3 Billboards

C’est une tragédie banale dans un monde violent : une ado sort le soir, elle ne reviendra pas. On retrouvera son corps calciné, 3 Billboards commence alors que tout est terminé : le meurtre, la maladie aussi, tout est joué, reste le deuil et la douleur.
Bruce Springsteen aurait pu chanter cette histoire, comme Martin McDonagh il n’aurait pas raconté la tragédie, mais l’après : le quotidien de ceux qui restent : une mère qui ne s’en remettra jamais et qui n’a plus que la vengeance, le shérif de ce bled perdu, incapable de résoudre l’enquête et devant faire face à son propre drame. Comme le Boss encore, McDonagh pose sur ces personnages un regard lucide mais sans la moindre condescendance. Il fait un film sur les oubliés de l’Amérique, sur ces péquenauds perdus au fin fond d’un pays qui les ignore. L’Amérique qui a voté Trump ressemble au reste du monde : ni héros, ni salauds. Juste des gens qui doivent composer avec le quotidien et tentent de s’en sortir du mieux possible, une certaine idée du rêve américain. 3 Billboards ou le tragique et l’absurde dans un monde imprévisible, infernal et grotesque.

Crédit photo : Plattform Produktion – Bac Films

Palme d’or surprise du dernier festival de Cannes,  The Square aura donc suscité la controverse, ce qui est le propre d’une Palme d’or : audacieux pour les uns, caricatural pour d’autres, le film de Ruben Östlund, déjà réalisateur du très prometteur Snow Therapy divisait la critique. La polémique est naturelle, on peut penser qu’elle ne déplaît pas au réalisateur qui fait montre d’un véritable goût pour la provocation. Cependant, au-delà des critiques, forcément subjectives et pour la plupart totalement légitimes, on peut se demander si chez quelques-uns, ce n’était pas le film mais son propos dérangeant qui posait problème : la remise en question de nos bonnes consciences, le regard lucide sur l’humanisme affiché des belles âmes. The Square n’épargne pas les intellectuels aux grandes idées, on peut imaginer que se retrouver chez le héros un peu pathétique du film n’a pas forcément plu à tous. 

Copyright Les Films du Losange

C’est devenu un lieu commun, mais un grand cinéaste se mesure autant à ses chefs d’œuvres qu’à ses films moins réussis. Michael Haneke venant de réaliser  coup sur coup deux très grands films, Le Ruban blanc et Amour, pour autant de palmes d’or, le retour à l’ordinaire était inévitable, l’ordinaire étant chez le sémillant autrichien tout à fait relatif. 

La tragédie s’ouvre sur un plan sublime et déjà angoissant, le plan d’une forêt enneigée. Au pied d’un arbre un morceau de cordon d’interdiction d’entrer est le premier signe du désastre à venir. Le plan dure, comme s’il fallait profiter de ce moment de calme avant que le mécanisme précis et impitoyable des films d’Andreï Zvyaguintsev ne vienne tout balayer.

Objet d’un culte que ne justifie pas un visionnage raisonné de ses films, Jean-Luc Godard n’est plus un cinéaste depuis bien longtemps mais un personnage, un rôle. Qu’il devienne le principal protagoniste d’une fiction est donc la suite logique d’une carrière chaotique qui aura vu un cinéaste reconnu par le plus grand nombre devenir un gourou pour certains, une caricature grotesque pour d’autres. C’est justement à la croisée des chemins que se situe Le Redoutable.

Le cinéphile porte en lui une malédiction : il est condamné à ne jamais être cru. On va lui demander son avis, pour surtout ne jamais le respecter. On vous demande « qu’y-a-t-il-à-voir-au-cinéma-en-ce-moment », et on sait que c’est foutu parce que la plupart du temps, on n’apporte pas la bonne réponse. Par exemple, si au milieu du mois d’août on me demande ce qu’il faut voir, je vais répondre : Une femme douce. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que l’on se méfie de vous. « Et ça raconte quoi ? » Et là, vous savez que la partie est perdue.