Si l’humanisme d’Albert Camus pouvait parfois paraître solennel (je le serai moi-même ici) et officiant, il n’avait pourtant rien d’une posture pour cérémonies. Aussi éloigné du cynisme que de la candeur, fondé sur un « goût violent de la justice », empreint d’une noblesse combative, l’humanisme de Camus refusait à la fois le confort des radicalismes mondains, les catéchismes révolutionnaires et le secours des horizons surnaturels.

Le mot « élites », prisé par les professionnels de l’information, désigne une catégorie de personnes dotée d’une surface sociale et/ou d’une assise financière lui assurant des positions de pouvoir et un capital d’influence inaccessibles à tout individu dont les mérites et les talents n’ont pas été validés par les instances de cooptation propres à cette catégorie (d’où l’impression de circuit fermé).

J’ai trouvé dans Les Irremplaçables (Gallimard, 2015) de Cynthia Fleury une définition de la « raison instrumentale ». J’aime bien les définitions.  Celle-ci  ravive ma perception d’un phénomène que, jusqu’alors, je m’étais contenté d’appréhender avec désinvolture, comme si ne pas condescendre à le définir suffisait à marquer mon antagonisme. Ce n’est pas très socratique.

« N’en déplaise à ceux qui ont été emballés par Voyage au bout de la nuit à sa sortie, pour, après, prétendre jouer les innocents et, comme les anges, tomber de haut, ce que Céline deviendra était tout entier dans ce premier livre, en un mot l’insulteur du genre humain, donc de toutes les races et de tout ce qui vit, excepté les animaux, enfin, on se comprend, entendons par ménagerie Bébert et les deux chiens. Le Voyage, c’est d’un grossiste, toutes les haines sont en magasin ; les pamphlets écouleront ça au détail. » (Contrebande, Le Dilettante, 2007)