C’est l’événement du printemps artistique et il est encore question du roi Pablo. Comme un écho de l’importance centrale de son génie et en miroir de « Calder-Picasso » jusqu’au 25 août au Musée Picasso mais aussi de « Quand Fellini rêvait de Picasso » jusqu’au 28 juillet à la Cinémathèque, voici que le Musée de l’Armée accueille aux Invalides et pour la première fois une exposition qui prend pour thème la guerre dans l’œuvre de l’espagnol.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Les vrais textes de femmes, des textes avec des sexes de femmes, ça ne leur fait pas plaisir ; ça leur fait peur ; ça les écœure. Gueule des lecteurs, chefs de collections et patrons trônant. (Hélène Cixous, Le rire de la Méduse, 1975)

Une femme qui parle de sexe : Entrée en matière qui, en quelques mots, dit à son corps défendant plus qu’elle ne dit. Six mots exactement et l’ambivalence affleure, le doute survient.

Une série de photographies d’Ana Mendieta la montre nue, recouverte de sang. L’intérieur du corps passe à l’extérieur, le fluide recouvre la peau qui n’est plus frontière ou obstacle mais surface sur laquelle l’intérieur apparaît à l’extérieur. Au lieu qu’il soit couvert d’habits marquant une identité sociale et masquant le corps, celui-ci est montré nu, enduit de sang. Le corps n’est plus caché, et son extérieur n’est plus ce qui cache son intérieur. Il devient ce qui déborde l’identité sociale et culturelle, ce qui se montre dans une inversion de sa propre organisation biologique et organique.

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Il me semble – mais va savoir, la mémoire parfois s’égare dans le dédale du théâtre qui porte son nom – que la première fois que mon regard a rencontré le nom d’Éric Suchère, c’était sur la couverture du n° 28 de la revue If (dirigée de septembre 1992 à novembre 2011 par Liliane Giraudon, Henri Deluy et Jean-Jacques Viton).

Du 12 au 22 septembre se tiendra à Paris la 11e édition du festival Jerk Off. Depuis ses débuts,  la spécificité de ce festival est d’être pluridisciplinaire et surtout de proposer des expressions subjectives et artistiques qui n’ont pas comme cadre de référence les normes hétérosexuelles dominantes.

Jamais dans l’apparition des choses, nous ne percevons d’abord et proprement, comme le postule ce concept, une pure affluence de sensations, par exemple de son et de bruits. C’est le vent que nous entendons gronder dans la cheminée, c’est l’avion-trimoteur qui fait ce bruit là-haut, et c’est la Mercedes que nous distinguons immédiatement d’une Adler.

Blackboard, l’exposition de Bouchra Khalili qui a lieu actuellement au Jeu de Paume, présente une série d’installations audio-visuelles (photographies et films). Chacune de ces installations articule un dispositif par lequel des histoires se disent, des mémoires se créent, des fictions s’énoncent – fictions qui sont en même temps des vérités autant que des actes politiques.

David A. Warlick, Sans titre, Géorgie, 1891

Soit un petit garçon blanc qui pose, en Géorgie, pour le photographe. Il a quatre ans, il est chaussé d’élégantes bottines sombres, affublé d’une toque, emmitouflé dans un large manteau clair qui le fait disparaître à moitié. On devine en arrière-plan un intérieur distingué, une cheminée décorée de carreaux au motif raffinés. On est en le 4 janvier 1891 et pour rassurer l’enfant, en ce jour de solennelle représentation devant le photographe, l’on a pris soin de le placer aux côtés de sa nourrice, présence rassurante, dont le bonnet et le large tablier sont d’un blanc éclatant, et l’on a consenti à lui laisser sa poupée préférée, molle masse de chiffons qu’il agrippe au poignet. Or la nounou et le doudou sont noirs, tous deux : frappantes incarnations de la ségrégation raciale aux États-Unis.

Georgia O’Keeffe par Alfred Stieglitz, 1918

Le 15 novembre 2017 a marqué le cent-trentième anniversaire de la naissance de l’artiste américaine Georgia O’Keeffe (1887-1986), considérée par beaucoup comme la mère du modernisme américain. Disparue à l’aube de son centième anniversaire, le 6 mars 1986, elle a laissé, dans l’histoire de la peinture, une trace profonde, marquante et originale, avec ses tableaux de fleurs XXL et son obsession des gratte-ciel de New York.

Joan Semmel, Intimacy-Autonomy, 1974 (Brooklyn Museum)

Lascaux, véritable lanterne magique, n’est pas qu’un simple témoignage du passé, qu’une antique archive de l’humanité, elle est le lieu de notre naissance, notre scène originelle, notre trame intérieure. Lascaux est notre premier rêve, notre toute première vision dont le souvenir hante nos nuits sans que l’on sache à vrai dire ce qui nous hante : « Un homme qui pénètre dans une caverne paléolithique, alors que c’est la première fois », écrit Pascal Quignard, « la reconnaît. Il revient » (Dernier royaume, Tome 3 : Abîmes, 2002).