Diacritik vous invite ce dimanche 17 octobre 2021 au Salon de la Revue à un grand entretien avec Maurice Olender.
Indubitablement, Célia Houdart s’impose, récit après récit, comme l’une des figures majeures de notre contemporain. Journée particulière, son nouveau texte qui paraît ces jours-ci chez P.O.L, vient encore le confirmer par la grâce extrême de sa quête du sensible que vient menacer la violence sourde et bientôt irréversible du monde. Après Le Scribe, son important roman publié l’an passé, Célia Houdart délaisse ici pour un temps le terrain du roman pour explorer l’étonnante histoire du photographe Alain Fonteray, son ami et voisin, qui, un jour des années 90, fut photographié sans même qu’il le comprenne sur le coup, par Richard Avedon, son photographe favori. Exploration de l’art photographique, interrogation sur la fascination et la violence des images, déflagration du sensible, quête autobiographique feutrée se mêlent dans cette enquête à laquelle Célia Houdart se livre. Inutile de dire que Diacritik ne pouvait que partir à la rencontre de la romancière pour saluer cette Journée particulière si remarquable.
« Au rez-de-chaussée, le portier dont les moustaches grisonnaient trifouillait l’horloge au coucou et m’a demandé si j’avais un tournevis. Entre deux rangées de journaux muraux, j’allais vers le restaurant d’où venait la musique stridente qui ne dérangeait pas le portier, car il était sourd d’une oreille.
Extrait de l’album « Troie » (Cinq7, 2021).
Chère Annie,
Vous n’avez pas eu le Nobel, mais sur mon bureau, à côté de la Recherche et sous la photo de Marilyn, trône toujours Écrire la vie, pour me donner du courage, de la hauteur, pour me redonner espoir et foi en la littérature quand il m’arrive de sombrer ou de douter. Annie, vous n’avez pas eu le Nobel mais ça reste si important, Annie Ernaux.
S’il fut un âge d’or de l’édition, il est indissociable de son envers et Jacques Schiffrin (1892-1950) fondateur de « La Pléiade » en est l’incarnation. Son existence figure un demi-siècle de possibles basculant dans le cauchemar absolu. C’est son portrait, et travers lui celui d’une époque, que dresse Amos Reichman dans un livre puissant et doublement contextualisé : les années 40 et aujourd’hui, soixante-dix après la disparition de Jacques Schiffrin, « alors que le temps semble de nouveau sortir de ses gonds ».
Danseurs sur le rivage est un recueil de nouvelles, de micro-récits parfois reliés entre eux par des échos, le retour de certains personnages, de certains noms, en tout cas de situations similaires qui dessinent le diagramme de relations de pouvoir, de domination, comme le plan d’une prison à l’air libre.
La pièce commence au futur. Un futur proche de nous mais néanmoins postérieur à la catastrophe. Une éclipse a enlevé à l’humanité une de ses moitiés. Et ce n’est pas un hémisphère qui a disparu ou un peuple qui a été décimé mais au cœur de chaque famille un membre ou deux qui s’est volatilisé pendant les quatre minutes de cette nuit en plein jour. La moitié restante tente donc de rester vivante en espérant l’autre.
À moins d’avoir passé ces dernières semaines dans un ashram coupé du monde pour vous extraire des contingences matérielles ou échapper aux sondages politico-médiatiques qui donnent aux cuistres une importance suspecte, vous avez assurément assisté à la déferlante Squid Game. Dans le cas contraire, retour sur la série du moment de la plateforme tentaculaire.
Le 18ème (si l’on inclut l’album en duo avec Paul Personne) album studio d’Hubert-Félix Thiéfaine, Géographie du vide, sort aujourd’hui, vendredi 8 octobre. L’occasion pour Jean-Pierre Cescosse d’un grand entretien avec le chanteur, dont la singularité flamboyante secoue la chanson francophone depuis plus de 40 ans.
Pour son sixième roman, Le Silence des dieux qui paraît aujourd’hui, Yahia Belaskri explore avec un bonheur d’écriture maîtrisé le triptyque qu’il affectionne : en « panneau central », une évocation précise de l’Algérie dans l’espace frontalier du nord et du sud à travers les gestes les plus quotidiens des habitants ; et, de part et d’autre, bousculant cette plongée réaliste, le volet légendaire et le volet poétique. Lecture et entretien avec l’écrivain.
Récemment, nous commentions ici même une grande autrice « incestuée », à savoir Christine Angot (si elle veut bien me pardonner cette désignation désinvolte mais aussi pleinement articulée à notre modernité la plus brûlante). Et voilà qu’aujourd’hui Pierre Bayard, allant en sens inverse, jette un pont vers l’Antiquité et la pièce la plus magistrale du théâtre grec, l’Œdipe roi de Sophocle. C’est que l’on ne quitte pas le domaine de l’inceste pour autant, car ladite pièce propose un modèle familial hautement symbolique en même temps que très perturbé, où l’on voit notamment une mère entraînée à coucher avec son fils et un père se faire assassiner par le même — si l’on en croit la prédiction d’Apollon.
Dans le territoire de la Littérature, arpenté à travers les siècles et les continents, rares sont les grands pourvoyeurs de rêves, rares sont les écrivains qui taillent leur écriture dans l’étoffe des songes.
« Il faut prendre soin de ceux qui restent et enterrer les morts. On n’écrit pas autre chose. Des tombeaux.» Mathieu Riboulet
Tissage, reprise. Le beau rituel juif de la Queriah où il s’agit, après la mort d’un proche, de déchirer ses vêtements durant les sept jours du deuil. Lentement, délicatement. À l’issue de ces sept jours, l’endeuillé doit recoudre les vêtements en prenant soin de laisser visibles les reprises et les coutures. C’est ce que je fais quand je saute un paragraphe. L’axe du regard est une aiguille.