BnF, Mss., NAF 28509(26), Obscuration, f. 2. © Olivier Wagner avec l'aimable autorisation d'Ariane Ollier-Malaterre
BnF, Mss., NAF 28509(26), Obscuration, f. 2. © Olivier Wagner avec l’aimable autorisation d’Ariane Ollier-Malaterre

Claude Ollier avait fait le choix en 2008 de faire don à la Bibliothèque nationale de France de l’ensemble des manuscrits de ses œuvres romanesques, de La Mise en scène à Wert et la vie sans fin, en tout vingt-et-un romans publiés de 1958 à 2007. La question de la survie posthume de son œuvre lui avait semblé en effet nécessiter un acte de dépossession qu’un auteur n’envisage jamais avec sérénité. Il s’agissait sans doute ici d’un choix infiniment pertinent, car il permettait, en préservant l’unité et la cohérence d’un ensemble qu’il avait maintenu avec beaucoup d’attention, de rendre possible la création d’un regard rétrospectif au sujet d’une œuvre dont l’unité, la constance et l’ampleur frappent inévitablement. Ce don initial fut complété à la fin de l’année 2016 par l’achat des archives subsistantes de l’auteur et en particulier de sa correspondance reçue.

Moby Porcelain a memoir

Il est toujours étonnant de voir un artiste ou un écrivain publier très tôt ses Mémoires, quand il ne s’agit pas de l’entreprise d’une vie comme pour Michel Leiris. Pensons à Gary Shteyngart avec ses Mémoires d’un bon à rien ou plus récemment Moby avec Porcelain, qui vient de sortir en poche chez Points, reprenant le titre de son tube de 1999. Pourquoi écrire dès le mitan de la vie, sinon pour tenter de cerner l’aventure d’un nom et d’une œuvre, un devenir autre en quelque sorte, une altérité en laquelle il s’agit peut-être de lire une vérité de soi ?

Rodrigo Fresán
Rodrigo Fresán

Autant le dire d’emblée : tout texte critique ne se développant pas sur quelques dizaines de pages ne rendra compte que d’un angle infime du livre-monde qu’est La Part inventée de Rodrigo Fresán, un roman à l’ambition infinie, aux dimensions démesurées, à l’empan extensif. La parte inventada (2014), publié en cette rentrée d’hiver au Seuil dans une traduction d’Isabelle Gugnon, est tout à la fois une forme d’autobiographie/autofiction, le roman d’une vie d’écrivain, un laboratoire de fictions, un essai sur Fitzgerald, etc., et puisqu’aucun genre ne convient à lui seul, une (ré)invention constante de soi comme du livre entre les mains du lecteur. Et il est rare qu’un texte aussi dense et riche, démultiplié, se dévore comme un page-turner.
De tous ces (im)possibles pourtant tenus en un volume naît La part inventée.

 

Christophe Pellet par Marc Castro
Christophe Pellet par Marc Castro

Dans Aphrodisia, le dernier texte publié du cinéaste et dramaturge Christophe Pellet, le théâtre est le lieu par lequel des logiques autres se déploient – logiques du corps, de la parole, de la pensée en rupture avec celles par lesquelles nous sommes investis d’habitude. Le théâtre est un rapport de forces, l’émergence de forces qui résistent mais aussi créent leur propre dynamique, leurs propres évasion et invention.

Astrid Waliszek (DR)
Astrid Waliszek (DR)

Je connaissais sa voix, rauque, le souffle qui l’accompagne et fait craindre qu’elle ne se brise avant d’atteindre la fin d’une pensée, et même d’une phrase. Une fragilité en fait constamment rattrapée. La voix ne se brise pas et, du coup, parler, simplement parler, redevient un événement aussi insolite qu’inouï.

Or, voilà que d’elle, je découvrais un autre phrasé, une autre consistance : c’était un livre dans mes mains.
Un livre de photographies et de textes courts.

Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny
Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny

Diacritik a le plaisir et l’honneur de publier cet entretien inédit entre deux écrivains, Frédéric-Yves Jeannet et Pierre Bergounioux, réalisé par mail entre Cuernavaca et Gif-sur Yvette, en janvier dernier.
Les deux auteurs correspondent, selon un mode que l’on pourrait penser « mineur », comme l’écrit Frédéric-Yves Jeannet, qui révèle pourtant « ce que l’écriture de création ne laisse pas soupçonner ».
Ces pages inédites sont destinées à paraître dans un livre dans les mois qui viennent.

Roger Knobelspiess
Roger Knobelspiess

En 1980, dans sa préface à QHS : Quartier de Haute Sécurité (Stock), Michel Foucault écrit : « voici un rude document ». Non « un témoignage de plus sur la vie carcérale » mais une « expérience » depuis « un point névralgique du système pénitentiaire », ce qu’il nomme une «asphyxie cubique ». Rappeler ces mots de Foucault aujourd’hui, c’est dire la force d’un livre, son empreinte sur plusieurs générations, dire l’importance d’un nom, Roger Knobelspiess, à jamais associé à un combat contre l’injustice et l’enfermement.

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Depuis des temps immémoriaux, la Tunisie, ce grand petit pays, le seul du monde arabe à n’avoir pas réduit à rien ou transformé en guerre la vague révolutionnaire née en janvier 2011 sur son sol, s’est fait une spécialité… de ses femmes. Coïncidence ? Des femmes parfois insoumises, voire rebelles. Et assoiffées de liberté – bien avant que ne soit proclamé, en 1957, sous la présidence d’Habib Bourguiba, le fameux Code du statut personnel, qui fait des Tunisiennes, contre vents et marées, les moins discriminées du monde arabo-musulman. Trois livres en témoignent, signés Sophie Bessis, Michèle Lesbre et Saber Mansouri.

Inio Asano (DR)
Inio Asano (DR)

Avec les treize tomes de la série Bonne nuit Punpun, Inio Asano propose une histoire qui prend son temps. Le tour de force de la narration réside ici dans le fait que la quasi-totalité de l’expression orale du personnage principal nous est soustraite. Et il est difficile de s’être préparé mentalement à la descente aux enfers que traverse Punpun, si inconscient et si vif d’esprit.

Camille de Toledo © Jean-Philippe Cazier
Camille de Toledo © Jean-Philippe Cazier

Vendredi dernier, 10 février 2017, a eu lieu la première soirée Diacritik / Atout Livre, organisée conjointement par Johan Faerber et David Rey : le premier invité et parrain naturel en était Camille de Toledo qui a longuement évoqué pour le public présent son dernier roman, Le Livre de la faim et de la soif (Gallimard), mais aussi son rapport à la fiction, au monde, à l’écriture.
Diacritik vous propose de revivre cette rencontre animée par Johan Faerber, via une captation vidéo de la soirée et une série de photographies signées Jean-Philippe Cazier.