« Les choses ne sont pas ce qu’elles sont ; elles sont ce qu’elles deviennent », écrivait Bachelard, cité par Sarah Hall en exergue de Comment peindre un homme mort (Christian Bourgois, 2010). La phrase aurait pu ouvrir Sœurs dans la guerre qui vient de paraître chez Rivages, formidable roman qui tient de la contre-dystopie, mise en récit d’un monde de cauchemar dans lequel une communauté de femmes tente de résister à la menace totalitaire comme au désastre écologique. Alors, oui, plus que jamais, être femme revient à le devenir autrement, à changer l’ordre des choses, dans comme par le récit.

À l’occasion de la parution de ses archives personnelles, Une révolution culturelle, et afin de saluer en ce jour de la Fête de la Musique son créateur, Jack Lang, l’ancien ministre de la culture de François Mitterrand, porte un regard sur la terrible période que nous traversons en nous faisant part de ses réflexions sur ce dont la Culture a besoin pour habiter nos vies, notamment Le Parlement des Créateurs qu’il appelle de ses vœux. Alors, Jack Lang, où est le cool ?

Soulever le couvercle du chaudron écumant où s’est préparée pendant quatorze ans la politique culturelle de la France et en découvrir les rouages, tractations, batailles, le rêve en somme de tout chercheur, étudiant, acteur du monde des arts ou tout simplement curieux, est désormais possible grâce à la publication d’une somme de 1300 pages : Jack Lang. Une révolution culturelle. Dits et écrits aux éditions Bouquins.

Disons-le sans attendre : Romain Huët signe avec De si violentes fatigues un très grand livre. Après le remarquable Vertige de l’émeute qui se concentrait sur les cortèges de tête en manifestation, Huët poursuit un peu plus avant la sociologie charnelle de nos temps déchirés d’impuissance et de panique mêlées en choisissant de s’intéresser à ceux que la société nomme les épuisés, les malheureux et les fatigués. Loin d’en faire une victime amorphe, l’essayiste lit la figue de l’épuisé comme le stade premier d’une révolte qui engage la société dans un nouveau devenir politique dont elle doit se saisir. Autant de perspectives sociales que Diacritik ne pouvait manquer d’aller creuser avec son auteur le temps d’un grand entretien.

« Et de la sorte le travail, le projet, prend forme peu à peu, se diversifie, croit, mais pas de façon linéaire. C’est comme un roman, pour que vous me compreniez, qui ne commence pas par le commencement. En fait, c’est un roman qui, comme tout roman d’ailleurs, ne commence pas dans le roman, dans l’objet livre qui le contient, vous comprenez ?

Encore un Marvel ! Nouvelle série de l’Univers Cinématique, le premier épisode de Loki a été diffusé mercredi 9 juin sur Disney+ et posé les bases d’une intrigue en six épisodes qui mettent en vedette le dieu de la malice et convoque des gardiens du temps et la théorie des multivers dans une mise en scène tragi-comique qui fait la part belle à une iconographie sixties.

Que disent pourcentages et chiffres de nos vies matérielles et intérieures ? en quoi serions-nous quantifiables ou mesurables ? Ce sont les questions que se pose d’abord Yves Pagès face aux chiffres et pourcentages glanés « à tout hasard » dans un carnet pendant des années. Le « vertigineux inventaire » met en coupe nos profils et recense nos faits, gestes et opinions. Où trouver le « je » dans ce « nous » voire « ils » ou « elles » ? Il s’agit alors pour l’écrivain d’interpréter donc de traquer ce qui ne se dit pas dans le général, de soustraire les données brutes aux fausses évidences pour trouver une singularité formelle dans le tourbillon des stats, l’être sous l’avoir, le récit sous la norme chiffrée : il était une fois sur cent, donc.

Dos, pensée (poème), revenant de Jacques Jouet et Nous allons perdre deux minutes de lumière de Frédéric Forte paraissent respectivement en 2019 et 2021 aux éditions P.O.L. Membres de l’Oulipo, les deux auteurs intègrent différentes contraintes dans leur travail d’écriture. Entretien avec Frédéric Forte et Jacques Jouet.

L’une des caractéristiques du fabuleux roman de Lydia Flem, Paris Fantasme, est de faire des recettes de cuisine l’un des moteurs romanesques de son arpentage de la rue Férou. Son enquête brasse les siècles et les imaginaires et la cuisine y apparaît pleinement comme une archive, dès la trace du mot « pot-au-feu » au bas d’un mur de la rue. Une recette de cuisine est un condensé d’histoire des sensibilités, elle dit les variations dans nos rapports à la nourriture, aux dîners privés, amicaux ou aux réceptions, c’est aussi la transmission entre les générations et un genre littéraire, de la Renaissance à aujourd’hui, en passant par Dumas et Giono.

Dans deux semaines, ce sera l’été. Il faut donc accélérer un peu : la pile des ouvrages à “traiter” n’est pas épuisée. Elle fait plaisir à voir. Tout n’est pas perdu en ces temps de manque. Tirons quelques volumes de cette pile, disons sept – c’était trois la dernière fois, ce serait bien que ce soit cinq la prochaine fois – et admettons que ce huitième épisode soit l’avant-dernier de la saison. C’est parti.