Alors que le monde peine à se remettre d’une pandémie mal contenue, que l’Ukraine se réveille chaque matin un peu plus meurtrie sous les bombardements de « l’opération spéciale » russe, l’œuvre d’Enki Bilal résonne tout en achevant d’éteindre tout espoir en une humanité bienveillante qui se projetterait dans un futur qui a appris de ses erreurs ; et qui au contraire se réfugie dans ses passés les plus condamnables.

En achevant le visionnage de No Time To Die, une critique lapidaire d’Au Service secret de sa Majesté (réalisé par Peter Hunt en 1969) m’est revenue en mémoire : « aurait pu être le meilleur des Bond. Pas un classique ». En assumant la paraphrase, Mourir peut attendre aurait être le meilleur des Bond mais ne sera pas le classique qu’il aurait pu devenir.

Juger une série sur la foi du premier épisode est un exercice périlleux. En découvrant une nouvelle production, on risque les bonnes comme les mauvaises surprises, de désillusions perdues en temps gagné à faire autre chose que de s’avachir devant un spectacle dispensable. Il arrive aussi que la frontière entre le bon et le moyen soit fine au point que si l’on ne passe pas un mauvais moment, on n’exulte pas pour autant, quand bien même le show runner s’appellerait Julian Fellowes, scénariste de Gosford Park, créateur de Downton Abbey et Belgravia.

Les éditions Dargaud viennent d’annoncer la disparition du dessinateur Jean-Claude Mézières dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 janvier 2022 à l’âge de 83 ans. Celui dont la carrière est indissociable des personnages de Valérian et Laureline qu’il a créés avec son ami d’enfance Pierre Christin fut un acteur majeur la bande dessinée : illustrateur et créateur à l’imaginaire foisonnant, un pionnier dont l’influence s’est étendue bien au-delà du 9ème art aujourd’hui en deuil.

Rust (not in) peace. Prenez un shérif qui tente de se sevrer de son addiction médicamenteuse, une mère de famille qui essaie de survivre malgré les dettes avec son fils ex-espoir du football, des secrets et un mal de vivre qui gangrène une ville entière et vous obtenez la trame d’American Rust, mini-série policière, drame familial, qui suinte le désespoir et se donne comme un portrait de plus des oubliés de l’american dream.

C’est une joie et une souffrance. Un de ces moments où l’on se dit que la vie est à la fois bien faite et un peu cruelle aussi quand on a en mains le premier épisode d’un nouveau diptyque des aventures de Largo Winch. On s’empresse de se le procurer, on le dévore plus qu’on ne le lit et on le referme avec un sentiment de manque immédiat mêlé de satisfaction. L’arrivée de La frontière de la nuit en librairie ne déroge pas à la règle.

L‘époque a rendu la critique exigeante. En lisant certains articles à charge et autres recensions acrimonieuses du 39ème épisode des aventures d’Astérix le Gaulois, on en vient à se demander si l’aventure signée Ferri et Conrad n’est pas victime de ce mal contemporain qu’est le traitement de la culture par le petit bout de la lorgnette du commentaire…

Dans le langage courant et dans le jargon technico-commercial, le service après-vente (SAV) est un service qu’une entreprise propose à ses clients pour la mise en marche, l’entretien et la réparation d’un bien que cette entreprise a vendu ou pas. Que se passerait-il si la grande entreprise de Dieu, père et fils avait sous-traité la prestation à des techniciens nommés Gandhi, La Callas, Victor Hugo ou Michel Audiard ?

Conquis d’emblée par un titre prometteur et un sujet qui ne l’est pas moins, j’ai lu La Flotte fantôme de P.W. Singer et August Cole (Buchet Chastel), livre qui s’est révélé quelque peu décevant sur la durée, pour ne pas dire la longueur. Le thriller maritime dystopique « affolant » annoncé se transforme au fil des pages en super production lisse. La faute à une avalanche de références militaro-industrielles qui tourne au name dropping technologique inutile et à un propos convenu qui vante in extenso les vertus américaines contre le méchant reste du monde.