Lundi soir, comme beaucoup de Français, je me suis senti veuf et, dans ma brûlante solitude, j’ai versé quelques larmes en voyant la flèche de Notre-Dame s’effondrer. J’étais déjà triste, ce soir-là, parce qu’on commémorait le trentenaire de la mort de Bernard-Marie Koltès et que, bien malgré moi, je n’avais pu me rendre à la grande soirée de remise des Prix Topor 2019 orchestrée par l’inénarrable Jean-Michel Ribes au Théâtre du Rond-Point.

Quelle femme était Colette, au-delà de l’auteur des Claudine et du Blé en herbe ? Une icône de la Belle Époque, une danseuse, une journaliste et surtout une rebelle, terme qui pourrait définir une femme, sa vie, son œuvre, au centre du documentaire Colette, l’insoumise de Cécile Denjean qu’Arte diffuse lundi prochain, 22 avril, portrait d’une femme aux « mille et une vie, mille et une éclosions ».

Peut-on réfléchir à « l’avancée de l’Afrique », en précisant chaque fois de quel pays on parle, sans la lier étroitement à l’avancée de la France ? Fatou Diome pose, en écrivaine et en militante, les mêmes questions que celles qu’avance Achille Mbembe, dans son récent essai, Politiques de l’inimitié : « Au vu de tout ce qui se passe, l’Autre peut-il encore être tenu pour mon semblable ? Rendus aux extrémités, comme c’est le cas pour nous ici et maintenant, à quoi, précisément, tiennent mon humanité et celle d’autrui ? La charge de l’Autre étant devenue si écrasante, ne vaudrait-il pas mieux que ma vie ne soit plus liée à sa présence, tout autant que la sienne à la mienne ? […] Si, en définitive, l’humanité n’existe que pour autant qu’elle est au monde et est du monde, comment fonder une relation avec les autres basée sur la reconnaissance réciproque de nos communes vulnérabilité et finitude ? »

Susan Sontag fut dans le dernier tiers du XXe siècle l’intellectuelle la plus en vogue des États-Unis. Née à New York en 1933, elle y mourut en 2004 d’une leucémie. Elle fut pourtant enterrée au cimetière Montparnasse tant était grand son attachement à Paris, où elle avait de nombreux amis, de la comédienne Nicole Stéphane au sémiologue Roland Barthes. Il est heureux qu’aujourd’hui la collection “Climats” publie en traduction française le long entretien qu’elle donna jadis à Jonathan Cott et à sa revue Rolling Stone et qui est ici repris in extenso pour la première fois.

Connu dans les milieux algérois dès la publication de son premier recueil, Argo (1983) puis le roman Baya en 1988 (réédité en novembre 2018 aux éditions Bleu Autour), Aziz Chouaki est certainement l’écrivain algérien le plus inclassable. Sa pièce la plus récente, Nénesse (2017, éd. Les Cygnes), brocarde âprement homophobie, racisme et antisémitisme, farce tragique de notre monde contemporain. Il a aussi écrit deux pièces qui touchent à des actualités brûlantes : les migrants et les soldats coloniaux de la Grande Guerre.

Philip Roth n’aura donc jamais le Nobel… Quelle importance ? Il est, à jamais l’un des plus grands écrivains américains, toutes époques confondues. Dans Manhattan People, Christopher Bollen écrit que la mort raconte « la vie à l’envers », la « biographie du défunt » se muant en « en quête acharnée pour tenter de comprendre ». Dans le cas de Roth, tout a été pensé avant et par l’écrivain : Il y a quelques années, il avait annoncé avoir renoncé à l’écriture en 2010 (mais l’avoir d’abord tu), travaillant à la biographie que lui consacre Blake Bailey (il rassemblait pour lui ses archives) et à des échanges ludiques de textes avec Amelia, la fille d’une de ses amies proches, dont il admirait la fraîcheur et l’imaginaire. Mais jamais, plus jamais, de fiction, assurait-il. Parcours d’une œuvre et d’une vie, à l’envers, alors que la mort de l’écrivain vient d’être annoncée, mardi 22 mai 2018. Il avait 85 ans.