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Tout commence, désormais, par un «après David Bowie», par « le jour où Bowie est mort », comme le livre de Patrick Eudeline, Bowie L’autre histoire qui sort en poche aux éditions Points.
Pourquoi ce sentiment, en nous tous, de perte et d’angoisse ? Pourquoi ce moment comme un événement si paradoxal, à la fois collectif et intime, profondément intime ? « Il y avait un Bowie en moi », répond Patrick Eudeline, « comme en tous ceux qui l’ont un jour aimé. Et c’était cela, dont la mort était inacceptable ».

Edouard Louis
Edouard Louis

« Toute la tâche de l’art est d’inexprimer l’exprimable » annonçait Roland Barthes à la lisière feutrée de ses fondateurs Essais critiques en une formule incandescente de paradoxe qui pourrait servir de guide idéal à la lecture d’Histoire de la violence d’Édouard Louis. Reparaissant ces jours-ci en collection de poche en Points Seuil, un an après sa tonitruante sortie, ce second et puissant roman, tout de noirceur et décisif de beauté, paraît être traversé du même et définitif constat devant un geste d’écrire qui, pour raconter ce viol qui a déchiré l’existence du jeune homme, ne doit pas, contre toute attente, s’affronter à la terreur sombre de l’innommable mais surseoir à ce qui est déjà nommé dans la langue.

Édouard Louis
Édouard Louis

« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next (Libération, 7 mars 2014), Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.
« Oui, je voulais parler », écrire comme on parle, on s’adresse, on interpelle, écrire pour transformer une expérience (terrible, traumatique) en histoire, un sujet en objet littéraire, parler depuis soi pour dire à tous. Ce récit, c’est Histoire de la violence, second livre d’Édouard Louis, au titre comme un essai foucaldien, un « roman » alors même qu’il part de ce qui a été vécu, qui sort en poche, chez Points, aujourd’hui.

Édouard Louis © Jean-Luc Bertini
Édouard Louis © Jean-Luc Bertini

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

Capture d’écran 2016-04-21 à 13.50.33Sortie en poche, chez Piccolo (Liana Levi) du dernier roman de l’écrivain Iain Levison, poil à gratter du confort bien-pensant d’une certaine Amérique, Ils savent tout de vous : certains êtres peuvent lire dans la pensée des autres, un don rapidement utilisé par le gouvernement pour mieux traquer les citoyens. La télépathie est une arme pour le FBI. Mené sur le rythme haletant d’un thriller, le récit de Iain Levison est un brûlot contre nos sociétés de l’espionnage généralisé, de la mise en coupe de la vie privée au nom d’intérêts supérieurs. Critique et entretien avec l’auteur.

Tanguy Viel
Tanguy Viel

Nous avions laissé Tanguy Viel entre Paris et Brest – où tout déjà se tenait « là, sous mon crâne, comme les parois d’une bibliothèque qu’on aurait renversée » –, le revoici à Detroit, avec La Disparition de Jim Sullivan. Il avait pourtant envisagé d’abandonner le roman pour l’essai ou l’autobiographie. Mais l’appel de l’Amérique a été le plus fort ou, plutôt le constat qu’il y a désormais dans sa « bibliothèque plus de romans américains que de romans français ».

Tanguy Viel - Roland Allard/Les éditions de Minuit
Tanguy Viel – Roland Allard/Les éditions de Minuit

« On sentait bien qu’il allait se passer des choses violentes et tendues, des choses, disons, gothiques, parce que ce que je voulais aussi, c’était que ça fasse comme un roman anglais du XIXe siècle, quelque chose comme Les Hauts de Hurlevent. D’un côté je voulais faire un roman familial à la française, de l’autre je voulais faire un roman à l’anglaise, et cela d’autant plus que tout se passe en Bretagne et pire qu’en Bretagne, dans le Finistère Nord, c’est-à-dire dans la partie la plus hostile, la plus sauvage et la plus rocheuse de Bretagne, alors c’était d’autant plus normal de donner à tout ça un côté, disons, irlandais, un côté Cornouailles, avec des oiseaux noirs et des pierres fatiguées ».

Tanguy Viel - Roland Allard/Les éditions de Minuit
Tanguy Viel – Roland Allard/Les éditions de Minuit

Lise devient madame Henri Delamare, sous les yeux de son témoin, Sam, son frère. Durant la noce, elle le retrouve, à l’écart, Sam et Lise s’étreignent, s’embrassent, s’aiment… Premier choc. Violent. Suivi d’un réajustement des perspectives : si histoire de famille il y aura, dans Insoupçonnable, ce ne sera pas sous le signe de l’inceste, du moins pas comme ça, pas si ouvertement. Sam est un « faux frère », l’amant de Lise, et tous deux, un peu paumés, un peu Bonnie & Clyde, ont ourdi une machination :

Jonathan Dee

Jonathan Dee construit sans doute l’une des œuvres les plus stimulantes de la scène littéraire américaine : ont été traduits en français Les Privilèges, La Fabrique des illusions et Mille excuses, tous disponibles en poche chez 10/18.
Pour lui, « les romanciers écrivent en opposition au récit majoritaire, à la culture dominante, ils œuvrent à une contre-culture». Ses romans sondent le dessous des apparences : sous la normalité de façade, les jeux de dupe, illusions et mirages, qu’il s’agisse des rouages de la publicité (La Fabrique des illusions), de la société américaine en général ou du couple (Les Privilèges, Mille excuses), soit cette « différence entre la vérité et l’apparence de la vérité » au centre de nos vies contemporaines, privées comme politiques ou médiatiques. Panorama.

Salman Rushdie
Salman Rushdie

« Le monde explosait autour de lui » : on est en 1989, l’année de la chute du mur de Berlin, de la libération de Nelson Mandela, des émeutes de la place Tien’anmen, et, le 14 février, de la fatwa que l’ayatollah Khomeini lança contre un écrivain, Salman Rushdie, et un livre, Les Versets sataniques. « Le fond de sa pensée était : je suis un homme mort. » Toute la vie de Salman Rushdie se recompose à partir de cette date qui ouvre Joseph Anton, lui imposant une relecture de sa propre vie.

Fanny Chiarello

Contrairement aux apparences, le titre du roman de Fanny Chiarello, L’Éternité n’est pas si longue, n’est pas une référence à Woody Allen (ayant lui-même, paraît-il, emprunté l’idée que « l’éternité, c’est long… surtout vers la fin » à Franz Kafka) mais à My Own Private Disco de Help She Can’t Swim et, plus précisément, à la première phrase du second couplet : Forever’s not that long.

Une faiblesse de Carlotta Delmont

« Quoi de plus romanesque qu’une diva sur un paquebot ? » : c’est par cette parenthèse discrète, sous une photographie de Geraldine Farrar, que Fanny Chiarello avait annoncé sur son site, la parution de son roman Une faiblesse de Carlotta Delmont. Quoi de plus romanesque en effet que la trajectoire brisée de Carlotta Delmont, diva des années folles qui se rêvait Mimi de Montparnasse ? Que la vie d’une femme qui aspira à ne jamais se laisser enfermer dans un carcan, coupant ses cheveux, refusant tout engagement, sinon scénique, forçant sa nature pour changer de tessiture ?