en tête du casting d’une série gonflée dans un New York post 9/11 rattrapé par ses démons : Billions.

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The Night Of, ou la série qui met à mal la conception idéalisée de l’Amérique et à nu des blessures encore vives nées du et après le 11 septembre. Une oeuvre sombre, jusque dans sa forme, un drame en huit épisodes qui se garde de tout manichéisme et explore les multiples facettes d’une société composite qui a longtemps rêvé son mode d’existence comme un modèle du vivre ensemble. Si vous avez manqué The Night Of lors de sa diffusion sur OCS, Canal + propose une séance de rattrapage de la série de Steven Zaillian à raison de deux épisodes chaque lundi à partir du 30 octobre.

Ed Kemper, Dennis Rader, Jerry Brudos, Richard Speck, ces noms ne diront sûrement rien au public français mais de l’autre côté de l’Atlantique, ils appartiennent à un panthéon monstrueux : celui des plus célèbres tueurs en série des États-Unis. Diffusé depuis le 13 octobre sur Netflix, Mindhunter remonte le temps et opère une plongée morbide dans les arcanes de l’investigation policière et dans la psyché de ceux que l’on n’appelait pas encore des serial killers.


Même en vacances, le critique est loin de se départir de son envie de voir et revoir des séries dont il a déjà parlé, parlera peut-être ou passera sous silence de crainte d’avouer un tropisme coupable pour les TV shows inconséquents de pur divertissement à la sauce blockbuster… Rien de tout cela en ce qui concerne Downton Abbey, intégralement revu à l’aune d’une programmation télévisuelle estivale quelque peu indigente. L’occasion de s’apercevoir combien les dialogues sont un tissu de citations de chansons pop.

Pilar Albarracin, She Wolf, 2006, vidéo © Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

La définition de vivant ne va plus de soi depuis des années notamment face à une médecine dont le progrès brouille les frontières entre corps vivant, malade et cadavre. L’état de mort cérébrale en est l’exemple le plus frappant. Cependant une approche du concept semble apparaître en ce début du XXIe siècle : après l’ère de la robotique, de l’homme androïde, du corps métallique qui fut le fantasme du siècle dernier – depuis les hommes robotisés des peintures de Fernand Léger au mouvement cyberpunk des années 90 –, la chair organique revient comme modèle du nouveau vivant. Mais ce n’est pas cette chair saine et bien portante à laquelle certaines médecines douces tentent de redonner ses titres de noblesse mais une chair qui retourne à sa définition originelle. Chair modeste, trop modeste, une simple chair comestible… Car le corps humain, roseau pensant, malgré la grandeur d’âme qu’il peut contenir, qu’est-il au final si ce n’est un assemblage d’os, de muscles et de veines ? Que devient-il, privé de sa pensée, si ce n’est un simple tas de viande ?

Il y a beaucoup de choses à dire sur l’adaptation télévisée du roman culte de Margareth Atwood diffusée sur OCS Max depuis le 26 juin dernier. Dire comment d’un livre paru pour la première fois en 1985, une plateforme américaine de vidéo à la demande a tiré ce qui est probablement une des meilleures séries télé de ces dix dernières années. Dire pourquoi le livre est réédité chez Pavillons Poche avec un bandeau proclamant « le livre qui fait trembler l’Amérique de Trump ». Dire, enfin, la dystopie comme prisme des peurs et des aspirations du monde actuel.

Affirmer en 2017 que la télévision française n’a jamais produit de série gay sonne comme le triste et incroyable constat de la frilosité des chaines à aborder le sujet. Des personnages homos abondent dans de nombreuses fictions, mais que l’on tolère tant qu’ils ne sont pas sexualisés et servent d’alibi. L’impératif est limpide : les chaînes veulent faire de l’audience de manière à être financées par les annonceurs et, dans ce but, lissent au maximum ce qui pourrait peut-être heurter le public – un public qui ne correspond à aucune réalité absolue –, nivelant les programmes vers des contenus pouvant être regardés « en famille ». C’est dire la difficulté que les créateurs, qu’ils soient scénaristes, réalisateurs ou producteurs porteurs de projets ambitieux et originaux ont à se défendre et trouver des financements.

Le Bureau des Légendes revient pour une troisième saison et mérite plus que jamais son surnom d’Homeland à la française, même si les premiers épisodes diffusés ce lundi 22 mai sur Canal Plus tendraient à montrer qu’il s’agirait plutôt d’un « outland » puisque l’action se situe majoritairement hors de l’hexagone comme celle son aînée à l’aube de la saison 4.
Alors que l’on avait quitté Malotru-Kassovitz aux mains de Daesh à la fin de la deuxième saison, le pitch de la troisième qui s’ouvre ce soir serait donc simplissime : il faut sauver le soldat Malotru. Mais dans le monde duplice des barbouzes, rien n’est moins sûr.

Designated Survivor

Avant qu’une fin du monde imminente ne vienne contrarier nos projets d’avenir, plongeons-nous dans l’univers délicieux et somme toute inquiétant de la présidence des États-Unis. Ou tout du moins celle, infiniment plus fictionnelle (quoique) de Designated Survivor, diffusé à l’origine sur le réseau ABC (et en France sur Netflix), dont la reprise est annoncée le 8 mars prochain.
Revue d’effectifs d’une série qui met en scène un président non-élu…