Quelques romans de 2017 dans les bagages du New York Times

Avant que 2017 ne referme ses portes le New York Times, tout comme son confrère britannique The Guardian, a établi une short list de romans publiés l’an dernier et qu’il ne faudrait surtout pas oublier à l’aube de 2018. A l’instar du quotidien britannique, le NYT a placé en tête, ce qui ne surprendra personne, le Lincoln in the Bardo de George Saunders, ainsi que Exit West de Mohsin Hamid, également mentionné par le Guardian, roman qui vient de paraître en France chez Grasset dans une traduction de Bernard Cohen. Vient ensuite le roman de l’écossaise Ali Smith, Autumn.

Nommé pour l’attribution du Booker Prize, Autumn est un authentique — sans doute le premier — roman post Brexit. Nous sommes en 2016 et le récit met en scène deux personnages atypiques, Daniel, qui a 101 ans et, sans famille, attend patiemment la mort dans une maison de retraite du grand Londres, et Elizabeth, 32 ans, qui s’est portée volontaire pour rendre visite à Daniel, lui tenir compagnie et bavarder avec lui. Elizabeth est une jeune maître de conférences à l’université de Londres à l’avenir incertain, car son poste pourrait être supprimé. Daniel a été un parolier et compositeur de grand renom mais il est désormais un inconnu dans cette maison de retraite. Ils parlent de tout ces deux personnages, d’art, de livres, de la vie, de l’imagination, et, bien sûr, du Brexit qui les consternent tous les deux. A propos du Brexit, Ali Smith décrit par le biais d’Elizabeth l’extrême complexité de la situation, All across the country, people felt it was the wrong thing. All across the country, people felt it was the right thing. All across the country, people felt they’d really lost. All across the country, people felt they’d really won. « Dans tout le pays, les gens avaient le sentiment que c’était une erreur. Dans tout le pays les gens avaient le sentiment que c’était bien. Dans tout le pays les gens avaient le sentiment qu’ils avaient vraiment perdu. Dans tout le pays les gens avaient le sentiment qu’ils avaient vraiment gagné ». En attendant les derniers développements du Brexit, un roman à ne pas manquer d’autant qu’Ali Smith a déjà annoncé que suivraient les autres saisons, Winter, Spring et Summer.

Autumn, Ali Smith, 264 p. Pantheon Books, $ 24.95

La liste continue avec une autre britannique, Tessa Hadley, qui enseigne à l’université de Bristol et dont le NYT a classé un recueil de dix nouvelles parmi les joyaux de 2017, Bad Dreams and Other Stories. Non seulement la place de T. Hadley est inattendue mais le contenu l’est également. Deux des nouvelles, One Saturday Morning et An Abduction, du recueil évoquent l’atterrissage d’un insecte sur une page de livre et ses conséquences, notamment la rêverie inhérente et le vagabondage de l’esprit. La première est l’occasion d’un moment de complicité entre deux enfants, qui devraient être au lit, et leur mère, qui devrait être auprès de ses invités au rez-de-chaussée. La deuxième illustre la difficulté de concilier le plaisir de la lecture et celui d’être dehors au grand air. En fait la juxtaposition entre insectes et livres, qui apparaît fugitivement dans les autres nouvelles, semble illustrer l’opposition entre le monde naturel et le besoin de mimétisme. Audacieux et intéressant de la part du NYT de promouvoir la nouvelle littéraire.

Bad Dreams and Other Stories, Tessa Hadley, 224 p. HarperCollins Publishers, $ 26.99

Autre romancier grand-breton, Lawrence Osborne vit à Bangkok et a publié Beautiful Animals dont la très respectable Lionel Shriver a dit, dans une recension pour le Washington Post, que c’était a really great book. Une île, la crise des réfugiés, un désastre humanitaire, voilà le cadre. Beautiful Animals colle à l’actualité. Deux jeunes femmes, Naomi, anglaise, Sam, américaine, entreprennent d’aider Faoud, un réfugié d’abord à trouver un toit, en l’occurrence une hutte, puis à se nourrir décemment. Ce qui pourrait s’apparenter à un conte de fées s’avère complexe en raison de la personnalité des deux héroïnes. Sam est calme et lucide, et prend conscience de sa passivité face à une tâche à laquelle elle ne croit guère. Naomi a été congédiée par le cabinet londonien d’avocats pour lequel elle travaillait, à la suite d’un cas mal défendu et perdu. De fait elle est inconsciemment à la recherche d’une croisade salvatrice, ce qui n’est absolument pas le cas de Sam et encore moins de Faoud, qui, lui, veut survivre aussi discrètement que possible.

Beautiful Animals, Lawrence Osborne, 287 p., Hogarth, $ 25

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