Lydia Flem : « Découvrir des sensations dont on ne parle jamais » (Une trilogie familiale)

L'amour en héritage 1 © Lydia Flem, courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de ses suites textuelles désormais réunies en une Trilogie familiale ou de la série photographique « Pitchipoï & Cousu main ». La parution de la Trilogie aux éditions Points était le prétexte idéal à un grand entretien vidéo avec Lydia Flem pour évoquer avec elle les liens de la littérature, de la photographie et de la psychanalyse.

La Trilogie familiale récemment parue en poche rassemble trois des livres publiés par Lydia Flem dans la collection « La Librairie du XXIe siècle » : Comment j’ai vidé la maison de mes parents (2004), Lettres d’amour en héritage (2006) et Comment je me suis séparé de ma fille et de mon quasi-fils (2009). Ces textes, sur la ligne fragile de la pudeur et de l’impudeur, ont en partage de se confronter et nous confronter à « cet éprouvant, et pourtant libérateur travail du vide ».

Que faire de ces objets et choses qui ont appartenu à nos parents, ont tant signifié pour eux et ne nous sont rien ou, au contraire, provoquent de puissantes émotions, remuent des souvenirs insoutenables et nous forcent à entrer dans l’intimité de deux êtres qui, avant de devenir nos parents, se sont aimés ? Comment réagir quand, à leur tour, les enfants quittent la maison ? Sur trois générations, c’est cette redéfinition infinie de soi que Lydia Flem met en récit, en tant que fille perdant ses parents, mère voyant ses enfants prendre leur envol, mais aussi « amoureuse » et bien sûr artiste.

L’amour en héritage 2 © Lydia Flem, courtesy Galerie Françoise Paviot, Paris

Les notions de transmission et filiation sont au centre de ce volume, en un puissant étoilement qui concentre leurs dimensions historiques, intimes, familiales et textuelles — et même, plus largement, artistiques puisque Comment j’ai vidé la maison de mes parents est devenu un travail photographique, « Pitchipoï & Cousu main », « suite photographique à Comment j’ai vidé la maison de mes parents ou la Shoah vue par les yeux d’un enfant » (2010-2012).

Lors d’un entretien filmé à Bruxelles le 23 février dernier, Lydia Flem a longuement explicité les liens de ces trois livres et les nouvelles perspectives qu’ouvre leur publication conjointe mais aussi son rapport à la littérature, à l’Histoire, à la psychanalyse et la photographie. Cette conversation s’offre comme une entrée feutrée dans le laboratoire d’une œuvre.

Dans Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, Lydia Flem écrivait : « Je me souviens qu’il existe, en broderie, un point du passé remordu nuancé ou ombré. Proust l’a-t-il connu ? ». Ce Je me souviens 476 aurait pu être l’exergue de cet entretien.

Lydia Flem, Comment j’ai vidé la maison de mes parents. Une trilogie familiale, éditions Points, janvier 2020, 8 € 50

Rencontre avec Lydia Flem à la Librairie L’Écume des pages demain mardi 10 mars 2020 à 19 heures. 74 Boulevard Saint-Germain, 75006 Paris.