Eigg, voilà un nom qui risque fort de rien évoquer de ce côté-ci de la Manche et fort peu, en vérité, de l’autre côté, sauf à ceux qui seraient fâchés avec l’orthographe et seraient tentés d’associer ce vocable à un composant du typical English breakfast. Eigg — à prononcer eiké —, équivalent sémantique de island donc en gaélique, est une petite île écossaise de l’archipel des Hébrides, au sud de Skye, détail non négligeable pour les amateurs de whisky, dont la superficie est de 31 km2 (9 km du nord au sud et 5 d’est en ouest), point culminant 393 m, 105 habitants en 2015, bref des chiffres qui ne donnent pas nécessairement le vertige. On notera que Eigg est dans le vent, dans tous les sens du terme, puisqu’elle produit 100% de son électricité à partir d’énergies renouvelables. Alors à quoi bon s’intéresser à ce caillou perdu aux confins de la mer d’Irlande et de l’Atlantique Nord ?

L’enfouissement, la sensation d’enfouissement. Ma tanière : quatre-vingt mètres carrés dans une petite rue bordée d’orangers, vue sur un coin du port de plaisance (l’antique d’Athènes), balcon côté chambres avec vue plongeante sur le quartier, deux chambre, oui-oui, livres, canapé, La Dame de Leche cadeau d’anniversaire de François Martin, tapis, bougies le soir et, suprême chic, quatre tables de travail – autant dire calme, luxe et volupté après des décennies de niches parisiennes.

Citation Jorge Semprun

Point zéro. Souvent, le bureau de poste, à partir duquel on calcule les distances. Point zéro de l’écriture. Le « je ». Mon point zéro, en Grèce. Grèce intérieure, autofictionnée, objectif agrandissant, ou rapetissant les distances, focus, zoom grand angle, gros plan, laboratoire de pataphysique (science des solutions imaginaires), remontage de la réalité. Lieu trouvé, trouvaille, langue retrouvée. Sauf que là, c’était la zone. Ma réalité, démontée. Je roulais à toute allure dans ma voiture autofictionnelle, des chansons grecques plein la tête, j’allais d’une chronique à l’autre au petit bonheur, et soudain, police. Ma voiture, arrêtée en rase campagne. Madame, vos papiers, vous avez enfreint la réalité, vos petits trafics ne nous ont pas échappé. C’est du lourd. C’est La Disparue d’Egine, qui excite l’agent. Voiture confisquée. Plus de point zéro. Des mois à raturer. Finito la musica, finito la fiesta.


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L’exposition présentée par le Centre de la photographie de Genève ne porte ni sur un artiste, ni sur un objet ou un domaine que la photographie explorerait en tant que medium. Elle porte sur un dispositif dont la photographie est l’opérateur par excellence : celui de la surveillance. C’est, de ce point de vue, une exposition véritablement conceptuelle. Mais en même temps, l’exploration des dispositifs plonge dans un bain d’images qui, même si nombre d’entre elles n’ont originellement pas une vocation esthétique, produit un véritable environnement esthétique, faisant surgir comme objet d’un regard artistique le milieu dans lequel nous sommes immergés sans même songer à le voir. Elle produit aussi un environnement sonore : celui des grésillements technologiques, ou des voix superposées d’une salle à l’autre, d’une vidéo à une autre, d’un montage auditif à un autre. Par Christiane Vollaire.

Le professeur émérite David Crystal en 2004, photo University of Salford, UK
Le professeur émérite David Crystal en 2004, photo University of Salford, UK

Il n’y a pas que l’appartenance à l’Union Européenne pour enflammer le Royaume-Uni. Le célèbre linguiste David Crystal, professeur émérite à l’université de Bangor, au Pays de Galles, et à l’université de Reading, qui est, depuis de très nombreuses années, la référence internationale en matière de linguistique anglaise et de langage en général, est entré dans une grande colère, à la fin du mois de mai, contre les règles illogiques et anti-pédagogiques imposées aux élèves grands-bretons par la plupart des LEA (Local Educational Authority) et leur tutelle hiérarchique, the department for education.

