Dans ce qui est au bord, rien ne reste mais chacun cherche pourtant à s’accrocher, à surseoir à la disparition, à trouver dans le battement du monde le sens impromptu de sa propre apparition. La cité n’accueille pas. La cité ne recueille pas. La cité est parfois cette communauté triomphante qui sait poser avec elle des frontières où chacun devient le barbare qui ne peut pas pénétrer.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Dans quelle langue écrire ? Dans quelle langue articuler son récit ? Depuis quels mots venir rendre du monde la mesure ou la démesure active ? Telles pourraient être, en apparence simples et premières, les questions qui viendront se déployer tout au long de l’avant-dernière demi-journée de la 11e édition des Enjeux contemporains qui se tiendra ce samedi.
Comme l’annonce son titre, c’est un Bloody Miami qui est le cadre et personnage principal du roman de Tom Wolfe. Bloody Miami (Back to Blood en vo), non au sens d’une ville violente et sanguinaire mais d’un lieu qui tente de faire cohabiter des vagues d’immigrations successives. « Il n’est pas question d’hémoglobine, mais de lignées », déclare Wolfe, de « sang qui coule dans nos veines ». Le roman est une plongée dans la ville, Tom Wolfe prend son pouls et calque sur lui le rythme du récit.
Tous les déplacements ne sont pas des métaphores mais des vies sacrifiées, perdues ou retrouvées à la faveur d’exils.
« Ce qui reste, les poètes le fondent » clamait, on s’en souvient, Hölderlin en des termes confiants mais hagards. Nul doute qu’un tel vers, qui se propose d’œuvrer à ce qui demeure contre toutes les destructions, pourrait servir d’exergue lumineuse à une exploration des périphéries qui circonscrivent la ville.
On se souvient du célèbre vers du « Cygne » de Baudelaire : « La forme d’une ville change plus vite hélas que le cœur d’un mortel ».
Avant que 2017 ne referme ses portes le New York Times, tout comme son confrère britannique The Guardian, a établi une short list de romans publiés l’an dernier et qu’il ne faudrait surtout pas oublier à l’aube de 2018.
Dans Dernières Nouvelles du spectacle, Vincent Kaufmann se livre au sujet de la littérature actuelle à un exercice de haute verve, où il se plaît à tirer en maintes directions. Pour lui, et comme le pensent quelques autres, le champ des lettres tel qu’on l’a connu n’est pas loin de se dissoudre aujourd’hui au profit d’une mise en spectacle accélérée que Kaufmann rabattra par ailleurs sur une économie de l’attention.
« Ce qu’il fallait faire, c’était un nouveau récit, une histoire nouvelle racontée à travers le prisme de notre lutte […] Ce n’était pas seulement notre histoire mais l’histoire du monde, transformée en arme pour servir nos nobles desseins […] S’ils avaient leurs champions, nous devions avoir les nôtres cachés quelque part ». Ta-Nehisi Coates, Une Colère noire – Lettre à mon fils
C’est bien à l’entrée dans l’histoire du difficile accès à la liberté d’une « championne » invisible que le roman de Colson Whitehead, Underground railroad, convie son lecteur ; un personnage, Cora, créé entre imagination et faits attestés. Si l’on a parfois quelques doutes sur l’attribution d’un prix littéraire, ce n’est pas le cas de ce roman qui, aux États-Unis, a reçu le National Book Award et le prix Pulitzer. En France il a été dans le Palmarès 2017 Le Point des 25 meilleurs livres de l’année et a reçu le prix du Meilleur roman étranger 2017 de Lire.
Nul hasard si la fortune nous sourit me souffle à l’oreille un vieux loup de mer. Nous – toi, moi, il ou elle – sommes riches de ce qui nous a éclairés par frottage.
Une ville à cœur ouvert : le titre du premier roman de Żanna Słoniowska — et premier livre publié dans la collection Littérature des éditions Delcourt — pourrait évoquer une opération chirurgicale si le mot « cœur » ne devait pas être entendu, aussi, au sens musical et polyphonique du « chœur ». Le récit interroge en effet la perception d’un lieu, en tant que centre (identitaire, linguistique, géographique) mouvant, depuis la perception de quatre générations de femmes.
Le 18 octobre dernier, rendez-vous est pris avec Jacques Roubaud pour évoquer Peut-être ou la nuit de dimanche, à paraître dans la vaste et stimulante « Librairie du XXIè siècle ».
Twitter, Facebook, la vindicte populaire et la dénonciation publique, la mise au ban numérique, ça vous évoque quelque chose ? Dans La Honte !, essai de Jon Ronson à paraître en France chez Sonatine le 8 février (traduction par Fabrice Pointeau), l’essayiste gallois fait bien plus qu’analyser le phénomène de l’humiliation organisée sur la toile, un phénomène que les utilisateurs des réseaux sociaux connaissent bien, pour en être parfois les témoins au mieux, les acteurs au pire.
Nous voici. Nous voici dans notre splendeur. Sept milliards, splendides. Nous sommes partout. Nous parcourons les terres, les mers, le ciel. Rien ne nous échappe. Nous sommes sept milliards, nous sommes splendides.
Critique de la société du déchet, énonce le sous-titre de l’essai de Baptiste Monsaingeon, Homo detritus, publié au Seuil en mai 2017, alors que se tenait au Mucem une exposition sur nos Vies d’ordures.
Cette critique de nos sociétés à travers le prisme de nos déchets est, de fait, un terrible « dis-moi ce que tu jettes et comment tu le jettes et je te dirai qui tu es »… L’essai ne part pas d’une hypothèse mais d’un constat, brutal : « L’anthropocène est un Poubellocène ».