Caroline Lamarche

De Caroline Lamarche, nous avions aimé Le Jour du chien, L’Ours, La Chienne de Naha, tous relevant au ras de leurs titres du registre animalier.
Voici que sort à présent de la même fabrique romanesque « un grand cerf » venu d’une comptine de l’enfance, que jadis nous avons chantée et mimée. Mais que nous disent ces références à un bestiaire pas seulement imaginaire ?

Laisney, En lisant en écoutant

Au XIXe, siècle de l’imprimé, la lecture en petit cénacle d’une œuvre littéraire fut néanmoins pratique courante. Dispositif fusionnel ou prétexte à exaspérer les jalousies et rivalités entre auteurs ? L’un et l’autre sans doute. Dans un petit ouvrage savoureux et savant, Vincent Laisney tente de nous dire ce que furent ces séances nombreuses dont il fait l’histoire en tant que forme de sociabilité et que genre oral. Et il le fait de façon allègre : au long des chapitres-vignettes qui forment son En lisant en écoutant, on ne s’ennuie vraiment pas.

Ce que regarder veut dire

Existe-t-il une sociologie visuelle, non pas au sens d’une sociologie des images d’art mais comme procédure analytique et argumentative dont se servirait le sociologue pour traiter les questions qu’il se pose ? C’est Daniel Vander Gucht qui se le demande avec d’autant plus d’à propos qu’il enseigne cette sociologie à l’université de Bruxelles. Et, dans Ce que regarder veut dire, il parle avec une passion entraînante de cette discipline encore mal assurée.

Bourmeau Bâtonnage

Ce n’est pas tous les jours qu’apparaît un nouveau genre ou une nouvelle forme littéraire. Or, voici que l’événement se produit avec le Bâtonnage que propose Sylvain Bourmeau (il fut directeur adjoint de Libé). Mais littéraire vraiment ? En fait, Bourmeau s’inspire d’une technique propre à son métier de journaliste et qui consiste à biffer dans une dépêche d’agence et à l’aide d’un feutre noir tout le superflu, tout ce qui fait redondance, avant d’introduire l’article dans la page.

Marielle Macé
Spécialiste du genre essai, Marielle Macé nous donne avec Styles un ouvrage ébouriffant autant qu’insolite. Ébouriffant : l’auteure circule avec une aisance souveraine parmi un grand nombre de textes qui ont marqué le dernier siècle ou les derniers temps en référence à un point de vue partagé par leurs auteurs — auteurs dans lesquels on se reconnait autant qu’elle. Insolite : ce faisant, Macé fonde une discipline multiforme, dont elle finira par dire qu’elle est une anthropologie mais une anthropologie sans équivalent.

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Robinson de Laurent Demoulin est sorti après la course aux prix. C’est sa chance : nous allons lire, loin du brouhaha, ce qui est un grand roman et l’un des plus beaux de la rentrée. Une robinsonnade postmoderne en quelque sorte. C’est que Robinson, le héros, est un jeune autiste (10 ans) et que son île n’est autre que sa personne même, celle que raconte par petits tableaux son père en bon Vendredi qu’il est, protecteur et infatigable. Comme on voit, les rôles langagiers sont ici inversés : Robinson n’a pas la parole ou plus justement est sans parole (hormis ses rires, ses pleurs, ses colères) tandis que le père ne cesse guère de s’adresser à lui, veilleur attentif et toujours en alerte.

Titanic

s’arrêtera donc Pierre Bayard ? Au terme de son nouvel essai critique et paradoxal, le voilà qui nous propose l’association d’écrivains à la gestion des affaires publiques. Ce qui placerait évidemment la littérature et ses enseignements au cœur même de la gouvernance. Proposition assez folle et peu platonicienne mais qui se soutient chez le critique de preuves et d’arguments tous impressionnants.

Roland Barthes, l’homme de la Vita Nova

Tout semble se trouver dans la biographie de Thiphaine Samoyault qui vient de paraître en poche, chez Points : Le Barthes orphelin de père et épris de mère. Le Barthes atteint par la tuberculose et passant quatre ans dans des sanas. Le Barthes qui connaît une carrière disloquée dans les marges des champs universitaire et littéraire pour terminer par une chaire de Poétique au Collège de France. Le Barthes créant une version bien à lui de la savante sémiologie mais l’appliquant à des sujets à la portée de tous comme en ces Mythologies qui démontent les fantasmes des Français au temps du gaullisme. Le Barthes engagé qui défend le théâtre de Brecht et celui de Vilar, mais évite manifestes et manifestations, se disant marxiste non communiste tout en accompagnant Sollers en Chine au temps de la Révolution culturelle. Le Barthes à demi zen et ne redoutant rien tant que l’hystérie. Le Barthes plus attentif aux signes qu’aux choses et se donnant pour cible cette doxa qui régit toutes les conventions et toutes les régressions. Et tant d’autres Barthes encore qui ont assuré le rayonnement d’une figure intellectuelle majeure auprès des meilleurs spécialistes comme d’un public plus large.

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Voici un petit livre aussi intelligent que plaisant. Il tient son côté légèrement ludique de ce qu’il fonctionne suivant un principe d’emboîtement qui fait penser à des poupées russes. C’est que, maître d’œuvre, Nathalie Heinich y commente Alexandre Koyré, qui y commente Erwin Panofsky, qui y commente l’immense Galilée. Et cela signifie qu’une seule et même grande idée est en quelque sorte reprise quatre fois, nous promenant du XVIe au XXIe siècle. Quatre fois, c’est sans doute beaucoup, mais l’entreprise trouve toute sa raison d’être dans ce qu’elle tourne autour d’une thèse paradoxale à plus d’un égard et qui, initiée par Galileo Galilei, fait état d’une rare modernité tant pour la Renaissance italienne que pour notre époque.

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Historienne d’archives et experte en pratiques de lecture, Laure Murat vient de nous donner un beau livre, tendre comme une caresse, mouvant et énergique comme la ville de Los Angeles. Car c’est bien de cette dernière qu’il s’agit dans ce petit ouvrage inspiré par la question de savoir si l’on peut s’éprendre d’une ville avec passion. Pour cette Française qui enseigne à UCLA depuis dix ans, pas d’hésitation : la Parisienne que fut Murat aime éperdument la grande cité californienne si souvent stigmatisée pour sa criminalité comme pour son cinéma starifié à l’extrême. Et, pour elle, L. A. est adorable en ce qu’elle est la négation (l’envers ?) même de Paris mais aussi, en un sens, de la trop rectiligne New York.

couv_lignes50_hdDans sa cinquantième livraison, la revue Lignes, qui a sympathiquement son siège social à Fécamp, propose un ensemble remarquable de textes ayant pour thème commun le retour traumatique et fantomatique au sein de notre présent des grandes commotions qui ont marqué le XXe siècle. L’idée est que différents symptômes indiquent que notre époque est bien loin d’avoir procédé à la mise au clair utile s’agissant des réalités sinistres que furent le fascisme (nazisme compris), la collaboration, l’antisémitisme, le colonialisme.