Colette à la fin de sa vie

Comment finir ? Comment s’achève l’œuvre d’un écrivain ? Comment son écriture vieillit-elle ? En un mot : existe-t-il un âge littéraire des écrivains ? Ce sont à ces questions délicates et rarement posées que s’est récemment attaqué un essai aussi neuf que stimulant de Marie-Odile André, Pour une sociopoétique du vieillissement littéraire, paru chez Honoré Champion.
Interrogeant aussi bien Colette dont elle est l’une des éminentes spécialistes que l’œuvre d’Annie Ernaux, aussi bien Robert Pinget que Simone de Beauvoir, Marie-Odile André se met en quête des différentes manières de vieillir qui, chacune, dévoilent un rapport souvent méconnu au temps et à l’écriture. Diacritik a ainsi souhaité, le temps d’un grand entretien, revenir avec Marie-Odile André sur les questions nombreuses soulevées par cet essai sur l’écrivain en vieil escargot, comme elle le dit.

Capture d’écran 2015-09-28 à 08.27.19L’usage de la photo d’Annie Ernaux et Marc Marie est de ces livres qui mêlent textes et photographies et dont les images ne sont pas conçues comme des illustrations mais comme un texte à part entière, créant une tension, un écart parfois, une polyphonie à coup sûr. Parmi ces « photos romans », dans le désordre, pensons à Nadja — et aux « impératifs anti-littéraires » auquel obéit André Breton, ayant pour objet « d’éliminer toute description — celle-ci frappée d’inanité dans le Manifeste du surréalisme » — Sebald, évidemment, Robbe-Grillet, les « phototextes » de Sylvia Gracia dans Le Livre des visages, James Agee, Barthes, Ben Lerner, Laird Hunt, Sophie Calle, etc.