Quelle femme était Colette, au-delà de l’auteur des Claudine et du Blé en herbe ? Une icône de la Belle Époque, une danseuse, une journaliste et surtout une rebelle, terme qui pourrait définir une femme, sa vie, son œuvre, au centre du documentaire Colette, l’insoumise de Cécile Denjean qu’Arte diffuse lundi prochain, 22 avril, portrait d’une femme aux « mille et une vie, mille et une éclosions ».

Comment écrire, après Toni Morisson ou Edward P. Jones, la violence inhérente à l’Histoire américaine ? Laird Hunt est de ces auteurs qui prennent le monde pour territoire fictionnel, tant leurs racines vont puiser dans différentes cultures et imaginaires et refusent les frontières héritées, construites et réductrices.

Après Personne ne disparaît, Catherine Lacey publie Les Réponses, récit tout aussi sidérant de maîtrise, précisant les contours d’un univers romanesque singulier, à la fois barré et totalement familier, dans un entre-deux à l’équilibre miraculeux. Mary s’y retrouve au centre d’une expérience étrange, l’XPC, qui vise à décrypter scientifiquement les mystères du sentiment amoureux.

« Becky observe les gens, contemple la rue, entend les bruits ambiants, sent le trottoir sous ses pieds, et elle s’autorise à envisager ce qu’elle aimerait en dire un jour, avec son corps, dans une chorégraphie de sa propre composition ». Cette chorégraphie est justement celle que compose Kate Tempest dans Écoute la ville tomber, roman qui paraît en Rivages Poche, dans une traduction de Madeleine Nasalik.

Michael et Catlin s’aiment depuis presque vingt-cinq ans, amants fidèles et clandestins qui se retrouvent une fois par mois dans un petit hôtel de Coney Island. Ce jour-là, sans doute le dernier, une tempête s’est abattue sur la station balnéaire endormie par l’hiver, loin de ces fastes forains d’antan. « Cet après-midi, Coney Island a des airs de bout du monde, d’ultime bastion avant les grands fonds, d’endroit où dérivent les damnés avant de sombrer dans le néant ».

En 1962, Rachel Carson publiait Printemps silencieux, « fable pour demain », dénonciation sans concession du scandale des pesticides et appel à emprunter une « autre route ». A lire La Malchimie de Gisèle Bienne, qui n’est en rien un roman mais bel et bien un « récit », cette route est encore un espoir vain.

Ne ratez pas la pépite documentaire diffusée dimanche à 19h15 sur Arte (et en replay jusqu’au 28 juin 2019). Le film de Bernd Boehm raconte La Belle Époque, à Paris, à travers des archives exhumées par le photographe allemand Werner Bokelberg, des centaines de clichés des rues et devantures parisiennes, marchands ambulants et autres petits métiers qui tissent le fil de 26 minutes passionnantes (et bien trop courtes).

Viv Albertine, guitariste des Slits, groupe punk qui marqua les scènes anglaises et du monde, publie un « album de souvenirs », au sens aussi bien musical que photographique ou littéraire du terme puisque son livre, De fringues, de musique et de mecs, a la structure duelle d’un vinyle ou d’un double album (Face A, Face B) : chaque court chapitre est comme une piste musicale, centrée sur un moment qui a laissé en elle « une empreinte indélébile », l’a « façonnée, scarifiée ».

Qui était Lescot Bruno, « attendu que » l’individu a commis un certain nombre de méfaits dans sa prime jeunesse, dont rend compte un exposé des motifs absolument exhaustif ? Pourquoi et comment est-il devenu cet individu coupable du vrai/faux braquage d’une agence bancaire de Charenton le Pont qui s’est soldé par la mort d’un policier ?

« Pigalle était mieux que la beauté. Pigalle est punk : sa laideur n’est rien ; son énergie fait tout — aujourd’hui encore » (Le New Moon)

David Dufresne aime à déplier les approches, formelles comme esthétiques, d’un même objet. Pensons ne serait-ce qu’à Fort McMoney qui fut successivement reportage dans la presse, journal dans le collectif Or brut (Lux, 2015), documentaire et même jeu vidéo. Cette fois, dans la foulée du livre New Moon (Seuil, 2017), un documentaire, diffusé ce soir sur Arte, nous conduit au cœur de Pigalle, de son histoire comme de ses mutations.

Flammarion publie, dans sa collection « Climats », le Manifeste des espèces compagnes de Donna Haraway, des espèces englobant « chiens, humains et autres partenaires », comme le souligne le sous-titre, soit riz, tulipes, abeilles, flore intestinale, etc. Ce livre, « scandaleusement révolutionnaire » selon sa préfacière Vinciane Despret, n’a pas pris une ride depuis sa publication originale en 2003.

Que dire d’un roman dont le charme puissant est tout entier dans sa forme ? Il faudrait, à son image, construire une fugue, tisser un récit lancinant et itératif. Se taire et laisser infuser sa poésie paradoxale, légère et dense. Ou se contenter d’écrire qu’heureux sont ceux qui n’ont pas encore ouvert Hélène ou le soulèvement d’Hugues Jallon et vont découvrir ses deux amants éperdus qui n’ont « pas de prénom l’un pour l’autre ».