La réédition aux éditions Terrasses de deux des six romans écrits par Jean Pélégri est une opportunité de (re)lecture pour les amoureux des œuvres nées de l’Algérie et pour ceux qui veulent comprendre les tensions d’une colonie de peuplement. C’est particulièrement vrai pour Le Maboul, édité en 1963 et dont on ne peut pas dire qu’il ait rencontré son public. Le roman, Les Oliviers de la justice, plus aisé d’accès tant idéologique qu’esthétique, a eu un sort moins sévère, d’autant qu’il a été soutenu par son adaptation cinématographique.

« Dans le béton qu’ils poussent, les enfants. Ils grandissent et lui ressemblent, à ce béton sec et froid. Ils sont secs et froids aussi, durs, apparemment indestructibles, mais il y a aussi des fissures dans le béton. Quand il pleut, on les distingue mieux, c’est comme les larmes qui coulent sur les jours pâles d’un petit à qui on a taxé ses billes et qui n’a pas le grand frère pour le défendre ».
Le Thé au harem d’Archi Ahmed, 1983.

Le dernier récit de Mehdi Charef, Vivants, est l’occasion de revenir sur le parcours de cet artiste, dont le précédent livre, Rue des pâquerettes, a reçu le Prix littéraire de la Porte Dorée 2020 ; il est désormais disponible en poche. Ces deux récits ont été publiés par les éditions Hors d’atteinte.

À la mi-août dans la librairie Point Virgule des éditions Dalimen à Cheragas, dans la banlieue d’Alger, quatre universitaires ont rendu hommage à Gisèle Halimi, à son parcours et à sa ténacité, chacune d’entre elles choisissant un accent particulier à mettre sur cette vie remarquable.

En ces temps de pandémie où les systèmes de santé de tous les pays sont mis à rude épreuve et dévoilent, sans masque, leurs insuffisances et leurs dysfonctionnements, Mustapha Bencheikh publie, en juin 2020, aux éditions de L’Harmattan, Comme une histoire, dénonciation sans concession, d’une partie du système de santé marocain, confié à un organisme privé, Big data.

Comment vit-on sa double appartenance ? Quel héritage conserve-t-on d’un passé mémorable, néanmoins enfoui dans le silence d’une défaite ? La chanteuse Olivia Ruiz entre en fiction avec son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs, rejoignant, d’une certaine façon, des aînées héritières de l’Espagne républicaine qu’elles ont immortalisée dans des récits attachants et souvent maîtrisés littérairement, offrant à la littérature française une mémoire qui remet en cause l’uniformité du récit national.

Iolanda Gigliotti, dite Dalida, est née au Caire en 1933. C’est en Égypte qu’elle a débuté sa carrière d’actrice, elle a été Miss Égypte en 1954 et lorsqu’elle remporte son premier succès en 1956 en France, avec « Bambino », elle est présentée comme « l’Italienne du Nil ». Le rappel de la naissance égyptienne de Dalida n’échappe ni aux notices biographiques ni aux documentaires la concernant mais son rapport à l’Égypte n’est pas véritablement exploré.

« Elle est celle qui sait que pour dire totalement oui à la vie il faut parfois être capable de dire non à l’événement et à la collectivité. Elle demeure une image essentielle et une des raisons de fierté de notre civilisation ». Henry Bauchau

« Indéboulonnable Antigone ! Elle m’oblige à revenir vers des créations récentes et à comprendre sa force d’interpellation », écrivait Christiane Chaulet Achour dans le premier volet de son exploration d’Antigone en fictions. Suite du voyage littéraire.

« Il y a une trentaine d’années, un Noir du plus beau teint, en plein coït avec une blonde « incendiaire », au moment de l’orgasme s’écrira : « Vive Schoelcher ! » Quand on saura que Schoelcher est celui qui a fait adopter par la IIIe République le décret d’abolition de l’esclavage, on comprendra qu’il faille s’appesantir quelque peu sur les relations possibles entre le Noir et la Blanche ». Frantz Fanon, Peau noire masques blancs

Près de soixante dix années séparent cette citation de Fanon et la destruction de deux statues de Schoelcher en Martinique, le 22 mai 2020, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage. Face à ces actes, faut-il se contenter de cris d’orfraies ou au contraire d’approbation ? Quel est l’impact d’une statue posée sans explication dans l’espace public et ainsi offerte au respect, sinon à l’admiration ?

Pourquoi revenir sur Rose Madder en ces temps où beaucoup de certitudes vacillent en même temps que les couples s’enferrent dans des rapports conflictuels ? Tout simplement car on sait que l’augmentation des violences conjugales a été plus qu’à la hausse pendant la période du confinement, favorisant un face à face dangereux.

Marc Garanger est mort le 28 avril 2020. Dans Libération du 30 avril 2020, Françoise Denoyelle, historienne de la photographie, lui rend hommage, sous le titre de « grand témoin de la guerre d’Algérie ». Si son œuvre de photographe est riche d’autres pays que l’Algérie, ce sont bien ses portraits de femmes, publiés en 1982, Femmes algériennes 1960, qui en ont fait un des symboles français de la lutte anticoloniale.