Prologue. Quand j’étais apprenti compositeur, dans le deuxième tiers des années 1970, donc peu de temps après les événements de mai 68 où la plupart des institutions avaient été remises en question, il n’était plus question d’aller étudier au Conservatoire de Paris, même si Olivier Messiaen y avait encore sa classe (s’étant clairement positionné du côté du pouvoir que nous combattions, ce dernier avait alors perdu de son aura).

Avec Surex, son troisième opus qui vient de sortir, Perez livre incontestablement son meilleur album à ce jour. Enfant de Suicide et Bashung, Surex se donne comme une épopée pop et électronique à l’élégance rare. Claviers hypnotiques, voix traitées comme instruments, mélodies implacables, Surex donne à Perez tout l’éclat et la plastique de son timbre mélancolique. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du jeune chanteur qui, avec Surex, s’impose définitivement comme l’un des chanteurs les plus remarquables de la nouvelle scène musicale française.

Il m’aura fallu attendre 43 ans bientôt 44 pour comprendre, savoir, découvrir ce que veut dire vivre un concert historique, c’était hier soir à l’Olympia Paris, mardi 19 novembre 2019. Il s’appelle Tamino comme le Prince de la Flûte enchantée, Mozart est le compositeur préféré de sa mère anthropologue et passionnée de musique, et son album Amir n’est autre que son deuxième prénom signifiant « prince » en arabe.

L’écoute de « Closer to grey », nouvel album des américains Chromatics qui se produiront à la fin du mois à Paris en tête d’affiche du festival Pitchfork mène à l’inverse de son titre vers l’illumination. C’est un disque pop parfait pour sortir de la réalité, pour la contrer. Voici les conditions dans lesquelles j’en ai fait l’expérience précise.

Ghosteen, le nouvel album de Nick Cave and The Bad Seeds, est un disque d’amour et de mort. « Ghosteen » est un fantôme teenager, un fantôme adolescent. Le disque est rempli d’amour pour ce ghosteen, comme il est une œuvre funèbre tout entière habitée par la mort de l’adolescent, par la douleur et l’écroulement du monde qui s’imposent du fait de cette mort.

Lorsque j’évoque mon goût prononcé, si ce n’est viscéral, pour la musique de mon île d’origine, j’ai régulièrement droit, même de la part d’interlocuteurs érudits, à un lot de clichés redondants : un groupe d’hommes habillés de noir, la main à l’oreille et brayant des gammes incompréhensibles. Il est certain que ce n’est pas en écoutant les reprises de Patrick Fiori/Bruel que l’on peut s’initier au chant traditionnel, et surtout l’apprécier. Mais il en est bien autrement si l’on tend l’oreille à la brillante et charismatique chanteuse Patrizia Poli.

Après leur disque commun autour de la poésie d’Artaud, les Soundwalk Collective et Patti Smith se retrouvent pour un nouvel opus centré sur l’œuvre de Rimbaud. Mummer Love sortira début novembre, mais un premier extrait déjà proposé à l’écoute, exaltant le poème « Eternité », mêle la voix de Patti Smith et la composition des Soundwalk à l’art du Sufi group of Sheikh Ibrahim.