Kaouther Adimi © Hermance Triay (Le Seuil)

Nos richesses de Kaouther Adimi n’est ni simplement le roman d’un lieu (Les vraies richesses, librairie d’Alger, 2 bis rue Hamani, ex rue Charras) ni tout à fait le récit imaginaire d’une vie (celle d’Edmond Charlot, fondateur du lieu, par ailleurs éditeur). C’est aussi la fresque d’un pays sur près d’un siècle, une narration polyphonique à la mesure de moments complexes, qu’il s’agisse de la fermeture annoncée d’un espace conçu comme une utopie ou de la chronique d’une résistance aux multiples visages.

Décor Daguerre d’Anne Savelli se présente comme un livre « découpé en 75 parties », 75, comme l’année du film d’Agnès Varda, Daguerréotypes et 75, Seine et scène : une temporalité, un lieu soit un double rythme. Mais ce serait trop simple, tant tout, ici, est ligne de fuite, excursions et détours, depuis la rue Daguerre, tant tout est dialogues, avec Varda, avec un lieu, avec le lecteur et avec soi-même.
Après Décor Lafayette, Anne Savelli poursuit donc, pour notre plus grand bonheur, ses tentatives d’épuisement de lieux parisiens, des lieux depuis lesquels tout déborde, bifurque, irise, comprend d’autres présents et d’autres espaces. « Ce Décor Daguerre : quelques allers-retours dans l’immobilité de 1975. Dans ce qui n’a fait que tanguer, depuis ».

Chelsea Hotel

Nicolaia Rips a choisi, comme décor et personnage de son premier roman, l’hôtel de légende dans lequel elle a passé son enfance : le Chelsea.
Elle y narre des scènes, entre choses vues (et vécues) et imaginées, à l’image d’un hôtel réel devenu sinon une fiction, du moins un mythe, tant son image est faite de ceux qui l’ont habité — Patti Smith avec Robert Mapplethorpe mais aussi Monroe et Miller, Kerouac, Dylan, William Burroughs, Leonard Cohen etc. — ou l’ont immortalisé (comme Warhol et ses Chelsea Girls en 1966).
Lorsque Nicolaia Rips y vit, les heures de gloire appartiennent à un passé de légende, celui d’un underground new-yorkais largement éteint, mais le lieu n’en demeure pas moins un recueil d’anecdotes et récits.

L'Affaire Tournesol
© Hergé/Moulinsart

L’Affaire Tournesol d’Hergé a été publié en 1956, qui réalisa un album à la dimension politique avérée, ce que les tintinophiles savent de longue date et que les sympathisants de l’oeuvre peuvent deviner aisément en lisant cette histoire d’espionnage industriel sur fond d’opposition entre deux blocs rivaux. En pleine guerre froide, Georges Rémy, RG, Hergé donc, avait un mélange de fascination et de tendresse pour la Confédération Helvétique et précisément pour les bords du lac Léman. Toute son oeuvre porte l’empreinte d’un intérêt certain pour la géographie et la toponymie, ce qui se retrouve plus particulièrement dans L’Affaire Tournesol. Pour cette aventure, il a emprunté des lieux et des noms qui lui ont servi de trame, d’éléments narratifs, bâtiments, paysages ou décors. De Genève à Nyon, voyage dans la Suisse de papier d’Hergé. 

Capture d’écran 2016-04-30 à 15.50.53Après avoir (ré)inventé Paris, Eric Kazan le (ré)arpente dans son nouveau livre, Une traversée de Paris. Il nous offre une puissante flânerie sous l’égide de Walter Benjamin dont Le Livre des passages était justement cité en exergue de L’Invention de Paris, pour rappeler que la ville n’est « homogène qu’en apparence », qu’elle est une « expérience » paradoxale de la limite et des variations puisque « la limite traverse les rues ; c’est un seuil ; on entre dans un nouveau fief en faisant un pas dans le vide, comme si on avait franchi une marche qu’on ne voyait pas ».
Paris, la « ville au cent mille romans », comme l’écrivait l’un de ses plus grands romanciers, Balzac, dans Ferragus, la ville qui ne connaît pas les pas perdus, comme le démontre une nouvelle fois Eric Hazan, dans cette superbe Traversée de Paris, qui paraît au Seuil, dans la collection « Fiction & Cie » qui lui vaut programme puisque chaque pas ouvre à un imaginaire des lieux comme à un récit de soi. 

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Pourquoi, la question.

Duras, la réponse.

Depuis le début Duras et ses phrases magiques, inaugurales. Phrases qui reviennent en boucle, écrites tracées sur la crête des mots, phrases tatouages sur une peau de lecteur ébloui. On écrit sur le corps mort du monde, corps mort de l’amour. Écrire c’est arriver avec la crise au bout de la crise.

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C’est un livre qui se présente sous la forme d’un abécédaire passant en revue les acteurs de la vie parisienne, dans la lignée revendiquée du Petit Almanach des grands hommes d’Antoine de Rivarol (1788) ou des Noctambulismes de Jean de Tinan (publication posthume en 1921) : l’Abécédaire du tout-Paris de Paul de Vallonges se veut la version contemporaine de ces entreprises visant à croquer et chroniquer un petit monde, assez fermé, avec ses têtes d’affiche et ses figures plus underground, ses lieux, son idiome.