« L’air jaune de la ville, quand son soleil est à son zénith au centre du ciel et que tous les résidents se sont retirés pour ce qu’ils appellent leur « tout-en-un » — un repas d’une heure suivi d’une heure de sieste —, cet air vibre autour des étrangers dans la rue. Je remontai des avenues, longeai des immeubles qui semblaient à peine affleurer au sol, comme si leurs étages s’élevaient en fait sous terre et que seuls m’apparaissaient les auvents où garer les voitures.

« Une seule fois, depuis ma jeunesse, j’ai entrepris un voyage à l’étranger. Il y a deux ans, à l’été, je suis allé à Colmar, et de Colmar par Bâle jusqu’au lac Léman. J’avais depuis très longtemps envie de voir de mes propres yeux le retable de Grünewald à Issenheim, qui si souvent me hante quand je peins, et en particulier le panneau de la mise au tombeau, mais je ne réussissais pas à dominer ma peur des déplacements.

« Après avoir tourné les interrupteurs de bakélite dans toutes les pièces, il constata que l’électricité ne fonctionnait pas. Un vieux frigo hors d’usage occupait le coin de la cuisine. Il frappa l’armoire du bout du pied, provoquant la retraite paniquée d’une armée de vermine. De leurs toiles, deux araignées avaient partagé à parts égales l’évier de la cuisine, à la première le côté gauche, à la seconde le droit.

« (…) puis brusquement la jeep ralentit, s’arrêta, José Miguel descendit, eux aussi, et le garde-chasse leur montra alors un arbre, un chêne parmi les nombreux autres, puis pointa son doigt vers un endroit sur le terrain légèrement en pente, une sorte de sentier à peine visible, et déclara, avec sa diction saccadée particulière, que c’était l’arbre où était perché l’homme qui avait tué sept loups sur les neufs, entre 1985 et 1988,