L’Enquête infinie est le troisième livre de Pacôme Thiellement publié dans la collection “Perspectives critiques”, dirigée par Laurent de Sutter aux PUF, après La Victoire des Sans Roi en 2017 et Sycomore Sickamour en 2018. Avec ses 552 pages, c’est de loin l’ouvrage le plus volumineux des trois – et probablement de cette collection. Le dernier chapitre de son livre précédent, Tu m’as donné de la crasse et j’en ai fait de l’or (Massot Éditions), sorti pendant l’hiver 2020 peu avant que l’épidémie de Covid-19 ne soit déclarée pandémie, s’intitulait Nous n’avons plus beaucoup de temps. On pouvait y lire que “si nous vivons un âge sombre (…), inquiétant (…), si la fin du monde c’est nous (…), la vie c’est nous. La richesse, c’est nous. La puissance, c’est nous (…). Le sens de la vie, c’est nous.” Je partage avec l’auteur de ces lignes un certain nombre de passions et d’humeurs, dont la mélancoliele mal de l’âme, comme on l’appelait dans les temps anciens. La mélancolie, moteur de l’écriture, contre la nostalgie.

Comment ne pas convoquer Flaubert et son Éducation sentimentale pour évoquer La Tannerie, le quatrième et formidable roman de Celia Levi qui vient de paraître en poche dans la collection « Souple » des éditions Tristram ? La comparaison ne vise pas à l’écraser du poids d’un chef d’œuvre mais à montrer combien, dans ce livre comme dans nombre de grands récits contemporains, la structure de l’histoire, la chronique comme les interrogations portées par le romanesque puisent dans les grands romans du XIXe siècle, qu’ils en sont volontairement indissociables.

La saison des prix se poursuit, les listes des livres sélectionnées se réduisent. Cet article sera actualisé toute la semaine prochaine, avec les prochaines listes du Goncourt (le 5), du Medicis (le 6) et du Prix de Flore (le 11). L’article a été actualisé, les lauréat.e.s sont indiqué.e.s dès qu’elles et ils sont connu.e.s

« Une certitude : soutenir une trace d’histoire pour un devenir… à venir »
Alice Cherki

Nous sommes nombreux à vouloir remonter le temps…. Nous sommes moins nombreux à passer à l’acte d’écrire, de s’écrire. La mise en mots d’une mémoire personnelle peut prendre différentes formes et s’apprécier à l’aune du littéraire et à l’aune de l’Histoire et des sociétés, par la pierre qu’elle apporte à la connaissance de notre humanité. Comme l’écrit Alice Cherki, dans  Mémoire anachronique. Lettre à moi-même et à quelques autres, « le tissage des textes, toutes générations et toutes écritures confondues, réussit à transmettre, à la source même de l’hétérogène, une histoire vive que souvent les historiens affadissent. J’insiste, je dis bien « histoire » et pas seulement mémoire. Car le témoignage distancié est comme l’archive, à mettre au compte de la construction de l’Histoire ».

Chère Fabienne,

J’ai lu Ce qui reste de nous hier et, voyant que le livre allumait plusieurs voyants dans ma petite table de contrôle mentale, j’ai pensé à écrire une recension (c’est ce que je fais en général quand ça s’allume). Si pourtant je ne le fais pas, c’est non seulement parce que  le risque d’un soupçon de connivence et de copinage serait trop élevé, mais aussi et surtout parce qu’il serait parfaitement justifié :

Propriété privée, le grand roman de Julia Deck, vient de paraître en poche, dans la collection Double des éditions de Minuit. Dans ce quatrième récit, plus encore que dans les précédents, Julia Deck déploie avec grâce et férocité une critique sociale (sinon politique) aiguë de ce qu’on pourrait appeler des « bobos » épris de nature et choisissant de vivre dans un « éco-quartier » : le couple Caradec.

Dans son essai sur Portier de nuit, le célèbre et controversé film de Liliana Cavani, Véronique Bergen suit les parti pris esthétiques, cinématographiques, politiques, éthiques de la réalisatrice italienne, se tenant au plus près des forces obscures, paradoxales, peut-être insupportables du psychisme, du désir, forces qui animent des êtres en proie aux souffles les plus violents de l’Histoire, des corps, des âmes. Entretien avec Véronique Bergen.

« La mort n’atteint pas uniformément tous les hommes » fait remarquer Proust dans La Recherche du temps perdu en une tremblante maxime sur le tragique de toute maladie qui pourrait escorter, pour sa sortie en salles aujourd’hui, Guermantes, le nouveau très beau film de Christophe Honoré. Car, de la maladie et de la mort, ce film ne cesse d’en convoquer, tour à tour, les fantômes lancinants ou patents, les fantômes résolument proustiens dont la tenace réapparition ou fugitive disparition n’atteignent pas uniformément tous les hommes.

Dans le langage courant et dans le jargon technico-commercial, le service après-vente (SAV) est un service qu’une entreprise propose à ses clients pour la mise en marche, l’entretien et la réparation d’un bien que cette entreprise a vendu ou pas. Que se passerait-il si la grande entreprise de Dieu, père et fils avait sous-traité la prestation à des techniciens nommés Gandhi, La Callas, Victor Hugo ou Michel Audiard ?

« Le maître de la carrière — encore pour gagner du temps ? — fait de nouveau des récits tout le long du chemin : « De tout temps ce fut une région de réfugiés. Longtemps, jusqu’après la dernière guerre, et encore dans les décennies après ça, nous réfugiés venions sans exception de l’Est.