Une princesse aux cheveux bleus veillait sur les aventures de Pinocchio. Rezo, le youtubeur allemand de vingt six ans arbore, lui, une mèche de cette même couleur. Jusqu’à présent, ses vidéos semblaient le traîner de canapé en canapé, un pied dans le pays des jouets, un autre dans le monde adulte. On y chantait sur des traductions google, on se tapait des barres sur les photos d’enfance entre potes, on se moquait du playback des plateaux télé et on s’adonnait à des reprises aux mots bien pesés. Seulement, en s’aventurant en politique juste avant les élections européennes, le youtubeur bleuté se voit propulsé porte-parole générationnel en couverture du Spiegel.

Comment écrire aujourd’hui, « à quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? », se demandait Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagnait L’Invention des corps, son dernier roman : ce serait un récit rhizomique sans doute, « sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain ». « Internet comme sujet et comme forme » sera donc le centre irradiant des deux grands entretiens que nous a accordé Pierre Ducrozet.

« À quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? », se demande Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagne L’Invention des corps, son dernier roman, couronné du Prix de Flore, qui paraît en poche chez Babel.

Il y a trente ans, le 12 mars 1989, Tim Berners-Lee nous offrait le World Wide Web : le Web ou une forme d’utopie, au sens premier du terme, bien avant sa colonisation par le commerce, le traçage des données et autres perversions des idéaux premiers. Comment mieux fêter cet anniversaire qu’en évoquant Aaron Swartz, enfant du Web, héraut du libre partage de l’information ?

On ne remerciera pas Telerama pour son court article intitulé « Je corrige donc je suis : le phénomène ‘Grammarnazi’, décrypté par Linguisticae ». On ne remerciera pas non plus le youtubeur Romain Filstroff qui, ayant fait de la linguistique son fond de commerce 2.0 et présenté par le journal comme une « figure incontournable de la pop culture web », accumule les erreurs et enchaîne les âneries en pérorant sur son canapé. Jusqu’à tomber dans la caricature et la catégorie des intégristes de la langue qu’il entend « analyser » ou (peut-être) dénoncer.

L’écriture, tâches noires sur fond blanc et bleu, inaccessible sans intermédiaires. L’écran, prolongement d’organes, du corps. Les interfaces transparentes qui entourent nos corps, nous distançant de plus en plus en plus d’autrui. Autrui, une image dans les cages du logarithme. Planant au-dessus, l’utopie d’une écriture immémoriale, rêve d’ultime abstraction de nos opérations perceptives, rupture définitive entre le corps et l’écriture. Nos yeux se relèvent vers l’écriture matricielle, archi-écriture originaire dont le logarithme est censé être une incarnation. Les yeux se heurtent à l’écran qui renvoie des spectres. Parmi ces spectres, notre propre spectre.

Source : Twitter

Twitter, Facebook, la vindicte populaire et la dénonciation publique, la mise au ban numérique, ça vous évoque quelque chose ? Dans La Honte !, essai de Jon Ronson à paraître en France chez Sonatine le 8 février (traduction par Fabrice Pointeau), l’essayiste gallois fait bien plus qu’analyser le phénomène de l’humiliation organisée sur la toile, un phénomène que les utilisateurs des réseaux sociaux connaissent bien, pour en être parfois les témoins au mieux, les acteurs au pire.

 

« À quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIè siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXè, par exemple ? », se demande Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagne L’Invention des corps, son dernier roman, récemment couronné du Prix de Flore.

Image de La chute de la maison Usher (1928) de Jean Epstein

Au cours de ces dernières années, le GIF, cette image qui se répète indéfiniment, s’est massivement répandu dans les communications sur internet, particulièrement depuis le 29 mai 2015, date à laquelle Facebook l’a intégré et a rendu possible son partage. Il est l’un des formats d’image les plus populaires d’internet avec le JPEG et le PGN. Au regard du nombre d’utilisateurs, cette nouveauté a pris un tournant exponentiel pour ce médium surtout rattaché jusqu’à présent à une pratique marginale de « geek » qui se popularise, que ce soit au niveau de sa création (facilitée par logiciels) ou de sa diffusion.

À la suite de la récente et énième séquence homophobe de Touche Pas à Mon Poste !, on peut se demander si à l’ère d’Internet, les émissions de plateau tels Touche Pas à Mon Poste !, On n’est pas couché ou Salut Les Terriens ne sont pas devenus des monstres. La persistance de ces émissions (et leur propension à l’excès autant qu’à la vacuité) n’illustre-t-elle pas la célèbre citation de Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » ?

rankbrain-googleIl y a longtemps quelque part dans les déserts on a dit que le verbe s’était fait chair, la suite s’appelle l’Histoire. La suite s’appelle aussi Vladimir et Estragon qui parlent sans discontinuer depuis environ 96 heures. Cette phrase pourrait être du Beckett si elle ne venait de Californie en 2017.
En effet, Vladimir et Estragon sont deux enceintes Google équipées de moteurs d’intelligence artificielle (deux IA) et voici qu’elles conversent depuis vendredi dernier, enthousiasmant les millions d’internautes qui suivent en live l’improbable dialogue. Vous avez bien compris, les IA se parlent de manière autonome, sans discontinuer car nul besoin de dormir, idem nulle sensation d’ennui, a priori.

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« Anxiogène », « douteux », « fausse bonne idée »,  « mauvais timing » sont les qualificatifs qui reviennent le plus dans les articles des rares médias (six occurrences répertoriées à ce jour dans le fil d’actualités de Google) qui ont parlé de l’installation de l’œuvre de Candy Chang à la gare de Lyon, « Before I die I want to… ». Passant sous silence nombre de messages humanistes au nom du politiquement correct et au détriment de l’art.

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La pratique du réseautage social est riche d’enseignements (parfois jusqu’à la lie) et l’importance prise par les Facebook, Twitter, Instagram et autres Snapchat, Linkedin et plus récemment Litsy dans la vie de tous les jours n’est plus à démontrer. Mais ces derniers temps, avec la montée en puissance de la compétition entre les majors et l’émergence de nouveaux médiums… les réseaux sociaux vivent une mutation sournoise peu exempte de reproches.