Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.
Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.

La plage n’est certainement pas le premier lieu auquel on associerait spontanément Churchill et Chaplin. C’est pourtant sur le sable que les deux hommes se plaisaient à cheminer côte à côte pour converser, comparer, échanger leurs impressions quant à leurs projets et leur mal-être. Plutôt leur mal-être et leurs projets… Que tout ceci soit ou non véridique importe peu. Maniant habilement les outils de la vraisemblance historique, documentaire et narrative, Michael Kölmeiher nous invite à suivre les vacillements et rebondissements de ces deux grands hommes. Que pouvaient avoir en commun Winston Churchill et Charlie Chaplin ?

Sarah Schulman (DR)

Après Delores, de Sarah Schulman, reprend certains codes du roman policier américain : meurtre, enquête, détective narrateur, point de vue unique de celui-ci, dérive urbaine, atmosphère sombre, alcool, etc. Si Sarah Schulman reprend ces codes, c’est surtout pour les déplacer, en faire le moyen de renversements autant que les révélateurs d’une réalité invisible ou invisibilisée.

Carson McCullers

Il n’est pas nécessaire de présenter Carson McCullers, superbe météorite de la littérature américaine, une autre sudiste, comme William Faulkner, née vingt ans après lui, en 1917, en Géorgie. Il est également superflu de présenter l’excellente Josyane Savigneau, qui a dirigé et animé avec talent Le Monde des Livres, pendant de nombreuses années, dans le célèbre quotidien du soir, selon l’image désormais consacrée. Cette dernière avait publié une biographie remarquable de Carson McCullers, en 1995, aux éditions Stock, qui avait été saluée à sa juste valeur, lors de sa publication. Le Livre de Poche a eu la brillante idée de republier cet ouvrage au début de l’été 2017.

William Faulkner en 1954

Lorsque William Faulkner publia son quatrième roman The Sound and the Fury, en 1929, le moins que l’on puisse dire est que d’une part les ventes furent laborieuses pour culminer à 3.300 exemplaires trois ans plus tard, et d’autre part que l’accueil de la critique fut loin d’être délirant d’enthousiasme. Et ce n’est que vingt plus tard qu’émergea un début de reconnaissance critique… à l’aune du Prix Nobel de littérature décerné à l’auteur.

D’abord publié en grand format par les éditions Cherche Midi / Le Seuil, le panégyrique haut en couleurs, textes et images inédites présentés par Fabrice Gardel et sobrement intitulé Je reviens ! Vous êtes devenus (trop) cons sort en poche chez Points. Du Yanne inédit, du Jean dans son jus qui fait dire au lecteur alternativement (nul besoin de rayer la mention inutile) 1/ Yean Yanne nous manque, 2/ On est vraiment devenus trop cons, 3/ « C’est le rôle des humoristes de faire remarquer ce que les gens ne voient pas d’eux-mêmes ».

Manhattan depuis Staten Island New York, 2009 © Dominique Bry
Manhattan depuis Staten Island New York, 2009 © Dominique Bry

Certains romans vous embarquent, en quelques pages, comme les meilleures séries télé. Vous savez que vous ne passerez à autre chose que lorsque vous aurez eu votre dose, soit une journée et une nuit blanche… Les petites consolations, premier roman d’Eddie Joyce, est de ceux-là, redoutable, imparable. Paru en 2016 chez Rivages, dans une traduction de Madeleine Nasalik, il sort en poche aujourd’hui.

Le roman aime les fresques pour saisir dans une même ampleur destinées individuelles et destins collectifs. Une Antigone à Kandahar de Joydeep Roy-Bhattacharya inverse la focale : dire l’Afghanistan, à partir d’un événement intime, de conséquences privées, pour mieux modifier la perception que les chaînes d’information en continu nous donnent de l’actualité internationale, et par le roman, affirmer une permanence de la violence dans l’Histoire.
Ce sont les conflits qui déchirent l’Afghanistan qu’explore Joydeep Roy-Bhattacharya, ces « moments où, pour maîtriser la situation, il faut devenir fou et garder la tête froide en même temps ». Et une autre image d’actualité est rappelée par ce roman, elle nous hante encore : un mariage, une bombe, des civils décimés par une frappe militaire.

Gay Talese
Gay Talese

La littérature du réel a le vent en poupe, comme la narrative non-fiction, en témoigne la parution en poche aujourd’hui, chez Points, du Motel du voyeur, signé par l’un des papes américains du genre, Gay Talese, considéré comme le fondateur du Nouveau Journalisme, avec des livres comme Sinatra a un rhume ou Ton père honoreras.
Le Motel du voyeur, couronné par le Prix Sade lors de sa parution en grand format (2016) aux éditions du Sous Sol, est sans doute l’entreprise limite du genre, interrogeant l’éthique et la moralité journalistiques, au point d’avoir provoqué un scandale aux États-Unis, une forme de couronnement paradoxal pour l’auteur de 84 ans.

 

Dalibor Frioux

Que serait le monde de l’après pétrole ? Telle était la question centrale du premier roman publié par Dalibor Frioux, Brut.
L’arrêt semble le concept central de son univers romanesque jusqu’ici, en témoigne également Incident voyageurs, son deuxième livre, prenant pour prétexte un RER au point mort depuis des années : « On était tous là par hasard, fermés comme des huîtres ».
La rame du RER devenu espace (dys)topique et fictionnel ou le « coup de pompe » de la fin de l’épopée de l’or noir sont des fables sur nos destins collectifs. Un incident crée un déséquilibre, la dystopie est invitation à la réflexion, dans et par le roman.

Dans Cannibales de Régis Jauffret, tout dialogue : deux femmes d’abord, Noémie, vingt-quatre ans qui vient de quitter Geoffrey, et la mère de ce dernier, Jeanne, à laquelle Noémie écrit pour lui expliquer pour quelle raison elle a quitté son fils— « les hommes ne savent pas mâcher les ruptures et les avaler sagement comme une bouillie ». Mais la correspondance se déploie en éventail, et c’est tout le roman, intégralement épistolaire, qui tournoie autour de ce centre absent, Geoffrey, dont le prénom se mue en chiffre et mononyme transparent (Jauffret) et se dissémine en signes.

 

Joyce Carol Oates
Joyce Carol Oates

La fictionnalisation de faits divers réels est l’une des tendances lourdes de la littérature contemporaine, française comme étrangère : ce principe de confrontation du réel et de la fiction via le crime n’est en rien nouveau, il semble cependant s’accentuer depuis quelques années comme l’illustre l’exceptionnel Sacrifice de Joyce Carol Oates qui paraît justement en poche, chez Points.


L’une des caractéristiques les plus fascinantes des éditions Inculte, en sens tout autant laboratoire du contemporain que maison d’édition, est la dimension collective du travail mené, via des revues, des rencontres croisées de ses auteurs, des collectifs ou des livres écrits à quatre mains comme A fendre le cœur le plus dur, signé Jérôme Ferrari et Oliver Rohe qui sort aujourd’hui en poche chez Babel. L’occasion de retrouver l’entretien vidéo réalisé avec Oliver Rohe lors de la publication du livre en grand format.