Politique et indispensable : tels sont les deux termes qui qualifient sans détour le Traité des Sirènes, suivi de Musiques du nom que Philippe Beck vient de publier. Dans une réflexion aussi brillante que constamment stimulante, Philippe Beck poursuit le travail entamé dans La Berceuse et le clairon pour venir éclairer le rôle de la parole, du chant et de la musique dans les liens qui se tissent d’un homme à l’autre.

Une splendeur : tel est le mot qui vient à l’esprit quand on achève la lecture de Nous sommes maintenant nos êtres chers que vient de faire paraître Simon Johannin. A la fois incandescent et sombre, ce recueil marque l’entrée du jeune romancier en terre de poème après L’Été des charognes et Nino dans la nuit. Ici, la poésie devient comme un hymne tremblant mais confiant à tous les corps disparus qui peuplent les nuits du poète.

Guillaume Métayer, poète et traducteur littéraire du hongrois et de l’allemand, nous invite dans son dernier livre A comme Babel, à entrer dans son atelier de traducteur qu’il appelle sa « cuisine ». On y observe le traducteur à l’œuvre, aux prises avec les difficultés, les défis, les enjeux de la traduction poétique. Le livre traite de ce qui est au cœur de l’activité du traducteur, la lecture et l’écriture. L’auteur aborde la traduction comme « une écriture à deux », nous conduisant à travers tous les chemins de lecture-interprétation, changements, pertes, enrichissement, dialogue entre les langues, les sonorités, les rythmes, les références culturelles, les processus de création et recréation textuelle poétique.

Doggerland, paru hier en Folio, est de ces romans dont on sait, dès la première lecture, qu’ils s’imposeront comme des classiques. Difficilement réductible à un thème, profondément situé et engagé dans une époque de crise, le livre fascine autant qu’il échappe en autant de pistes et perspectives prolongées dans un grand entretien qu’Elisabeth Filhol avait accordé à Diacritik lors de la sortie du livre en grand format chez P.O.L.

Percutant et indispensable : tels sont les deux termes qui viennent à l’esprit pour qualifier l’essai de Tanguy Habrand, Le Livre au temps du confinement qui vient de paraître aux Impressions Nouvelles. Analysant la chaîne du livre au moment du premier confinement des mois de mars et avril derniers, Habrand remarque combien l’industrie n’est nullement tombée en léthargie : tout se reconfigure et se déplace. Mais selon quelles modalités et pour quelles finalités ? Au moment où la France traverse un second confinement où le livre comme produit essentiel et la réouverture des librairies est l’objet d’un houleux débat, Diacritik est allé à la rencontre du spécialiste de l’histoire sociale de l’édition pour revenir en sa compagnie sur les questions déterminantes que soulève son essai.

Quel.le.s sont les jeunes cinéastes talentueu.ses.x qui bousculent le cinéma et feront certainement les long-métrages audacieux de demain ? Loïc Hobi est à n’en pas douter l’un d’entre elleux, réalisateur prolifique dont les films oscillent singulièrement entre une part documentaire et expérimentale (Face à face dans la nuitLes nouveaux dieux) ou sont marqués par un travail photographique soigné à l’endroit de la fiction (L’homme jetée).

Est-ce parce que « la cabane est à la mode » que l’auteur, comme pour s’affranchir d’un certain air du temps, s’empresse de déclarer « je ne voulais pas parler de cabane » ? Reste que son livre, Habitacles, évoque bel et bien la chose en ne se privant pas, chemin faisant, de solliciter parmi d’illustres devanciers les noms de Kamo no Chōmei, Urabe Kenkō, Ludwig Wittgenstein, Adolf Loos ou Emmanuel Hocquard, qui prirent au sérieux, comme on sait, l’énigme de l’être-au-monde et celle de l’habitation terrestre. Laissons en tout cas provisoirement la « cabane » de côté pour nous attacher à l’enjeu de ce nouvel ouvrage de Jérôme Orsoni, lequel semble avoir abandonné, notons-le au passage, la veine narrative qu’on avait pu suivre avec bonheur dans ses ouvrages précédents.

En prélude au Salon de la Revue (annulé pour cause de crise sanitaire), Diacritik partenaire de l’événement avait rencontré les revues qui auraient dû être présentes. Aujourd’hui, l’indispensable revue TransLittérature entièrement consacrée à la traduction littéraire.

La Vie de l’explorateur perdu vient de paraître aux éditions du Tripode. Ce dernier roman du monde des Contrées a été l’occasion d’aller à la rencontre de nos plus anciens magiciens : Jacques Abeille. À rebours d’une modernité qui affiche les rouages du texte et en revendique le caractère intellectuel et fabriqué, Abeille cherche, comme les fous, les rêveurs et les poètes dont habituellement on se gausse, quelque chose qui n’est plus : un juste milieu entre l’art littéraire et l’inspiration, cette vieille antienne bien souvent moquée qui n’est pourtant que l’autre nom de l’élan créateur. Rencontre avec ce convive des dernières fêtes, autour des secrets de l’ancienne musique.

L’urgence est là et le constat de Jonathan Safran Foer sans appel : nous sommes pleinement engagés dans une crise sans précédent, extinction des espèces, dérèglement climatique, catastrophes majeures liées à nos modes de vie, de consommation et d’alimentation.

« Si, au-delà de ces vestiges, nous avions pu voir », Kevin Powers, Lettre écrite pendant une accalmie durant les combats.
Ce vers nous apparaît aujourd’hui comme la clé d’un roman à venir, L’Écho du temps, comme la saisie dense et organique de l’essence même d’une œuvre toujours plus sidérante à mesure qu’elle s’édifie, entre poésie et prose. Alors que le roman sort en poche, retour sur ce livre et le grand entretien que Kewin Powers avait accordé à Diacritik, lors de la sortie du livre en grand format chez Delcourt Littérature.

C’est un objet d’un genre particulier qu’inventa Guy Debord dans les années 50. Le “Jeu de la guerre”, étonnant plateau où la tactique se mêle au ludique, se révèle comme une clé ouvrant secrètement les portes de son œuvre entière. Nous avons voulu recueillir la parole d’Emmanuel Guy, normalien, agrégé de lettres modernes et docteur en histoire de l’art. Dans son ouvrage Le Jeu de la guerre de Guy Debord, l’émancipation comme projet qui paraît aux éditions B42, il initie brillamment le lecteur à un art des situations stratégiques si nécessaire à notre époque.

En prélude au 30e Salon de la Revue qui a dû hélas être annulé pour cause de crise sanitaire, Diacritik partenaire de l’événement avait rencontré les revues qui auraient dû être présentes. Pour que vivent les revues et pour patienter avant le retour du Salon l’an prochain, nous avons décidé de faire paraître ces entretiens. Aujourd’hui, Christophe Fiat et Charlotte Rolland autour de leur énergique revue COCKPIT.