Entendons-nous bien, le Dictionnerfs de Mathieu Potte-Bonneville et François Matton n’est pas qu’un dico de plus dans l’univers des lexiques qui font autorité que l’on offrira distraitement à Noël ou à son petit neveu. Car le Dictionnerfs possède un « Mojo », un sex appeal, un pouvoir, que n’ont pas les habituels recueils de définitions, de citations qui finissent leur carrière au mieux sur une étagère de bibliothèque et au pire sous une armoire normande et bancale.

Véronique Bergen est Docteur en philosophie, essayiste, écrivaine, poétesse, critique. Elle est, depuis 2018, membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Elle est aussi, bien sûr, non seulement une collaboratrice de Diacritik mais également une auteure que nous évoquons régulièrement dans nos pages, qu’il soit question de ses essais ou de ses fictions.

Le désir de modifier le regard que l’on porte sur les migrants a réuni deux artistes autour d’un projet intitulé « Borders ». Les textes sont de Wilfried N’Sondé et les photographies de Jean-Michel André, le tout se conjugue dans une réflexion très digne et juste sur l’exil. Ce travail à quatre mains est exposé pendant l’été aux Rencontres d’Arles.

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde », écrivait Borges : année après année, il multiplie les images, avant de découvrir, au seuil de sa mort, que « ce patient labyrinthe de lignes » a fini par dessiner son visage. Cet homme qu’imagine Borges dans El Hacedor, c’est Olivier Rolin écrivant Extérieur monde, depuis cette citation en épigraphe, composant son autoportrait via un arpentage de espaces autant géographiques qu’intérieurs, un désir du monde et de ses lieux, « un voyage à travers mes voyages », « un atlas subjectif ».

Comme Jacques Dubois l’a souverainement défini dans un article paru sur Diacritik, le volume La Pléiade/Gallimard consacré aux romans et à la poésie de Jean Genet est une pépite éditoriale. D’une part, parce que Genet est Genet est Genet, un des astres les plus sidérants des Lettres françaises. D’autre part, parce que l’édition de ce volume établie, annotée, commentée par Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, avec l’aide d’Albert Dichy, nous donne à lire les originaux, les textes non expurgés.

Jean-Benoît Puech, connu pour ses nombreuses mystifications littéraires, publie aux éditions P.O.L un ouvrage singulier : La Préparation du mariage. Après avoir conté les œuvres et la vie de Benjamin Jordane, un auteur fictif né de son invention, Puech s’attaque à présent à l’autobiographie d’un nouveau personnage nommé Clément Coupèges.

Indispensable : tel est le mot qui vient immédiatement pour qualifier l’essai sur l’intersectionnalité que viennent de faire paraître Éléonore Lépinard et Sarah Mazouz. Dans un livre aussi brillant que limpide, les deux sociologues reviennent avec mesure et force sur la notion d’intersectionnalité qui est au cœur de tous les débats depuis quelques mois. Loin des vociférations médiatiques et éditorialistes qui en dénaturent la définition, Pour l’intersectionnalité revient sur la puissance critique que la notion peut donner aux sciences sociales et montre que l’intersectionnalité donne à comprendre autrement la marginalisation et l’oppression dans nos sociétés. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre des deux sociologues à l’occasion d’un grand entretien.

Comme il serait tentant de procéder comme Willem le fait depuis plus de quarante ans avec ses chroniques – Revue de presse, Images, Autre chose, etc. – pour Charlie Hebdo ou Libération : avoir à sa disposition un espace, pas nécessairement de grande dimension, où recenser quelques nouveautés, choisissant pour chaque ouvrage une image (et même le plus souvent un fragment d’image), à laquelle se contenter d’ajouter quelques mots – à peine une phrase – pour donner le ton. Et ce peu, ce très peu parfois, suffit pour que les lecteurs se disent que, si Willem en parle, c’est que l’ouvrage en vaut la peine.