Parmi les boites de bouquinistes sur le bord de la Seine, il en est une, « La Boite 31 », qui se démarque des autres car elle est l’œuvre d’une artiste. Marie-Ange Guilleminot l’a conçue comme une expérience dans l’espace public : boite volante qui peut se déplacer à l’étranger, boite-valise qui contient des livres d’artistes (les siens et ceux de ses amis artistes), boite-rencontre où le public peut parfois devenir acteur de ses installations.

L’œuvre posthume de Christo et Jeanne-Claude, L’Arc de triomphe emballé (wrapped), projet artistique datant des années 60, est désormais achevée, et visible jusqu’au 3 octobre 2021, place Charles de Gaulle, devenue Place de la toile ou Place Christo et Jeanne-Claude pour l’artiste « plaqueticien » Christophe Verdon.

Au commencement – on connaît la chanson – Dieu créa les cieux et la terre. Dieu ? Mon Dieu ! c’est qui vous voulez ! Quoi, qui, quelle instance supérieure, quelle idée du bien, du beau, de l’être, Dieu de vérité ou beau menteur, un beau parleur aussi bien, et puis Dieu, le souffle, quel souffle ! c’est tout, voyez-vous, n’importe qui, tout ce qui est, vous, moi, Isabelle Adjani !

À l’envers la mer dans le roman de Marie Darrieussecq, à l’envers ceux qui tentent d’y (sur)vivre, à l’envers nos espoirs et nos repères. Qui serait un héros aujourd’hui ? « We can be heroes, just for one day », chantait David Bowie, en exergue du livre, une chanson qui revient au cœur du roman, Bowie qu’on écoutait sans savoir « ce que ça voulait dire ». On avait beau « traduire mot à mot, non », on ne savait pas alors. « Le plafond tournait », comme la planète. Mais rond, vraiment ?

« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, qui vient de paraître en poche aux éditions Points. Tout semble désormais créé pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

D’un roman à l’autre, le lecteur peut avoir l’impression que Christine Angot n’en finit pas de nous raconter l’inceste dont elle fut victime des « œuvres » de son père, revenant ainsi à chaque fois au tourment qu’elle subit à l’âge de 13 ans. Or, ce n’est pas exactement le cas, même si toute autofiction se prête aisément aux redites. En fait, du roman de 1999 à celui d’aujourd’hui intitulé Le Voyage dans l’Est, il est bien plus qu’une différence de titre et bien plus qu’un déménagement de Christine et de sa mère d’une ville (Châteauroux) à l’autre (Reims). C’est que la reconstitution à laquelle procède ici la romancière se veut dans cette nouvelle version à la fois honnête et exigeante. Et, par rapport à l’œuvre de 99, nous changeons largement de registre, voulant que le nouveau récit dise le vrai par-delà les emportements et les contradictions de jadis.

Les éditions Dis Voir publient un livre singulier, à quatre mains, signé Gary Hill et Martin Cothren. Si l’on ne présente plus l’artiste américain, le nom de Martin Cothren, par contre, ne dira rien à la plupart, bien que cet ami Indien de Gary Hill ait été lui aussi, à sa façon, un artiste (dessins). Les trajectoires des deux hommes se croisent, se lient, mais demeurent différentes, séparées. Le livre est fait de ces croisements autant que de cette distance.

À l’heure où la rentrée est marquée par la parution du panégyrique de Jean-Michel Blanquer par lui-même, il est peut-être temps, loin des mondanités éditorialistes avec le ministre, d’écouter une véritable réflexion sur l’école. C’est précisément au moment de la rentrée que Philippe Watrelot, enseignant qui se présente lui-même comme un militant pédagogique, choisit de faire paraître son stimulant essai, Je suis un pédagogiste. En revendiquant cette étiquette de pédagogiste qu’on lui a attribuée, Watrelot en profite pour rouvrir le débat sur l’école, évoquer ses difficultés, son manque de budget et la dévalorisation criante du métier. À l’heure de la présidentielle, l’éducation doit être au centre des discussions avec des propositions fortes. Inutile de dire que Diacritik ne pouvait qu’aller à la rencontre de Philippe Watrelot pour échanger avec lui de cette école du futur.

Le pli était pris, parce que le plus souvent j’écris en rond, comme avec mon tricotin, ce que j’écris n’a pas vraiment de début, pas de fin, et je reviens toujours au même endroit du récit. J’écris à l’endroit, à l’envers, en boucle.
Emmanuelle Pagano, Claude Rouyer, Le travail de mourir.

Écrire pour résister, et aussi pour éviter le pire, c’est aussi ce que fait Emmanuelle Salasc en notant l’histoire de sa narratrice Lucie, dans son dernier roman Hors gel, dixième livre chez P.O.L, après neuf parus sous le nom d’Emmanuelle Pagano. Le roman raconte une double menace.