Je suis quelqu’un d’Aminata Aïdara offre ce que l’on attend souvent d’une œuvre : prendre un détour ludique et métaphorique pour déployer des motifs comme l’histoire familiale, le métissage, le racisme qui interpellent nos sociétés. Par la fiction, elle nous plonge conjointement dans le plaisir et la réflexion essaimant du savoir sans leçon, sur des sujets familiers.

Dans les prisons de la dictature franquiste, la faim, la torture et la mort étaient le quotidien, mais existaient aussi la solidarité, la constitution d’une communauté, qui permettaient de résister et de survivre.
C’est ce que le journal de l’écrivain, cinéaste et traducteur espagnol Manuel de la Escalera nous montre avec précision et sobriété. Dans Mourir après le jour des Rois, il retrace ses premiers jours dans les couloirs de la mort de la prison d’Alcalá de Henares, entre décembre 1944 et janvier 1945.

Dominique Barbéris

Paru au mois de janvier, L’Année de l’Éducation sentimentale (Gallimard) est le neuvième livre de Dominique Barbéris. De son écriture tout en nuances et suggestions, elle y décline une fois encore ses grands motifs de prédilection. Elle y explicite aussi une référence à Flaubert qui hantait déjà largement ses précédents opus. Un Flaubert intimement et profondément familier puisque l’écrivaine a assuré l’édition d’un recueil réunissant les récits de voyage de l’écrivain (G. Flaubert, Voyages, Arléa, 1998). Un Flaubert aussi dont l’ultime chapitre de L’Éducation sentimentale (chapitre 7 de la 3è partie) constitue à n’en pas douter la matrice à partir duquel s’invente et se déploie son propre livre.

Xavier Person

Le premier récit de Xavier Person est un jeu de cache-cache.
« N’avais-je pas confondu ma vie avec celle des autres ? Ne devrais-je pas me livrer plus franchement plutôt que de me cacher derrière leurs histoires ? ».
Contre l’écriture continue du roman, le récit se donne ici par fragments. C’est une galerie de portraits que nous invite à visiter l’auteur, et le je autobiographique y paraît dans les intermèdes du défilé des autres.

Friedrich Kittler (2009)

Friedrich A. Kittler est, selon ses propres dires, un enfant de la guerre, et pratiquement toute sa recherche a porté sur le rapport étroit ou la rétroaction/feed-back, comme il l’appelle, entre technologies de guerre et technologies de média. Média sans « s », ce n’est pas une coquille, car le terme sort à la fois de la conception des présocratiques de médium, les premiers étant les quatre éléments, dans le sens d’un moyen de passage, et de son extrapolation vers d’autres moyens, plus abstraits, moyens de stocker, de transmettre et de traiter de l’information. La guerre et ses techniques étant les premiers à développer et faire évaluer ces média, la conclusion de Kittler semble s’imposer. Mais pour avoir creusé cette question pendant plusieurs décennies, Kittler sait aussi que cela ne suffit pas pour combler une vie.

Arthur Cahn

Parmi les premiers romans qui ont paru en ce début d’année 2018, sans doute Les Vacances du petit Renard d’Arthur Cahn s’impose-t-il comme l’un des plus remarquables et singuliers. En dévoilant l’histoire du jeune Paul Renard qui, le temps d’un été à la chaleur vacante, tombe amoureux d’Hervé, un homme mûr, Arthur Cahn offre un récit éminemment sensuel où s’affirme une décisive initiation à la fiction et à l’écriture.
Diacritik a rencontré Arthur Cahn le temps d’un grand entretien pour évoquer avec le jeune romancier, également cinéaste, ce premier roman qui s’impose comme l’une des réussites de ce début d’année.