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Au cas, peu probable quand même, où on ne se souviendrait plus dans les chaumières du groupe anglais punk The Clash, formé en 1976 par Joe Strummer, Mick Jones, Paul Simonon et Nicky Headon, rappelons que le titre de cet article est emprunté à leur grand succès de 1982, Should I stay or should I go ? D’une part parce que le rythme est superbement endiablé, d’autre part parce que les paroles, fondées sur le devenir d’une relation sentimentale entre deux individus, ont pris une résonance prémonitoire dans la mesure où 1982 fut l’année du début du déclin du groupe et finalement de leur séparation. Vingt-quatre ans plus tard ces mêmes paroles prennent un tour que l’on pourrait aisément qualifier de politiquement cocasse, puisque le thème principal, la rupture, est à l’ordre du jour chez nos amis et voisins les Grands-Bretons.

La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parlaiment
La députée assassinée Jo Cox, photo The Houses of Parliament

Helen Joanne (‘Jo’) Leadbeater, épouse de Brendan Cox, députée travailliste de la circonscription de Batley and Spen, dans le West Yorkshire, où elle était née le 22 juin 1974, est morte, hier jeudi 16 juin 2016, d’une très violente agression, devant la bibliothèque de Birstall où elle venait de tenir une réunion avec ses électeurs (a constituency surgery) pour les convaincre de la nécessité pour le R.U. de rester dans l’UE, sous les balles et les coups de couteau d’un individu qui a hurlé Britain First, slogan qui en rappelle fâcheusement d’autres et qui est aussi le nom d’un minuscule parti d’extrême droite au Royaume-Uni.

© Dominique Bry
© Dominique Bry

Il ne s’agit pas d’une métaphore pour annoncer que les Grands-Bretons pourraient décider de quitter l’Union Européenne après le 23 juin, ont-ils été vraiment dedans jusqu’à présent ? Mais ceci est une autre affaire… Non il s’agit bien d’une question technique et matérielle qui va nécessiter une réparation qui s’étendra sur de longs mois à partir de janvier 2017 et qui privera les londoniens du célèbre carillon.

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Capture d’écran

The Queen’s Speech – littéralement le discours de la reine – est un évènement annuel d’un autre âge qui marque symboliquement (généralement en mai) le début de la session parlementaire au Royaume-Uni. Mais si le mot Speech est affublé d’une majuscule royale et majestueuse, ce discours n’est jamais celui de la reine, dont le rôle se réduit à celui de liseuse et de porte- voix monarchique (et cela depuis le XVIème siècle). Or, cette année, le poids des ans a tellement affaibli la voix d’Elizabeth II que le 18 mai 2016, en écoutant la dite gracieuse, que l’on avait l’impression d’entendre Prudence Petitpas annoncer les méfaits à venir de Benoît Brisefer, le gentil garnement conservateur. 

Le nouveau roman de Graham Swift, Mothering Sunday, A Romance est un objet de navigation permanente entre passé et présent, entre roman et nouvelle littéraire (132 pages), entre récit à la troisième personne et point de vue omniscient intrusif, entre aristocratie et classe ouvrière et entre guerre et paix. Le résultat est prodigieux, d’une part par le style vif, léger et d’une ironie mordante (la marque de fabrique de Graham Swift), et par la saisissante mise en scène en flashbacks qui émaillent le récit. 

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Au mois d’août 2015, le quotidien britannique The Guardian a publié un classement intéressant, pittoresque et forcément subjectif de ce qu’il considère être les cents meilleurs romans de tous les temps. La particularité est, en l’occurrence, qu’il s’agit évidemment et exclusivement de publications d’auteurs de langue anglaise, quelle que soit leur nationalité ou leur origine et quelle que soit l’époque. Cette classification, plutôt chronologique que thématique, fait donc la part belle à ce que l’on nomme les classiques de la littérature. Le classement commence avec le XVIIè et le XVIIIè siècles.