La plupart des Français qui ont vu passer dans la presse la nouvelle de la mort de Lokman Slim le 4 février 2021 ou les jours suivants, n’avaient jusque-là pas lu une ligne de lui et n’en avaient pas même entendu parler. Ils pourraient dire comme l’a fait l’écrivain italien Stefano Massini à propos d’Anna Politkovskaia, dans Femme non-reééducable : « la première fois que j’ai entendu parler de cette femme, ce fut précisément à l’annonce de sa disparition ».

« Creative Memory of Syrian Revolution / Mémoire créative de la révolution syrienne » est un site web créé par Sana Yazigi en mai 2013. Son objectif est de construire une mémoire collective de l’histoire syrienne depuis le soulèvement de 2011, à travers l’expression « libre et créative » de ceux qui l’ont vécue. Il compose sur la toile un impressionnant « musée de l’insurrection syrienne » (Benjamin Barthe, Le Monde , 17 janvier 2021), et beaucoup plus encore.

En 2013, lassée par son expérience dans le milieu de l’édition new-yorkaise, Anna Wiener quitte la côte Est pour la Silicon Valley et ses promesses de réussite en lien avec la bulle Internet. Facebook vient d’entrer en bourse avec une valorisation de cent milliards de dollars, bientôt suivi par Apple. Les nouvelles technologies ont le vent en poupe et ouvrent des perspectives exaltantes pour les jeunes patrons californiens et leurs employés. L’Étrange vallée est le récit d’une plongée au cœur du monde de la tech, une forme d’Illusions perdues 2.0 par Anna Wiener que Rebecca Solnit désigne comme « la Joan Didion de la Silicon Valley ». Et on est bien loin de l’image d’Epinal.

Témoignages ou fictions ? Dans un article récent, j’ai présenté le récit de Monia Ben Jémia, paru à Tunis en ce début d’année et deux fictions algériennes. De nombreuses réactions de lectrices m’ont rappelé que, depuis ce dernier quart de siècle, les fictions francophones étaient nombreuses à suggérer ou décrire une situation incestueuse et ses dégâts durables. On pourrait rappeler L’Enfant méduse de Sylvie Germain en 1992. Mais ce sont les œuvres francophones qui me parlent et dont je veux parler…

Envisager la pensée politique de Nietzsche peut engendrer une certaine perplexité tant elle s’avère complexe et non exempte d’apparentes contradictions. Si bien qu’on se demande si ce projet a un quelconque sens. Dans une lettre à son ami Rohde en octobre 1868, le philosophe ne se déclarait-il pas lui-même étranger à la définition d’« animal politique », ajoutant dans la foulée avoir « contre ce genre de choses une nature de porc-épic » ?

Le titre du sixième roman de Hari Kunzru, Red Pill, est sans doute emprunté à une scène de Matrix et au choix que Morpheus laisse à Neo : « Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre ». Le narrateur de Red Pill, en résidence d’écriture à Berlin a manifestement fait le choix de la pilule rouge. Il va découvrir un univers de la transparence et de la surveillance généralisée érigé en un système politique qui prend tout dans ses rets : le quotidien des artistes en résidence, l’Histoire comme la série Blue Lives, que le narrateur bingewatche au lieu d’écrire.

Essentiel et incisif : tels sont les deux termes qui qualifient sans doute le mieux l’essai d’Olivier Villepreux, Journalisme qui vient de sortir chez Anamosa. Journaliste qui a longtemps travaillé à L’Equipe et à Libération, Villepreux offre ici, avec un recul critique remarquable, une riche réflexion sur la pratique journalistique à l’heure tragique de la multiplication des fake news, du macronisme comme boîte de com’ ou encore de l’éditorialisme. Il revient pour Diacritik, le temps d’un grand entretien, sur ces questions clefs, ainsi que sur la pratique d’immersion, et le houleux débat autour de la loi sécurité globale et son sinistre article 24.  

Le capitalisme est un extractivisme : si ce fait semble aujourd’hui une évidence dès lors qu’il s’agit de matières premières et de ressources naturelles, il est désormais documenté du côté de nos données personnelles et de ce que Shoshana Zuboff nomme L’Âge du capitalisme de surveillance dans son essai récent, publié chez Zulma. Extraire et analyser des data permet de prévoir (et modifier) nos comportements, notre vie sociale, nos émotions et nos votes. Cette industrie opaque menace nos libertés et nos démocraties, dans une forme d’indifférence radicale. Il s’agit donc ici de décrypter les mécanismes et rouages d’une nouvelle logique capitalistique, d’offrir la « cartographie d’une terra incognita ».

Madonna vient de publier une nouvelle photo sur son compte Instagram, elle le fait chaque jour ou presque, un de mes amis commente : « On rejoint là une sorte d’abomination… La folie pure ? Tranquille un joint dans la bouche ! Est-ce cela être cool en 2021 ? Qu’est-il arrivé à cette femme ? Et à son intelligence intuitive et à sa force créatrice ? Son ombre se refermerait elle sur elle ? Le visage du dedans rencontrerait le visage du dehors ? Conséquence de ce monde en cataclysme ? De ce covid ?  #autodestructice  #mortifere @madonna, où est passée ta force ? »