Arte diffuse ce soir un captivant documentaire sur Paul Auster, signé Sabine Lidl : Paul Auster, le jeu du hasard. Prenant prétexte de la parution de 4321, le dernier roman de l’écrivain — monumentale somme et mise en perspective de l’ensemble des topiques son œuvre, fascinant jeu de miroir sur les rapports du réel et de la fiction —, le film croise la lecture de pages du livre, les confessions de son auteur sur l’écriture, le cinéma, la vie, sa famille et celles de proches en un puissant portrait diffracté.

Vous qui pensiez connaître l’affaire pour avoir lu Dix petits nègres et le nom de l’assassin nommément désigné par Agatha Christie, révisez votre jugement : Pierre Bayard a mené une contre-enquête tout aussi minutieuse que malicieuse et son verdict est sans appel. The truth is out there, la vérité est ailleurs, conclusion à laquelle les dénouements des épisodes d’X-Files nous a habitués. Retour sur l’un des plus célèbres cold cases de l’histoire littéraire, avec l’inspecteur Bayard, le temps d’un grand entretien.

« Cet ouvrage est l’histoire d’une communauté », écrit Amy Goldstein en ouverture des Remerciements de son livre, Janesville. Une histoire américaine, qui vient de paraître aux éditions Bourgois dans une traduction d’Aurélie Tronchet. L’histoire d’une communauté qui tente de se relever et de se reconstruire après la fermeture de l’usine automobile qui faisait vivre ses habitants.

Le titre original du premier roman d’Aja Gabel, qui vient de paraître en France chez Rivages, dans une traduction de Cyrielle Ayakatsikos, pourrait être son art poétique : The Ensemble, au sens le plus musical du terme, puisque le récit suit quatre amis et leur destin, professionnel, amical, amoureux, sur deux décennies. Le roman se déploie en quatre parties et une coda, comme le mouvement d’un morceau de musique ou une série, en plusieurs saisons, un This is us romanesque.

Premier roman nucléaire, La Centrale d’Elisabeth Filhol est un procès verbal dans tous les sens du terme : récit clinique comme aventure du verbe. De ces textes qui happent et hantent, d’une séduction étrange, tout autant romanesque que politique, sociale, de ces objets littéraires qui semblent des évidences, stylistiques, structurelles.

Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska, qui sort en poche chez Points, pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, ici, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.

Comment écrire le sexe ? Non pas l’acte sexuel, ou pas seulement, non pas la pornographie, ou pas seulement, mais le sexe masculin, exhibé, fétichisé, débarrassé de tous les oripeaux des récits conventionnels ou déjà écrits, trop lus, des discours qui le narrativisent, l’érotisent, le réduisent ? Tel serait le propos de Nina Leger dans son dernier livre, « romance », dit-elle, mais d’aujourd’hui, Mise en pièces comme on démantèle un attendu, comme « elle construit un palais de mémoire qui, à mesure qu’il se peuple de sexes nouveaux, se complique de couloirs, d’annexes et de dépendances ».

Trois figures et non deux sont au centre du dernier livre de Valérie Zenatti, Dans le faisceau des vivants : Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti et leur amitié, elle aussi personnage d’un roman sous le signe de la rencontre. Cette rencontre n’est pas seulement celle d’un immense écrivain et de sa traductrice, c’est celle d’un homme et d’une femme qui vont partager récits, langues et silences, c’est une évidence, une amitié unique, de celles, rares, qui dépassent les catégories et que seule la littérature est à même de saisir.

« Personne ne bouge » : l’incipit de Bacchantes, le dernier Céline Minard donne le la, celui d’un roman entre vrai/faux scénario de film de casse et jeu plus ou moins réussi avec les ficelles élimées du genre, dans la baie de Hong Kong, alors que s’annonce le typhon Shanshan, classé 10 sur l’échelle de Beaufort.

Sortir le grand jeu – ce jeu de mot sur le titre du roman de Céline Minard qui vient de paraître en Rivages Poches est facile, voire un peu vain au regard de la radicalité de son œuvre, pensée comme une exploration que l’on pourrait imaginer systématique des genres, ce qui serait méconnaître sa portée véritable :

Déceptif : c’est l’adjectif (franglais) qui vient immédiatement à l’esprit une fois achevée la lecture des Tribulations d’Arthur Mineur, signé Andrew Sean Greer, qui vient de paraître aux éditions Jacqueline Chambon dans une traduction de Gilbert Cohen-Solal. Déceptif et pourtant Prix Pulitzer 2018.

L’Immeuble Christodora, premier roman de Tim Murphy, traduit par Jérôme Schmidt, a fait sensation lors de sa parution aux États-Unis, au point d’être comparé au Chardonneret de Donna Tartt et à City on Fire de Garth Risk Hallberg par Newsday, et même à Tom Wolfe et son Bûcher des vanités par le New York Times. S’il faut raison garder, il est vrai que que cette saga, centrée à la fois sur la vie d’une famille, d’un immeuble et l’épidémie du Sida, a de quoi surprendre et séduire. Elle paraît justement au Livre de Poche, dans une traduction de Jérôme Schmidt.

En exergue du Thema qu’Arte consacre à la lune, en cette année du cinquantième anniversaire du premier pas de l’homme sur sa surface, aurait pu être mis le proverbe cree qu’aime à citer Melina Laboucan-Massimo : « Ce n’est que lorsque l’on aura abattu le dernier arbre, empoisonné la dernière rivière, et pêché le dernier poisson, qu’on se rendra compte que l’argent ne se mange pas ». En effet la lune n’est plus le « point sur un i » des poètes, elle n’est plus le défi d’une conquête technologique mais bien désormais le territoire d’une nouvelle forme d’exploitation, quand la terre ne suffit plus à l’apprenti sorcier qu’est l’homme.

« Sauvage » donc que le dictionnaire non raisonné que propose Geneviève Brisac, un inventaire non domestiqué, énergique et subjectif, au cœur même de l’articulation du poétique et du politique, de l’intime et du collectif. Ce n’est pas même un dictionnaire puisqu’« il n’y a rien de plus sauvage, de plus libre, de plus irresponsable, de plus indomptable que les mots, disait Virginia Woolf », citée par Geneviève Brisac en prologue de son abécédaire inédit, de A comme « Abstention » à Z comme « Zouave ».

Jeff Bezos est partout dans les médias : ces dernières semaines, Capital a publié « Les petits secrets du fondateur d’Amazon » (il fait de la gonflette, son bureau est au 6e étage de la tour Amazon, il ne prend plus jamais l’hélicoptère…), M6 a pu filmer les coulisses du Black Friday dans le centre logistique d’Amiens-Boves, Arte a diffusé le documentaire de David Carr-Brown L’Irrésistible ascension d’Amazon. Au centre, un même homme, le fondateur d’Amazon et deux conceptions diamétralement opposées du journalisme.