Un Livre des places, donc. Soit, dans la lignée des essais collectifs Inculte, pluralité de voix en feuilleté pour évoquer un lieu politique et littéraire, un siècle En procès ou les matériaux du roman. Ici, les places comme lieu articulé et problématique, un foyer de revendications et contestations, le surgissement et l’expression d’une voix dissonante, en plein cœur de la cité, à la fois rassemblée et diffractée, dont ce volume se veut l’objet-livre métonymique.

Des châteaux qui brûlent, d’Arno Bertina, met en scène l’occupation par les employés d’une usine d’abattage et de conditionnement de volailles. Ce conflit social particulier permet la perception comme à la loupe d’un monde qui est en lui-même conflictuel : le monde actuel du néolibéralisme qui implique l’antagonisme entre les intérêts, le rapport de force, la relation sociale comme guerre, avec ses vainqueurs, ses victimes, ses morts.

Pierre Michon
Pierre Michon

Sans doute notre contemporain est-il taraudé, secrètement, soudainement, par l’idée, impossible mais toujours vive, d’un contre-livre, d’un Livre nu et comme noir qui aurait compris dans l’envers négatif et comme néantisé de toute Littérature, qu’écrire, ce serait désormais écrire après tous les livres, bien après les bibliothèques, quand la dernière page du dernier livre a été tournée depuis longtemps et que tous les livres sont à présent refermés et rangés, irrémédiablement. Que l’on est, pour reprendre un titre de Conrad, parvenu au bout du rouleau. Que l’heure de cet achèvement de la littérature par elle-même et de la fin de l’infini littéraire est déjà advenue malgré tous et qu’il nous faut désormais habiter ce lendemain crépusculaire et orphelin de temps – au nom abandonné de contemporain.

Claude Ollier (DR)
Claude Ollier (DR)

Le 22 octobre prochain la Maison de la poésie consacrera une après-midi à l’œuvre de Claude Ollier. Organisé par l’association Les mondes de Claude Ollier, cet hommage proposera des lectures, des interventions et dialogues autour de cette œuvre importante, à parcourir et découvrir encore. Entretien avec Arno Bertina qui participera à cet hommage.

Arno Bertina © Patrick Gherdoussi
Arno Bertina © Patrick Gherdoussi

Un jour Gilles Ballot est venu jouer chez moi. Nous avons treize ans, c’est une amitié « de loin » car Gilles est ombrageux, colérique et bagarreur. Au collège il est bien meilleur élève que moi mais j’ai très vite l’impression que je vais gagner la partie d’échecs que nous commençons car Gilles fait n’importe quoi ; il sacrifie des pièces, il me les donne. Tout à ma joie de les « manger » je ne me rends compte de rien. Et je me prépare déjà à lui expliquer, une fois la partie gagnée, qu’on ne joue pas comme ça. Mais à cette impatience, très vite (la partie ne va durer que 6 ou 7 minutes) va succéder un agacement, et une inquiétude : est-ce qu’il n’est pas en train de prendre la partie à son compte ? Et là, qu’est-ce que c’est que cette position ?! Mon roi est mat et je l’ai dans l’cul ?

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Avec plus de 10 éditions à son actif, plus de 100 rencontres protéiformes sur deux semaines, 144 auteurs et artistes invités en 2016 et plus de 30 lieux partenaires, Hors-Limites est unique en France. Le festival, qui se tiendra cette année du 1er au 16 avril est le temps fort du travail de fourmi mené toute l’année sur le terrain par l’association Bibliothèques en Seine Saint Denis qui réunit la majorité des bibliothèques et médiathèques du département et coordonne Hors limites. Il s’étend sur tout le territoire et explose les frontières artistiques et socio-économiques en travaillant en amont avec les bibliothécaires sur la programmation et la médiation de cet évènement d’envergure.
Une cohérence, une intégrité et une humilité qui fidélisent chaque année un peu plus de partenaires, d’auteurs et de publics (plus de 3000 visiteurs en 2015), mais dont la voix peine encore à se faire entendre de l’autre côté du périphérique…