Żanna Słoniowska

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska — et premier livre publié dans la collection Littérature des éditions Delcourt — pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, aussi, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.

Jacques Roubaud 2017 © Diacritik

Le 18 octobre dernier, rendez-vous est pris avec Jacques Roubaud pour évoquer Peut-être ou la nuit de dimanche, à paraître dans la vaste et stimulante « Librairie du XXIè siècle ».
Le jour de cet entretien, le livre n’existe pas même sous forme d’épreuves, il est encore un manuscrit et il faut avant toute chose remercier Maurice Olender d’avoir permis cette rencontre avec un texte en devenir, ce « brouillon », comme le désigne son auteur en sous-titre, soit un laboratoire et un essai, un dialogue avec d’autres livres, de grands aînés, avec soi.
Jacques Roubaud se livre avec attention et une bienveillance souriante : il évoque, pour Diacritik, la complexe question autobiographique, l’actualité de la poésie, la traduction mais aussi son admiration pour Gertrude Stein qu’il préfère à Joyce qu’il juge, avec malice, « un peu toc ».

Véhicules de transport des déchets, Le Caire, Égypte, 2015 © David Degner, Mucem

Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… Son essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».

Emmanuelle Heurtebize (DR)

L’

éditrice Emmanuelle Heurtebize a fait ses armes chez 10/18, avant de rejoindre « La Cosmopolite » des éditions Stock. Aujourd’hui, elle crée, au sein du groupe Delcourt, une collection de littérature, de littératures, devrait-on écrire, tant cette collection, qui publie ses premiers titres en cette rentrée littéraire, va privilégier diversité et pluralité. Entre janvier et mai 2018, 7 romans sont annoncés, signés d’écrivains originaires d’Ukraine, Allemagne, Danemark, Nigeria, Israël, France et États-Unis. Une collection littéraire est aussi une cartographie redessinée, un regard porté sur le monde et la manière dont la fiction le (dé)construit. Autant de défis et enjeux qui sont à l’origine d’un entretien, mené en décembre dernier, avec Emmanuelle Heurtebize qui nous raconte la naissance de cette nouvelle collection.

Jacqueline Woodson

Un autre Brooklyn est un roman dédié au quartier de Bushwick, ou plus précisément à deux décennies de la vie de cet Another Brooklyn : 1970-1990. C’est là que la narratrice, August, et sa bande de filles (Sylvia, Angela, Gigi), « quatre filles toujours ensemble, d’une beauté stupéfiante » ont passé leur jeunesse « dans une solitude terrifiante ». Là qu’elles ont fait l’expérience de l’amitié, de la violence du rapport entre les corps. Là que revient la narratrice, vingt ans plus tard, alors que son père vient de mourir et qu’elle-même est devenue anthropologue.

Tout récit de soi revient à sertir le « je » dans une époque. Quand il est celui d’un historien qui fut adolescent dans les années 80, le faire revient à enter une branche nouvelle sur le grand tronc autobiographique : une forme d’« ego-histoire » pour reprendre le terme qu’emploie Ivan Jablonka dans les dernières pages d’En Camping-car.
Raconter ses étés adolescents en Combi Volkswagen, sur les routes d’Europe, c’est faire une traversée tout autant spatiale que temporelle, redessiner la cartographie d’un « paysage intérieur » en mêlant l’intime et le collectif, réécrire son CV, en quelque sorte…

Jean Rolin © Olivier Roller


« Le jour même de mon retour à Savannah, dans les heures qui suivirent je revis le petit homme au parapluie roulé : il était en train de fumer, assis sur un muret faisant face à la grille cadenassée du motel en friche, et dans une position telle qu’il se serait trouvé dans le champ des images faites par Kate le soir de notre installation dans ce motel. »

Paul Otchakovsky-Laurens

Le grand éditeur Paul Otchakovsky-Laurens est mort dans un accident de voiture à Marie Galante. Né en 1944 dans le Vaucluse, il avait fait ses armes chez Christian Bourgois puis Flammarion, avant de créer, en 1977, la collection « P.O.L. » chez Hachette. Il y publie plusieurs textes de Georges Perec (La vie mode d’emploi en 1978).
La mort de l’écrivain, en 1982, est une des raisons qui le pousse à créer sa propre maison d’édition, en 1983. Il y publie Emmanuel Carrère, Marie Darrieussecq, Guillaume Dustan, Christine Montalbetti, Édouard Levé, Olivier Cadiot, Patrick Varetz, Jean Rolin et tant d’autres.

Le capitalisme est-il un cancer ? Telle est la question que pose abruptement le roman de Richard Powers, Gains. Publié en 1998 aux USA, en 2012 dans sa traduction française, désormais disponible en poche chez 10/18, il est toujours d’une actualité aiguë, mieux encore : les quelques quinze années écoulées entre sa parution originale et sa traduction ont rendu toujours plus pertinente cette fresque de l’Amérique entrepreneuriale.

Sans doute le no man’s land est-il le lieu de l’absolue présence : désert en apparence et pourtant palimpseste tant il porte de strates et traces, tant il recèle de présences invisibles, tant il est ouvert à l’investissement fictionnel. Plus encore quand des photographies saisissent ces lieux et leur imposante nudité, comme celles de Jean-Jacques Gonzales dans le dernier livre d’Eric Marty : L’invasion du désert, récit qui est une « photofiction » comme l’explique l’écrivain dans un entretien avec Aurélie Foglia.

Patrice Nganang

Patrice Nganang, en garde à vue depuis le 6 décembre, a été écroué à la prison centrale de Kondengui, à Yaoundé. à Yaoundé. Le procès de l’homme révolté, négation de toute liberté d’expression aura lieu le 19 janvier prochain (Lire ici l’article de Jeune Afrique).
Une pétition en soutien de Patrice Nganang peut être signée ici.
Diacritik relaie une campagne à l’initiative de Timba Bema et de Jean-Michel DevésaLire pour que Patrice Nganang soit libéré. Read to make Patrice Nganang free.
Aujourd’hui, La Promesse des fleurs, lue par Christine Marcandier.