Jean-Pierre Vernant était catégorique : « On ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages ». Que se passe-t-il dès lors quand un vieil auteur juif se retrouve à devoir converser avec un antisémite notoire ? Cette rencontre forcée, presque incongrue (mais pas si improbable) ne va-t-elle pas réveiller sinon des démons, du moins des voix qui sommeillaient ? Et quelles voix ? Celle d’un dibbouk qui aurait pris possession du vieil auteur ? De fait, les voix successives et combinées de l’enfant caché, de l’enfant de déporté que ce dernier porte en lui et qui le portent et celle de l’écrivain aujourd’hui.
Category Archive: Entretiens
Entretiens filmés ou retranscrits, d’écrivains, réalisateurs, dessinateurs, etc. Parce que laisser de longues plages à des artistes et des écrivains pour s’exprimer, ça manque un peu, ailleurs…
À l’occasion de la parution de Langue torse, aux éditions LansKine, entretien avec la poétesse Maud Thiria.
Little Did I Know est le titre du nouvel ouvrage de Benoît Jacques, publié au Tripode : son premier véritable « monstre », ne serait-ce que par son ampleur (même si quelques autres l’ont précédé) – les moyens mis en œuvre (nombre de pages, format, cahiers cousus, quadrichromie) étant aussi époustouflants que la matière mise à nu par ce « journal de bord », volontiers « intime », d’un auteur révéré à juste titre par plus d’un(e).
Dans La honte, Aïda N’Diaye explore la destructivité, la violence et la dimension politique de cet affect répandu, mais inégalement distribué.
« Sans autre sillon possible, nous continuerons à croire. » Un nom dissimulé sous un bandeau noir, un chœur-poème qui fait passer du « je » au « nous », une postface signée par la psychanalyste du narrateur…
Dans son deuxième recueil, Se Renifler quasi bestial, la voix de Fanny Lambert s’est acérée : l’absence s’est muée en espace de rencontre et d’altération, où la langue tourne autour des corps, face à leur fureur.
Patrick Bouvet fait paraître aux éditions KC Oscillant sous l’arc obscur des nouveaux soleils. À cette occasion, Antoine Dufeu s’entretient avec l’auteur à propos de ses collages.
Écrivain, poète, traducteur nord-américain, Guy Bennett vit à Los Angeles où il enseigne au Otis College of Art and Design.
« Pourquoi défendre encore la fiction aujourd’hui ? » C’est la première question posée par Victor Dumiot à Lolita Pille dans ce grand entretien avec l’autrice d’Antigone Reine paru en janvier dernier. La question peut sembler rebattue, pour Victor Dumiot, elle est pourtant essentielle tant « le mot est devenu suspect, presque frivole, alors qu’il désigne peut-être l’une des dernières formes sérieuses de connaissance de soi, des autres, du monde ».
« La dernière pièce de l’édifice posé dans une zone intermédiaire ». Entretien avec Antoine Volodine
Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.
Une maison abandonnée, au cœur d’une vie de lotissements ; les élans d’une bande d’adolescents, confrontés à leurs désirs et leurs cauchemars, dans la nébuleuse de ces années 90, ces « uncanny nineties ». Le Fils de l’homme, le précédent roman de Jean-Baptiste Del Amo, s’aventurait déjà discrètement vers les lisières du genre, et La Nuit ravagée passe ce point de non-retour où le réel se métamorphose pour laisser place à l’hypertrophie de l’horreur – dans un hommage au genre et une revitalisation vivifiante de la forme romanesque. Retour sur une rencontre avec son auteur pour explorer les arcanes de ses fantasmes, alors que le livre paraît en poche, aux éditions Folio.
Il y a dans l’écriture du premier roman de Laetitia Faure une urgence, une rage, une envie de se réapproprier son existence, un besoin de dire sa vérité. Celle d’une enfant, d’une fille, d’une femme devenue mère à son tour : dire, écrire la réalité telle qu’elle l’a vécue, perçue, ressentie jusqu’au plus profond de son corps. Dans Possédés, Laetitia Faure raconte la violence subie, l’éducation rigoriste, elle parle de l’attitude du père, du mysticisme de la mère, de l’effacement du frère, de la discrétion de la sœur. Critique et entretien avec l’autrice de ce livre qui paraît aujourd’hui dans la collection « La Librairie du XXIe siècle », aux éditions du Seuil.
En juin dernier a paru le dernier livre d’António Lobo Antunes, Dictionnaire du langage des fleurs – dernier livre publié en français, mais avant-dernier d’une œuvre capitale qui s’est conclue par la disparition en mars de son créateur. Lobo Antunes fait depuis longtemps partie de notre paysage littéraire, indissociable des éditions Bourgois qui l’ont traduit, indissociable aussi d’une langue si particulière, méandreuse, poétique, grinçante, novatrice, tellurique, rendue française par des grands traducteurs, et depuis 2011 par Dominique Nédellec, devenu la voix de l’écrivain portugais. Ce dernier roman est l’occasion de revenir avec son traducteur sur cette œuvre nonpareille, sur la langue portugaise, sur ce qu’il en coûte de traduire ces livres si enchevêtrés et ensorcelants, et ce que signifie ce compagnonnage au long cours avec l’un des écrivains les plus importants de notre époque.
Paru peu de temps après le décès de Jean-Marie Gleize survenu ce 12 mars 2026, L’atelier invisible de Jean-Marie Gleize est une conversation au long cours menée par Cécile Sans avec Jean-Marie Gleize.
À l’occasion de la parution de les dires, entretien entre Lénaïg Cariou et Laure Gauthier.