Edouard Levé, Angoisse, Entrée
Édouard Levé, Angoisse, Entrée

Il est des livres dont on sort profondément changé(e), des textes dont on sait, immédiatement qu’ils seront l’aventure d’un sens en nous, que chaque (re)lecture viendra amplifier, affiner, transformer. Suicide est de ceux-là. Une rencontre, avec un ami : « Si tu vivais encore, tu serais peut-être devenu un étranger. Mort, tu es aussi vivant que vif ».
Dans ce roman, publié en 2008 chez P.O.L, disponible en Folio, un « je » s’adresse à un « tu », un ami qui s’est suicidé. Il avait 25 ans. C’était il y a beaucoup plus longtemps maintenant.

Rodrigo Fresán
Rodrigo Fresán

« Nous écrivons pour nous venger de la réalité » : Ceci est un roman de « science non-fiction », signé Rodrigo Fresán une histoire d’amour et d’Apocalypse, un roman des fins du monde, une machine à remonter et commenter le temps, le monde, l’être.

Inio Asano (DR)
Inio Asano (DR)

Avec les treize tomes de la série Bonne nuit Punpun, Inio Asano propose une histoire qui prend son temps. Le tour de force de la narration réside ici dans le fait que la quasi-totalité de l’expression orale du personnage principal nous est soustraite. Et il est difficile de s’être préparé mentalement à la descente aux enfers que traverse Punpun, si inconscient et si vif d’esprit.

Portrait de Mme de Duras par Melle Jaser
Portrait de Mme de Duras par Melle Jaser

Claire de Duras – à ne pas confondre avec Marguerite Duras, notre contemporaine… – est une femme de lettres du début du XIXe siècle : née en 1778, elle décédera en 1828, à l’âge de cinquante ans, cinq années après la publication de son récit, Ourika, qui connut un vif succès. Ce roman écrit entre 1821 et 1822 est publié en 1823, l’année même où le jeune Hugo publie la seconde version de Bug-Jargal.

L'Intérêt de l'enfant

Ian McEwan est le romancier de l’ambiguïté, maître de la mise en récit de la confusion des sentiments. L’Intérêt de l’enfant ne déroge pas à la règle : à travers un remarquable portrait de femme tiraillée entre sa déontologie et ses aspirations, il rend compte de la société tout entière, de nos vies contemporaines confrontées aux notions de religion, de justice, de libre-arbitre et de droit.

Renata Adler par Richard Avedon
Renata Adler par Richard Avedon

« Incarner l’un des personnages principaux de votre vie » : peut-être est-ce le « but » que se fixe Renata Adler lorsqu’elle entreprend d’écrire Speedboat, publié en 1976. Déambuler dans New York comme dans son passé, être dans l’excursion (vers des îles, d’autres lieux) pour tenter de cerner ce point mouvant, son «moi» dans le monde, face aux êtres, aux choses vues.

Jonathan Dee

Jonathan Dee construit sans doute l’une des œuvres les plus stimulantes de la scène littéraire américaine : ont été traduits en français Les Privilèges, La Fabrique des illusions et Mille excuses, tous disponibles en poche chez 10/18.
Pour lui, « les romanciers écrivent en opposition au récit majoritaire, à la culture dominante, ils œuvrent à une contre-culture». Ses romans sondent le dessous des apparences : sous la normalité de façade, les jeux de dupe, illusions et mirages, qu’il s’agisse des rouages de la publicité (La Fabrique des illusions), de la société américaine en général ou du couple (Les Privilèges, Mille excuses), soit cette « différence entre la vérité et l’apparence de la vérité » au centre de nos vies contemporaines, privées comme politiques ou médiatiques. Panorama.

Salman Rushdie
Salman Rushdie

« Le monde explosait autour de lui » : on est en 1989, l’année de la chute du mur de Berlin, de la libération de Nelson Mandela, des émeutes de la place Tien’anmen, et, le 14 février, de la fatwa que l’ayatollah Khomeini lança contre un écrivain, Salman Rushdie, et un livre, Les Versets sataniques. « Le fond de sa pensée était : je suis un homme mort. » Toute la vie de Salman Rushdie se recompose à partir de cette date qui ouvre Joseph Anton, lui imposant une relecture de sa propre vie.

Hervé Guibert Vice

Vice est le second texte écrit par Guibert après La Mort propagande (éd. Régine Deforges, 1977). Du premier texte au second, une même démarche — l’expérience, le corps, le parcours de fantasmes, un travail sur les limites du représentable —, un même objet esthétique et politique au centre du travail : la mort. Dans La Mort propagande, elle était inscrite dans le corps-même de Guibert : « l’ultime travestissement, l’ultime maquillage, la mort. On la bâillonne, on la censure, on tente de la noyer dans le désinfectant, de l’étouffer dans la glace. Moi je veux lui laisser élever sa voix puissante et qu’elle chante, diva, à travers mon corps. Ce sera ma seule partenaire, je serai son interprète. Ne pas laisser perdre cette source de spectaculaire immédiat, viscéral. »

Guibert La Mort propagande

La Mort propagande est une somme, celle d’une vie, autoportrait troublé et troublant en douze courts chapitres, celle d’une œuvre. Comment ne pas s’étonner qu’Hervé Guibert, qui médiatisera sa maladie, véritable installation artistique et cri, écrive, dès 1977 :

« À l’issue de cette série d’expressions, l’ultime travestissement, l’ultime maquillage, la mort.

Guibert lettres à Eugène

Parues, chez Gallimard en 2013, des Lettres à Eugène (Savitzkaya) d’Hervé Guibert, seul volume de correspondance dont l’écrivain a autorisé la publication dans la dernière ligne de son testament littéraire, le 3 novembre 1991. Ainsi s’achève « la publication des œuvres inédites posthumes d’Hervé Guibert, telle qu’il en avait fixé le plan, avant sa disparition », comme le précise une note liminaire.

Laird Hunt Photo : Dominique Bry
Laird Hunt Photo : Dominique Bry

Après Les Bonnes gens, Laird Hunt poursuit sa grande fresque romanesque de l’Histoire américaine avec Neverhome (Actes Sud). Mais non l’Histoire telle qu’un imaginaire collectif aime à la construire et la raconter, une histoire par des vies minuscules, marginales, étouffées qui, mises en lumière par l’écrivain, sont comme des vues anamorphiques : elles changent la perspective, déséquilibrent ce que l’on pensait savoir, permettent de voir et comprendre autrement.