Sans doute le moment est-il inédit dans l’histoire de la Ve République pourtant riche en mouvements sociaux : après désormais plus de 50 jours de contestation sociale et de grève, 70% de Français plus que jamais hostiles au projet de loi, des conflits d’intérêt en pagaille, des millions de gens dans les rues et maintenant un avis assassin du Conseil d’Etat, macron n’a toujours pas retiré sa « réforme » des retraites.

« Car c’est là où je suis, là où se tient ce texte : entre les nouveaux morts et les anciens vivants, entre la vie qu’on eut et celle qu’on n’aura plus. Là exactement. » Tels sont les mots, vibrants et poignants, et bientôt ultimes qui viennent presque clore le splendide dernier livre de Mathieu Riboulet, Les Portes de Thèbes qui vient de paraître aux éditions Verdier.

« Il n’y a rien d’inhumain dans une ville, sinon notre propre humanité » avançait Georges Perec dans Espèces d’espaces au cœur d’un questionnement plus inquiet qu’amusé sur l’espace urbain dont nous sommes faits. Nul doute que cette condition urbaine, ontologie profonde d’une modernité qui continue à se croire modernité, innerve avec force le beau et singulier nouveau roman d’Agnès Riva, Ville nouvelle qui vient de paraître à L’Arbalète chez Gallimard.

Depuis bientôt une vingtaine d’années, recueil après recueil, Sandra Moussempès s’est imposée comme une des figures majeures de la poésie contemporaine. Les années 20 s’ouvrent avec bonheur sur l’un de ses textes les plus remarquables, le spectral et puissant Cinéma de l’affect qui paraît aux éditions de l’Attente. Dans cet opéra-poème, phonographe capteur de voix diffuses et profuses, Sandra Moussempès convoque à partir d’Angelica Pandolfini, célèbre cantatrice qui fut son ancêtre, un véritable atlas à la Warburg des voix disparues mais présentes. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger la poète à l’occasion de la parution de ce recueil, véritable événement de ce début d’année.

A l’heure où le mouvement de contestation contre la « réforme » des retraites entre dans sa 6e semaine, où la police s’enfonce dans sa logique de provocation contre les manifestants, c’est à une lecture profonde, neuve et originale de l’émeute que convie Romain Huët dans son fort Vertige de l’émeute paru aux PUF.

Les années 20 s’ouvrent avec force par la parution du remarquable Le Jour où le désert est entré dans la ville de Guka Han aux éditions Verdier. Signée d’une jeune écrivaine née à Séoul et arrivée récemment en France, ce recueil de nouvelles ou bien plutôt ce roman qui fantasme différentes narratrices ou narrateurs dévoile un univers d’angoisse et de rêve d’emblée captivant, entre Volodine et Apichatpong Weerasethakul. Dans un monde de la catastrophe permanente, la langue claire et cristalline d’inquiétude de Guka Han est un des événements de cette rentrée d’hiver. Diacritik ne pouvait manquer d’aller lui poser, le temps d’un grand entretien, des questions sur cette très belle entrée en littérature.

Les années 20 s’ouvrent sur un grand roman de Jean Echenoz, l’enlevée et enthousiasmante Vie de Gérard Fulmard qui vient de paraître aux éditions de Minuit. Récit nourri de multiples rebondissements, cette vie en apparence anodine est celle de Gérard Fulmard, homme ordinaire pris dans une histoire bientôt extraordinaire, aux prises avec son psychothérapeute singulier, lui-même mêlé à un parti politique tout aussi singulier. Dans ce roman noir porté par l’énergie d’un Buster Keaton, Echenoz réinvente une célèbre tragédie racinienne où, pour la première fois de son œuvre,  la première personne domine la narration. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Dans le cadre de son programme national d’éducation artistique et culturelle l’Ami littéraire (rencontres d’écrivains en milieu scolaire de  la maternelle à la Terminale), la Maison des écrivains et de la littérature propose une action novatrice dans les classes, autour de la lecture et de l’interprétation des textes : À la table de lecture, lire et interpréter, un jeu pluriel.

En 2016 nous quittait Michel Butor, l’une des figures littéraires parmi les plus inventives et remarquables du 20e siècle. C’est à la redécouverte et au prolongement de cette œuvre à la fois plastique et prolixe que nous convient les très beaux Cahiers Butor dont la première livraison, sous la houlette de Mireille Calle-Gruber notamment, vient de paraître chez Hermann.

C’est aujourd’hui que sort un important collectif sur une figure centrale de la littérature contemporaine : Jean Rolin. Mené par Marie-Odile André et Anne Sennhauser, le riche et fort volume intitulé Jean Rolin, une écriture in situ examine une œuvre à la croisée de la fiction et du documentaire, du reportage et du romanesque, de la géographie et de l’histoire.

Passionnant et déterminant pour comprendre Blanquer et l’Éducation nationale : tel est l’essai de Philippe Champy Vers une nouvelle guerre scolaire : quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale qui vient de paraître à La Découverte.