Joost Swarte est né en 1947, la veille de Noël. Il a donc toujours eu quelques heures d’avance sur ceux que l’attente du lever du jour dit “des cadeaux tombés du ciel” tient en éveil – ce dernier mot allant comme un gant à son regard d’une acuité sans égal. Je ne sais si sa main a tremblé, ne serait-ce qu’une fois, dans sa vie, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il est on ne peut plus sensible aux tremblements d’un monde dont il reste un des plus fameux interprètes.

Affiche officielle FIBD 2018 par Cosey

Mais que se passe-t-il cette année à Angoulême ? Pas une polémique, pas une fronde, rien, le calme presque absolu. Est-ce par lassitude ? La faute à une actualité autrement plus chargée (Donald Trump, la Corée du Nord, Notre Dame des Landes, Jéremstar…) ? Ou est-ce parce que le Festival International de la Bande Dessinée en aurait fini avec ses vieux démons ? Cela étant, en attendant l’annonce du Grand Prix 2018 – choisi parmi Richard Corben, Emmanuel Guibert et Chris Ware – à l’heure de mettre sous presse, cette 45ème édition peut déjà s’enorgueillir de revenir aux fondamentaux et de célébrer ses héros : Cosey, Jonathan, Alix, Jacques Martin, Naoki Urasawa et le manga de genre, Titeuf…

En cette fin d’année, séance de rattrapage avec des parutions remarquables et remarquées, parce que leurs auteurs font partie de ceux qui comptent aujourd’hui dans le paysage de la bande dessinée franco-belge. Paysage qu’ils réinventent à leur manière, en s’inscrivant dans une filiation évidente (Juan Dias Canales et Ruben Pellerejo), dans une tradition séculaire (Xavier Dorison et Ralph Meyer) et dans un anticonformisme bienvenu (Wilfrid Lupano et Paul Cauuet).

Paris, 2041. Toute connexion numérique est impossible. Un bug généralisé a eu lieu pendant la nuit. Le monde est dans l’obscurité électronique depuis que tous les liens, toutes les données ont disparu de la surface du « Néo World Wide Web ». Que sera(it) notre monde, notre quotidien sans Internet, sans les hyperliens, sans les datas ? Comment vivre débarrassés à notre corps défendant de toute mémoire vive ? Des questions que pose Enki Bilal dans Bug, dont le livre 1 paraît aujourd’hui chez Casterman.

 

Deux ans après Tu n’auras pas d’autre dieu que moi, Joann Sfar revient avec La Tour de Bab-El-Oued à paraître le 17 novembre. Une nouvelle « aventure » de son personnage fétiche, chat parlant, avatar de l’auteur qui s’interroge et questionne le monde sur la religiosité du monde, sur le besoin de sacré, sur la nécessité des dieux. Un nouvel album forcément en résonance avec l’actualité récente : migrants, laïcité, quête de réponses, intolérance et espoir d’un monde plus pacifique.

C’est ce qu’on appelle communément un « beau livre » : quarante dessinateurs et scénaristes dont David B, Guy Delisle, Etienne Davodeau, Pascal Rabaté, Blutch, Miles Hyman, le regretté Tignous, Catherine Meurisse, Luz… Trente ans d’information illustrée, commentée par un collectif d’auteurs, trente événements qui ont fait l’actualité et dont les implications et conséquences résonnent encore aujourd’hui.