Le vendredi 7 février 2020, il y a bientôt un mois déjà, la tragique nouvelle est tombée : Pierre Guyotat venait de nous quitter. C’est peu de dire qu’avec lui, une des voix les plus magistrales de la littérature contemporaine venait de s’éteindre. Pour en évoquer la puissance aussi neuve qu’inégalée, Diacritik a désiré donner la parole, après Colette Fellous et Marianne Alphant aujourd’hui au romancier Pierre Chopinaud qui est le dédicataire de Coma car celui à qui Guyotat dicta le manuscrit durant de longs mois. Nous vous invitons à lire son précieux témoignage où se donnent à lire l’amitié des deux hommes, de deux écrivains. Que Pierre Chopinaud en soit ici vivement remercié.
L’écrivain coronaiste est un lointain descendant de l’écrivain ivoiriste. L’écriture s’étant démocratisée, et on ne peut que s’en féliciter, il ne se réfugie plus dans sa tour, mais dans son bureau.
Voilà, nous sommes arrivés au point de départ de notre circuit.
Doctorant-chercheur en philosophie à l’Université de Paris VII-Diderot, venant de terminer l’écriture de sa thèse de doctorat en Philosophie des mathématiques, professeur de mathématiques, poète, Mohamed Ben Mustapha a décoché un livre-ovni, Éden, l’été publié par les Éditions Arabesques.
Amplifiant une prodigieuse passion déjà à l’œuvre dans La solitude Caravage paru l’an dernier chez Fayard, Yannick Haenel dévoile aujourd’hui Déchaîner la peinture aux éditions Actes Sud : un travail considérable sur l’œuvre du plasticien roumain contemporain Adrian Ghenie, né en 1977 et installé à Berlin.
Boris Vian (pré)disait qu’il ne vivrait pas jusqu’à quarante ans. À l’occasion des 100 ans de sa naissance, les éditions Dupuis rééditent Piscine Molitor de Cailleaux et Bourhis (en tirage limité à 1 500 exemplaires, avec un dossier inédit de 16 pages). Son imagination était débordante, ses talents multiples, sa maladie était sa solitude : Cailleaux et Bourhis signent le portrait de Boris Vian dans un roman graphique d’une grande sensibilité où percent mélancolie et admiration.
Deux ans après la diffusion d’un documentaire remarqué, Les Enfants du 209 rue Saint-Maur, Paris Xe, Ruth Zylberman arpente à nouveau l’immeuble parisien, s’imprègne une fois encore de la mémoire matérielle du lieu.
En donnant une suite au film qui eut un beau succès mérité en 2017, Il a aussi tes yeux, Lucien Jean-Baptiste a proposé, au mois de février 2020, sur la 2 à une heure de grande écoute, une série en six épisodes, sous le même titre : le bébé blanc adopté, Benjamin, a grandi et quatorze ans ont passé.
Lundi : La blague
Sur les terrasses des cafés ou debout au comptoir, personne ne rigole. On a peur de tomber malade, peur de la guerre ou de faire une gaffe. On ne parle pas de grand-chose. Et d’habitude, les cérémonies on s’en fout.
Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de ses suites textuelles désormais réunies en une Trilogie familiale ou de la série photographique « Pitchipoï & Cousu main ». La parution de la Trilogie aux éditions Points était le prétexte idéal à un grand entretien vidéo avec Lydia Flem pour évoquer avec elle les liens de la littérature, de la photographie et de la psychanalyse.
Le cinéma sert à poser des questions, pas à y répondre, disait le tout jeune Leos Carax à la Berlinale de 1987. Il semblerait que toute une nouvelle génération de cinéastes l’ait pris au pied de la lettre, commençant à remettre en cause toute forme d’assignation du film à un genre, à une fonction, à un public. Le nouveau film-question de Patric Chiha arbore fièrement son hybridité, en défiant dès son titre les attentes d’un spectateur éventuel, ce spectateur cœur de cible dont tout le monde sait qu’il n’existe plus mais qui continue, du fond du gouffre, à dicter la loi du marché affolé des images.
Spécialiste de l’œuvre d’Antonin Artaud et professeure de philosophie, Évelyne Grossman publie chez Minuit un ouvrage attrayant en ce qu’il déambule dans le XXe siècle français parmi des penseurs (philosophes et écrivains) confrontés à une crise existentielle qu’ils subirent ou qu’ils cultivèrent et dont ils retirèrent comme ils purent une inspiration spécifique.
Déjà quarante années depuis cet après-midi d’avril 1980 où une foule compacte accompagna sa dépouille au cimetière Montparnasse, et Sartre est resté Sartre : l’homme-livre.
Le narrateur-héros se flatte ici de n’avoir jamais fait de différence entre ouvriers, bourgeois et grands seigneurs. Sa préférence irait même aux premiers d’entre eux. Ah bon ! Marcel connaîtrait donc des ouvriers et aurait fréquenté largement leur classe…