Après avoir donné à la scène en 2012 le vif et inventif Nouveau Roman, Christophe Honoré est revenu cet automne au théâtre avec Fin de l’Histoire, spectacle d’une rare force dramaturgique, entre grâce joyeuse et tragédie sans retour, inspiré et réécrit depuis L’Histoire (opérette), une pièce inachevée de Witold Gombrowicz. Emmenée par la figure même du jeune Witold, poète immature et solitaire parmi les hommes, la pièce traverse le siècle et ses événements de désastre, ses errances politiques mais aussi ses débats philosophiques en autant de questionnements sur lesquels Christophe Honoré a accepté de répondre pour nous le temps d’une interview ouverte comme on dit en italien. Après ses triomphales représentations à la Colline et avant son départ en tournée, le metteur en scène et dramaturge évoque à travers une série d’images ce que, dans Fin de l’Histoire, nous voyons, et ce qui nous regarde.
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Je ne suis pas sûre que les écrivains en général et moi en particulier ayons quelque chose à dire en toute occasion.
Les yeux comme des billes bleues. Le regard qui arrive est jeune, brillant, incroyablement, follement jeune. Billes bleues, 65 ans les yeux, bleu clair profond, nulle trace de haine. Comme si la haine n’avait jamais existé.
Dans le magistral et ultime tome de La Maison Cinéma et le monde consacré au crépusculaire mais flamboyant moment Trafic de sa vie bientôt abruptement achevée, Serge Daney livre, depuis le terrible foudroiement de la pensée que la claire imminence de la mort rend inéluctable, une définition du cinéma énoncée dans un parfait cristal de vérité : « Le cinéma est l’art du présent, c’est-à-dire l’art de ce qui a été présent au moins une fois. »
Le film le plus drôle de l’année est aussi l’un des plus émouvants. Mia Madre résume ce qui fait la singularité du cinéma de Nanni Moretti depuis 40 ans : entre tragédie et comédie, il ne choisit pas. Il évite ainsi le pathos, permettant à chaque personnage de s’incarner pleinement, mais surtout recrée la vie dans toute son ambivalence.
Olympia est la suite de La Grande Odalisque. Sans intitulé générique ni numéro de tome, ces deux livres semblent autonomes et indépendants l’un de l’autre — si ce n’est leur titre qui décline le nom de chefs d’œuvre de la peinture française. En fait, plus qu’une série, c’est pour l’instant un diptyque d’une prodigieuse complémentarité dans sa construction, ses thèmes et ses variations.
Émilie Simon, Feist, Christine and the Queens, Mansfield.Tya, Holden, Metric : depuis 18 ans, le Festival « Les Femmes s’en Mêlent » qui se déroule chaque printemps à Paris et en province a le flair pour sélectionner les chanteuses et les groupes à dominante féminine qui seront peut-être les stars de demain. Toutes ses artistes susnommées ont pu être découvertes (parfois) bien avant tout le monde par les festivaliers dans des cadres plus intimes que dans les salles dans lesquelles elles se produisent aujourd’hui.
Depuis plusieurs années, l’énigmatique nébuleuse Général Instin se manifeste de différentes façons : Internet, affiches, textes, manifestations de rue, etc. A l’occasion de deux publications aux éditions Le Nouvel Attila, Patrick Chatelier et Guénaël Boutouillet exposent dans cet entretien certains des partis pris et des orientations de ce projet polycéphale et nomade.
La Galerie Simple est située dans le XVIIIe arrondissement de Paris, au cœur d’un quartier populaire. Elle est à la fois un atelier de création, un lieu d’exposition et un espace de résidence. Elle accueille également des intervenants qui y mènent des activités qui ne sont pas immédiatement artistiques ou encore des lectures d’écrivains. A travers ces pratiques diverses, la ligne générale est toujours celle d’une ouverture sur le dehors, une ouverture au public et au quartier, une politique des rencontres. Entretien avec Cécile, l’animatrice du lieu.
On apprend le décès, cette nuit, de Shigeru Mizuki, mangaka japonais, père fondateur du manga moderne, à l’âge de 93 ans. Son univers est peuplé de yôkaï, ces créatures plurielles (attirantes ou malfaisantes) du folklore japonais comme des ombres et plaies de la Seconde Guerre mondiale ; il est connu pour avoir créé Kitaro Le Repoussant (série de mangas adaptée en animés et jeux vidéos). En France, son œuvre a été plus largement connue à travers deux titres, NonNonBâ (Cornélius, 2007, prix du meilleur album au Festival d’Angoulême) et Opération mort (Cornélius, 2008). Il avait entrepris l’écriture de son autobiographie en bande-dessinée, avec L’Enfant (Cornélius, 2012), Le Survivant (Cornélius, 2013) et L’Apprenti (Cornélius, 2014). Shigeru Mizuki venait de terminer Watashi no Hibi, Mon Quotidien, qui s’insère dans ce cycle autobiographique, La vie de Mizuki.
Il y a quelques semaines de cela, j’ai eu le plaisir d’animer une table ronde qui réunissait Gaëlle Bantegnie et Jane Sautière.
En 1959, Raymond Queneau publiait Zazie dans le métro. Jane Sautière qui traverse rames et lignes dans Stations pour nous offrir des tranches de vie sociale, des éloges de la lecture et un voyage intérieur, pourrait être sa petite-fille contemporaine, une Zazie qui étend ses lignes à l’ensemble de nos transports en commun.
Jane Sautière publie Dressing, en 2013, troisième volet d’une œuvre aussi brève qu’elle est urgente, puzzle du réel qui nous entoure et nous constitue. Du monde des prisons à nos vêtements, en passant par le rapport à l’enfant, elle n’a de cesse d’exposer et interroger endroits et envers de nos existences.
Voici un livre étonnant que publient à Liège les éditions Fourre-Tout : il est fait de 500 feuillets encollés les uns aux autres et réunit les archives d’un projet de transformation en musée d’art moderne et contemporain du vieil Arsenal de Maubeuge. C’est là qu’au terme de diverses péripéties devait naître un Centre Pompidou Mobile — bien moins coûteux que le Pompidou de Metz. Mais ce projet, écrit Emmanuel Caille, rédacteur en chef de la revue d’A qui rapporte les faits en introduction au volume, a été emporté avec pertes et fracas par l’élection qui remplaça en mars 2014 un maire socialiste par un maire UMP-UDI.
Il y a quelques jours, répondant à la remarque d’un lecteur à propos de son texte De la frustration, Olivier Steiner a eu cette phrase, magnifique et qui pourrait, peut-être, dire la manière de Bohème : « Le seul élément fictif est le fait que je ne dis pas tout ».