« Pourquoi défendre encore la fiction aujourd’hui ? » C’est la première question posée par Victor Dumiot à Lolita Pille dans ce grand entretien avec l’autrice d’Antigone Reine paru en janvier dernier. La question peut sembler rebattue, pour Victor Dumiot, elle est pourtant essentielle tant « le mot est devenu suspect, presque frivole, alors qu’il désigne peut-être l’une des dernières formes sérieuses de connaissance de soi, des autres, du monde ».

Depuis Biographie Comparée de Jorian Murgrave, publié en Présence du Futur en 1984, celui qui se fait appeler Antoine Volodine a construit un édifice littéraire sans équivalent dans toute la littérature : une cathédrale en ruines, pleine de dédales et de détours, hantée par des figures à la frontière de la vie et de la mort, de l’humanité et de l’animalité ; les trous dans les murs laissent voir au dehors un paysage désastré, où errent les formes diverses que prend l’humanité à un stade terminal. Grand entretien avec l’auteur de Retour au goudron, signé Infernus Iohannes, nom collectif pour un écrivain unique.

Une maison abandonnée, au cœur d’une vie de lotissements ; les élans d’une bande d’adolescents, confrontés à leurs désirs et leurs cauchemars, dans la nébuleuse de ces années 90, ces « uncanny nineties ». Le Fils de l’homme, le précédent roman de Jean-Baptiste Del Amo, s’aventurait déjà discrètement vers les lisières du genre, et La Nuit ravagée passe ce point de non-retour où le réel se métamorphose pour laisser place à l’hypertrophie de l’horreur – dans un hommage au genre et une revitalisation vivifiante de la forme romanesque. Retour sur une rencontre avec son auteur pour explorer les arcanes de ses fantasmes, alors que le livre paraît en poche, aux éditions Folio.

Il y a dans l’écriture du premier roman de Laetitia Faure une urgence, une rage, une envie de se réapproprier son existence, un besoin de dire sa vérité. Celle d’une enfant, d’une fille, d’une femme devenue mère à son tour : dire, écrire la réalité telle qu’elle l’a vécue, perçue, ressentie jusqu’au plus profond de son corps. Dans Possédés, Laetitia Faure raconte la violence subie, l’éducation rigoriste, elle parle de l’attitude du père, du mysticisme de la mère, de l’effacement du frère, de la discrétion de la sœur. Critique et entretien avec l’autrice de ce livre qui paraît aujourd’hui dans la collection « La Librairie du XXIe siècle », aux éditions du Seuil.

En juin dernier a paru le dernier livre d’António Lobo Antunes, Dictionnaire du langage des fleurs – dernier livre publié en français, mais avant-dernier d’une œuvre capitale qui s’est conclue par la disparition en mars de son créateur. Lobo Antunes fait depuis longtemps partie de notre paysage littéraire, indissociable des éditions Bourgois qui l’ont traduit, indissociable aussi d’une langue si particulière, méandreuse, poétique, grinçante, novatrice, tellurique, rendue française par des grands traducteurs, et depuis 2011 par Dominique Nédellec, devenu la voix de l’écrivain portugais. Ce dernier roman est l’occasion de revenir avec son traducteur sur cette œuvre nonpareille, sur la langue portugaise, sur ce qu’il en coûte de traduire ces livres si enchevêtrés et ensorcelants, et ce que signifie ce compagnonnage au long cours avec l’un des écrivains les plus importants de notre époque.

Deux ouvrages ont récemment paru : La Vie bonne. Notre socialisme (Divergences) puis Autogestion générale. Sortir du capitalisme : méthode (Les liens qui libèrent). Le premier est signé Joseph Andras, écrivain et contributeur régulier à L’Humanité, et le second Guillaume Etiévant, ancien secrétaire national du Parti de Gauche, expert des questions économiques en milieu syndical et co-rédacteur en chef du magazine Frustration. Les deux auteurs ne se connaissent pas, mais le désir de contribuer à un débat plus collectif sur la possibilité d’émergence d’un socialisme à la fois révolutionnaire et démocratique les a conduits à dialoguer. Le tutoiement s’est imposé, tradition égalitaire oblige.

Le poète Jordi Gallizia s’est prêté au jeu du grand entretien autour de son ouvrage Brasucade. Il y est question de mémoire, de goûts, de mots, dans un parler propre aux milieux des étangs et des garrigues occitanes. L’auteur nous invite au festin de la brasucade, un plat de moules marinées et braisées typique de l’étang de Thau dans l’Hérault. De la langue comme des rives de l’étang surgissent des racines occitanes, dont Jordi Gallizia se fait la voix renouvelée. Le texte se donne à lire comme la brasucade, les mots sont grillés et décortiqués par l’auteur qui nous convie à un banquet aussi populaire que littéraire.