Je ne vous connais pas bien mais vous aviez a priori toute ma sympathie et mon estime, j’avais beaucoup aimé vos premiers romans (Qumran et L’or et la Cendre), lus à leur parution, de beaux romans de plage intelligents, c’est tout ce que j’avais lu de vous, jusqu’à vos prises de position publiques contre la GPA, je parle de certains entretiens dans la presse et du court essai que vous venez de publier (Bébés à vendre), où vous racontez ce qui se passe notamment avec les mères porteuses du Laos, de Malaisie ou d’Ukraine.

Tous les écrivains ont un rapport avec le temps et même plus, le temps est leur affaire. Écrire c’est faire avec du temps. Bien sûr tous les êtres vivants ont un rapport avec le temps, mais ils le savent plus ou moins. L’écrivain, lui, ne sait que cela, qu’il a à se débrouiller avec cette matière-là, temporelle, s’en départir, tricoter avec, des phrases et des fils sur de la durée, sur de la musique dans les plus beaux exemples, sur du silence, des phrases et des fils qui feront textile, texte, livre, écorce.

Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself © Olivier Steiner

Des boulots, j’en ai fait des dizaines. Des contrats, j’en ai signé de toutes sortes. Depuis deux mois je travaille au château de Versailles en tant qu’agent de surveillance, sécurité et accueil, avant on disait « gardien de musée ». Je suis vacataire, CDD pour quatre mois et après on verra, je suis « employé stand-by », comme on peut lire dans les pièces de Richter.

Laurent Goumarre

Il neige, on a envie de regarder la neige en écoutant la première leçon de ténèbres de Couperin, on a envie de traîner, de prolonger le retard sur tout, le regard sur ce premier lundi de février, faire diminuer l’impatience et la culpabilité, ne rien faire, rien, rien construire ni gagner. Tout est là, comme déjà donné.