Sous une couverture particulièrement attirante, les éditions Hors d’atteinte offrent, une nouvelle fois, un ouvrage indispensable autour de la grande féministe allemande Clara Zetkin (1857-1933) dans sa collection « Faits et idées ». Disons-le d’emblée : à une époque où un livre se périme en 3 semaines, revenir à des écrits de plus d’un siècle peut apparaître comme ringard, inutile et démodé. Et pourtant… Celles et ceux qui plongeront dans ce livre découvriront, au-delà d’une phraséologie parfois dépassée, plus d’une analyse et plus d’une proposition d’une actualité malheureusement non périmée.

L’Algérie de tous les débats et de toutes les certitudes contraires… Un projet original, à la diffusion inédite, réunit dix-sept rêves ou cauchemars… on ne sait ? Ils dessinent une sociologie du pays par la fiction ou le témoignage, en faisant un pied de nez aux interventions plus « savantes ». Ils nous entraînent dans une autre Algérie…

En trente-six haltes d’inégale longueur, Claro, dans La Maison indigène, entraîne le lecteur dans une promenade socio-culturelle et politique – même si le politique est soigneusement lissé hors du champ de l’écriture –, de l’Alger des années 30 jusqu’à la fin de la colonisation, autour d’une « maison » aux noms changeants dont le texte juvénile de Camus, en 1933, a fixé l’appellation en « La Maison mauresque ». Vingt ans auparavant, le romancier algérien, Nourredine Saadi, publiait La Maison de lumière, choisissant aussi comme actrice principale de sa fiction une maison… mauresque à la périphérie d’Alger cette fois et non à la périphérie de la Casbah, blason de la profondeur historique de la ville. À travers l’histoire de Miramar, de ses bâtisseurs, de ses habitants et de ses gardiens, c’est une part de l’histoire de l’Algérie que découvrait le lecteur, depuis la période ottomane jusqu’au XXe siècle.

En 2009, Lilian Thuram a fait paraître Mes Étoiles noires. Il y égrenait les figures qui ont été pour lui des modèles, « de Lucy à Barack Obama » : une entreprise de lutte contre le racisme en augmentant nos savoirs et nos imaginaires. Dix ans plus tard, c’est sous un autre angle qu’il poursuit cette percée à partir d’une inversion de la question. « Qu’est-ce que c’est être Blanc ? ».

En 1989, l’écrivain algérien, Mohammed Dib, faisait paraître chez Sindbad son onzième roman, Le Sommeil d’Eve, réédité en 2003 dans la collection de poche des éditions de La Différence. Le lecteur familier de la création dibienne y décelait immédiatement une parenté avec le précédent, Les Terrasses d’Orsol. Mais ce n’est pas cet aspect, renforcé par deux romans suivants, Neiges de marbre et L’Infante maure qui me retiendra ici. C’est le roman lui-même, dans sa singularité dans l’œuvre du romancier mais aussi, plus généralement, dans les œuvres qui affrontent la passion amoureuse, la chose du monde la mieux partagée et la plus difficile à mettre en mots.

La réédition aux éditions Terrasses de deux des six romans écrits par Jean Pélégri est une opportunité de (re)lecture pour les amoureux des œuvres nées de l’Algérie et pour ceux qui veulent comprendre les tensions d’une colonie de peuplement. C’est particulièrement vrai pour Le Maboul, édité en 1963 et dont on ne peut pas dire qu’il ait rencontré son public. Le roman, Les Oliviers de la justice, plus aisé d’accès tant idéologique qu’esthétique, a eu un sort moins sévère, d’autant qu’il a été soutenu par son adaptation cinématographique.

« Dans le béton qu’ils poussent, les enfants. Ils grandissent et lui ressemblent, à ce béton sec et froid. Ils sont secs et froids aussi, durs, apparemment indestructibles, mais il y a aussi des fissures dans le béton. Quand il pleut, on les distingue mieux, c’est comme les larmes qui coulent sur les jours pâles d’un petit à qui on a taxé ses billes et qui n’a pas le grand frère pour le défendre ».
Le Thé au harem d’Archi Ahmed, 1983.

Le dernier récit de Mehdi Charef, Vivants, est l’occasion de revenir sur le parcours de cet artiste, dont le précédent livre, Rue des pâquerettes, a reçu le Prix littéraire de la Porte Dorée 2020 ; il est désormais disponible en poche. Ces deux récits ont été publiés par les éditions Hors d’atteinte.

À la mi-août dans la librairie Point Virgule des éditions Dalimen à Cheragas, dans la banlieue d’Alger, quatre universitaires ont rendu hommage à Gisèle Halimi, à son parcours et à sa ténacité, chacune d’entre elles choisissant un accent particulier à mettre sur cette vie remarquable.

En ces temps de pandémie où les systèmes de santé de tous les pays sont mis à rude épreuve et dévoilent, sans masque, leurs insuffisances et leurs dysfonctionnements, Mustapha Bencheikh publie, en juin 2020, aux éditions de L’Harmattan, Comme une histoire, dénonciation sans concession, d’une partie du système de santé marocain, confié à un organisme privé, Big data.

Comment vit-on sa double appartenance ? Quel héritage conserve-t-on d’un passé mémorable, néanmoins enfoui dans le silence d’une défaite ? La chanteuse Olivia Ruiz entre en fiction avec son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs, rejoignant, d’une certaine façon, des aînées héritières de l’Espagne républicaine qu’elles ont immortalisée dans des récits attachants et souvent maîtrisés littérairement, offrant à la littérature française une mémoire qui remet en cause l’uniformité du récit national.