Longtemps la curiosité eut mauvaise réputation. Elle était le vilain défaut par excellence. Les religions la décriaient, les moralistes s’en méfiaient. Il est vrai que, confondue avec l’indiscrétion ou l’espionnage, elle était (et reste) peu vertueuse. En revanche, en ce qu’elle conduit à la connaissance dans son immense variété, elle se confond avec la vie même.

Où en sommes-nous avec Jean Giono ? De la cohorte des grands romanciers que connut la France dans la première moitié du XXe siècle et un peu plus, il apparaît comme l’un des rares survivants, l’un de ceux qui sollicitent encore notre lecture. Lisons-nous encore Maurois et Mauriac, Montherlant et Martin du Gard ou même Malraux ? En revanche et à coup sûr, nous sommes nombreux à rester fidèles à maints romans de Giono et en particulier à ses « Chroniques romanesques », qui datent surtout de l’après-guerre 40-45.

Il y a peu, Charles Coustille nous donnait sous le titre d’Antithèses (Gallimard) les résultats de l’enquête pour le moins originale qu’il avait conduite parmi les grands auteurs français. Il y croisait les mondes littéraire et universitaire, en prenant l’exemple de quatre auteurs majeurs du XXe siècle (j’omets ici Mallarmé) qui s’étaient engagés dans le projet d’une thèse sans jamais aboutir. Parmi les cas passés en revue, le plus remarquable était celui de Charles Péguy, un Péguy que Coustille plaçait haut dans ses admirations tout en sachant que l’écrivain était à demi oublié aujourd’hui.

Le dernier roman de Jean-Philippe Toussaint s’intitule bravement La Clé USB. Occasion de se rappeler que l’auteur nous donna à ses débuts L’Appareil-photo et La Télévision et ce avant que ne surviennent les récits érotisants et délicieux du cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte. Mais voici qui nous rebranche de façon flagrante sur des objets technologiques.

Il y a dix ans, Jean-Philippe Toussaint, qui nous avait charmé avec La Salle de bains, Monsieur ou La Télévision, courts romans héritant de Beckett et d’un humour tout personnel, passait au cinéma et donnait La Patinoire, son premier long métrage. Production d’une grande drôlerie en même temps que réflexion sur ce qu’est le cinéma à partir d’un tournage entrepris sur une surface glacée.