Si August Sander est évidemment un des grands photographes du XXe siècle, c’est aussi par la façon dont ses photographies s’insèrent dans ce siècle, par ce qu’elles en disent et en montrent, par ce qu’elles y font et en font. L’exposition visible actuellement à Paris, au Mémorial de la Shoah, est un concentré du travail de Sander, un ensemble de documents sur le XXe siècle, mais aussi un « discours » sur ce siècle qui produit sur celui-ci un certain effet. C’est cet effet qui est peut-être ici le plus puissant : faire de la photographie un témoignage entendu non uniquement comme ce qui rapporte un événement mais comme ce qui fait exister, ce qui permet à ce qui a disparu, à ce qui a été massacré, de persister, d’être encore aujourd’hui « présent » malgré le temps, malgré l’histoire, malgré les machines de mort.

Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself © Olivier Steiner

Des boulots, j’en ai fait des dizaines. Des contrats, j’en ai signé de toutes sortes. Depuis deux mois je travaille au château de Versailles en tant qu’agent de surveillance, sécurité et accueil, avant on disait « gardien de musée ». Je suis vacataire, CDD pour quatre mois et après on verra, je suis « employé stand-by », comme on peut lire dans les pièces de Richter.

© Rémy Soubanère

Dans l’exposition qui lui est actuellement consacrée à Paris, le photographe Rémy Soubanère présente ce que l’on pourrait appeler des nocturnographies, tant la nuit, ses ombres, les potentialités qu’elle porte sont au cœur de sa recherche. Entretien où il est donc question de la nuit mais aussi de la ville, de Deleuze et Guattari, de Nuit debout, d’hétérotopies ou d’imaginaire.

Laurent Goumarre

Il neige, on a envie de regarder la neige en écoutant la première leçon de ténèbres de Couperin, on a envie de traîner, de prolonger le retard sur tout, le regard sur ce premier lundi de février, faire diminuer l’impatience et la culpabilité, ne rien faire, rien, rien construire ni gagner. Tout est là, comme déjà donné. 

Sans doute le no man’s land est-il le lieu de l’absolue présence : désert en apparence et pourtant palimpseste tant il porte de strates et traces, tant il recèle de présences invisibles, tant il est ouvert à l’investissement fictionnel. Plus encore quand des photographies saisissent ces lieux et leur imposante nudité, comme celles de Jean-Jacques Gonzales dans le dernier livre d’Eric Marty : L’invasion du désert, récit qui est une « photofiction » comme l’explique l’écrivain dans un entretien avec Aurélie Foglia.