Eduardo Dos Santos, au centre, sa fille Isabel, source Bamada.net

On aurait tort de croire qu’avec le départ du pouvoir de Robert Mugabe et de sa vorace épouse, Grace, les problèmes de l’Afrique corrompue appartiennent au passé. D’abord le couple zimbabwéen a consenti à s’en aller avec un pactole digne de ce que Laurent Blanc a gagné au loto qatari, lorsqu’il a été viré de son poste d’entraîneur du Paris Saint-Germain. Ensuite, avant que le peuple du Zimbabwe ne se remette des ces longues années de dictature, il ne faut pas oublier que les voisins angolais — et ils sont malheureusement loin d’être les seuls — endurent depuis presque aussi longtemps les frasques de la famille Dos Santos.

Wyndham Lewis by George Charles Beresford, 1913

Rien, objectivement, ne prédestinait Wyndham Lewis à la notoriété et à la postérité, si ce n’est le hasard d’avoir été au carrefour de plusieurs mouvements artistiques et intellectuels. Né au Canada, fils d’un riche américain et d’une bourgeoise anglaise qui le ramena au Royaume-Uni, Percy Wyndham Lewis abandonna rapidement son premier prénom, qu’il trouvait ridicule, après des études secondaires à la public school huppée de Rugby, à l’époque où y fut créé le sport du même nom, et des études supérieures à la Slade School of Art, partie intégrante du University College de Londres, et entama, comme tout jeune nanti du moment, un tour d’Europe qui se termina à Paris, pour y scruter le monde des arts au début des années 1900.

L’arrivée de Winner dans la baie de Dalmore, photo Andrew Milligan PA.

C’est fort loin l’Atlantique Nord et, de fait, tout le monde a sans doute déjà oublié que le 7 août 2016, une plate-forme pétrolière s’est mise à dériver pour aller s’écraser contre les rochers de la superbe baie de Dalmore, au nord de l’Écosse. Elle n’a pas dérivé seule, de son propre chef. Les entreprises d’exploitation du pétrole offshore avaient donc décidé qu’elle avait fini sa carrière (trente-trois ans, un chiffre hautement symbolique) et elle devait être remorquée jusqu’aux chantiers navals chargés de sa destruction et situés…à Malte, ce qui tombe sous le sens ! Soit un périple de 1.850 kilomètres, symbole de la folie furieuse des humains — enfin de certains, présumés tels — lorsqu’il s’agit de logique et de préservation de l’environnement.

On savait depuis longtemps que les produits de restauration rapide vendues dans la chaîne des inventeurs de Harry ne sont guère recommandés ni recommandables pour la santé physique, on savait également que, sous couvert de terminologie plus que douteuse, les « équipiers » sont très souvent des salariés exploités et peu considérés, on sait aussi désormais que McDonald® n’est pas vraiment une source de renforcement démocratique pour les pays dans lesquels ils s’installent. Le 8 décembre 1996, le célèbre journaliste américain, éditorialiste au NYT et trois fois récompensé par le prix Pulitzer pour la qualité de ses enquêtes, Thomas Friedman, avait noté et remarqué, au terme d’un long travail d’investigation, que jamais, à la surface de la planète, deux pays qui ont des restaurants McDonald® ne sont entrés en guerre l’un contre l’autre.

 Eigg, voilà un nom qui risque fort de rien évoquer de ce côté-ci de la Manche et fort peu, en vérité, de l’autre côté, sauf à ceux qui seraient fâchés avec l’orthographe et seraient tentés d’associer ce vocable à un composant du typical English breakfast. Eigg — à prononcer eiké —, équivalent sémantique de island donc en gaélique, est une petite île écossaise de l’archipel des Hébrides, au sud de Skye, détail non négligeable pour les amateurs de whisky, dont la superficie est de 31 km2 (9 km du nord au sud et 5 d’est en ouest), point culminant 393 m, 105 habitants en 2015, bref des chiffres qui ne donnent pas nécessairement le vertige. On notera que Eigg est dans le vent, dans tous les sens du terme, puisqu’elle produit 100% de son électricité à partir d’énergies renouvelables. Alors à quoi bon s’intéresser à ce caillou perdu aux confins de la mer d’Irlande et de l’Atlantique Nord ?

L’enfouissement, la sensation d’enfouissement. Ma tanière : quatre-vingt mètres carrés dans une petite rue bordée d’orangers, vue sur un coin du port de plaisance (l’antique d’Athènes), balcon côté chambres avec vue plongeante sur le quartier, deux chambre, oui-oui, livres, canapé, La Dame de Leche cadeau d’anniversaire de François Martin, tapis, bougies le soir et, suprême chic, quatre tables de travail – autant dire calme, luxe et volupté après des décennies de niches parisiennes.

Citation Jorge Semprun

Point zéro. Souvent, le bureau de poste, à partir duquel on calcule les distances. Point zéro de l’écriture. Le « je ». Mon point zéro, en Grèce. Grèce intérieure, autofictionnée, objectif agrandissant, ou rapetissant les distances, focus, zoom grand angle, gros plan, laboratoire de pataphysique (science des solutions imaginaires), remontage de la réalité. Lieu trouvé, trouvaille, langue retrouvée. Sauf que là, c’était la zone. Ma réalité, démontée. Je roulais à toute allure dans ma voiture autofictionnelle, des chansons grecques plein la tête, j’allais d’une chronique à l’autre au petit bonheur, et soudain, police. Ma voiture, arrêtée en rase campagne. Madame, vos papiers, vous avez enfreint la réalité, vos petits trafics ne nous ont pas échappé. C’est du lourd. C’est La Disparue d’Egine, qui excite l’agent. Voiture confisquée. Plus de point zéro. Des mois à raturer. Finito la musica, finito la fiesta.


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L’exposition présentée par le Centre de la photographie de Genève ne porte ni sur un artiste, ni sur un objet ou un domaine que la photographie explorerait en tant que medium. Elle porte sur un dispositif dont la photographie est l’opérateur par excellence : celui de la surveillance. C’est, de ce point de vue, une exposition véritablement conceptuelle. Mais en même temps, l’exploration des dispositifs plonge dans un bain d’images qui, même si nombre d’entre elles n’ont originellement pas une vocation esthétique, produit un véritable environnement esthétique, faisant surgir comme objet d’un regard artistique le milieu dans lequel nous sommes immergés sans même songer à le voir. Elle produit aussi un environnement sonore : celui des grésillements technologiques, ou des voix superposées d’une salle à l’autre, d’une vidéo à une autre, d’un montage auditif à un autre. Par Christiane Vollaire.