Le poète Jordi Gallizia s’est prêté au jeu du grand entretien autour de son ouvrage Brasucade. Il y est question de mémoire, de goûts, de mots, dans un parler propre aux milieux des étangs et des garrigues occitanes. L’auteur nous invite au festin de la brasucade, un plat de moules marinées et braisées typique de l’étang de Thau dans l’Hérault. De la langue comme des rives de l’étang surgissent des racines occitanes, dont Jordi Gallizia se fait la voix renouvelée. Le texte se donne à lire comme la brasucade, les mots sont grillés et décortiqués par l’auteur qui nous convie à un banquet aussi populaire que littéraire.

Le Palmier entraîne le lecteur sur les pas de Vive, huit ans, dans un jardin en apparence merveilleux et protecteur mais soumis à des intrusions violentes et à la mort. « Le langage est un rempart contre l’oubli », confie Valentine Goby. Dans ce parcours vers un dévoilement final, l’enquête menée par Vive sur ce palmier, qui n’est pas qu’un palmier, déploie une poétique du dédoublement et de l’attention au détail, au monde, à sa beauté et à ses failles, comme le souligne l’entretien que l’autrice nous a accordé.

Avec Nos invisibles (Cambourakis, 2024), Charlotte Bonnefon tisse un récit onirique et fragmentaire où se croisent mémoires traumatiques, violences coloniales, exils et résistances féminines. Entre archives morcelées et motifs obsédants, ces mémoires entravées tourbillonnent et se cristallisent en une sensation à la fois intime et universelle. Le livre est un objet totem, mosaïque de silences et de fulgurances, qui interroge : comment représenter l’invisible sans le trahir ou le figer ? Notre entretien avec l’autrice explore la genèse de ce texte labyrinthique, son rapport aux archives, la symbolique du tissage, des plantes et du minéral, et la manière dont l’écriture peut devenir acte de réparation collective.

Parce que les crises écologiques que nous traversons nécessitent de l’imagination, dans l’action comme dans le renouvellement des formes littéraires, Laure Limongi crée avec l’Invention de la mer une fiction qui entrelace les genres littéraires. Paru aux éditions du Tripode en janvier 2025, son récit hybride roman, conte, essai et poésie, dessinant un futur utopique de créatures chimériques marines. La narratrice, elle-même chimère de poulpe, traduit au lecteur, en « obsohumain », un langage fait d’odeurs et de vibrations dans un texte qui s’enrichit de notes de bas de page, d’intertextualité et de lexiques. L’hybridité de la langue rejoignant celles de la structure du récit et des personnages, témoigne de la volonté de l’autrice de raconter autrement un monde à réinventer.Entretien avec Laure Limongi.

Est-ce un jeu tragique, une mise en abyme, une tentative de saisir le monde d’aujourd’hui ? Dans son roman Trash Vortex, Mathieu Larnaudie dresse le portrait d’une société obsédée par sa propre fin, en s’emparant du motif des gyres de déchets, notamment plastiques, qu’on retrouve dans l’océan. À travers quelques figures, souvent choisies parmi les élites politiques et économiques (la riche héritière, le directeur de cabinet, le réalisateur à succès…), le roman offre une analyse sociologique, psychologique et poétique de personnages de notre époque, qui pourraient sortir des limbes pour relancer une autre forme d’Histoire. À l’équilibre entre aventure et métaphore, Trash Vortex est aussi une invitation à être pleinement présent au monde, comme l’a souligné Mathieu Larnaudie dans le grand entretien qu’il nous a accordé.

Entretien avec Laure Gauthier au sujet de son dernier livre, mélusine reoladed, où il est question, entre autres, de politique, d’écologie, de contes et de dystopies, d’imaginaire, de poésie, ou encore de Jean-Luc Nancy. Quand l’imaginaire littéraire devient un des points de vue à partir duquel penser notre monde et peut-être l’habiter.

Pour paraphraser Marx parlant du « génial Leroux », député socialiste de Paris qui, en juin 1848, tout frais élu, avait pris la parole à la tribune de l’Assemblée constituante plaçant les parlementaires devant un choix radical : « Si vous ne voulez pas sortir de l’ancienne économie politique (…), je dis que vous exposez la civilisation ancienne à mourir dans une agonie terrible » ; voici le livre du « génial Godin ».

Joyce avait donné voix à une rivière dans Finnegans Wake : la Liffey ou encore Anna Livia (Annis Liffey) Plurabelle… Ce roman se terminait sur la lettre « l’ » (the). C’est le nom que Camille de Toledo donne à une rivière – « L » – qui demande devant le tribunal la reconnaissance de son « corps travailleur », pour devenir une rivière-personne, un être hydrogéologique, qu’on allait désormais devoir payer, les uns et les autres…

De tous les combats de Françoise d’Eaubonne, aussi divers qu’en définitive liés, l’attentat contre la centrale nucléaire de Fessenheim, le 3 mai 1975, est à la fois le plus connu et le plus opaque. Il est le point de départ de « l’enquête intime » de David Dufresne, vingt ans après la mort de son « impossible grand-mère », sous le signe d’un éclatant Remember.

En 2019, Baptiste Lanaspeze racontait à Diacritik l’origine et les lignes fortes de sa maison d’édition. Il y exprimait l’urgence de changer de grands récits-cadre. Six ans plus tard, toujours plus solidement ancré dans la ville « marron » de Marseille, entouré d’une équipe engagée, l’éditeur répond aux questions de Nathalie Ong, Yann Crespel, Valentin Printant, et s’entretient avec eux de cette « société écologique » dont chacune des parutions des éditions Wildproject enrichit le manifeste.

« Éleveur de chèvres », c’est l’expression qu’emploie Violaine Bérot pour parler de ce métier qu’elle a exercé pendant douze ans et qu’elle a été contrainte d’arrêter. Pour se « consoler », elle a choisi de reprendre son autre métier, écrivain. Parmi ses œuvres, Pastorales occupe une place à part.  Née d’une rencontre avec Florence Debove, autrice et bergère et Jean–Christophe Cavallin, auteur et chercheur, Pastorales est un recueil de chants qui donne à voir la vie quotidienne en montagne avec chèvres et brebis. À la vie, à la mort ! Entretien.