Un premier roman est toujours un événement même s’il est précédé, comme c’est le cas pour Hajar Bali, par d’autres livres. La littérature algérienne – femmes et hommes confondus – n’a cessé de s’enrichir ces dernières années. Écorces qui paraît simultanément en Algérie (Barzakh) et en France (Belfond) est un événement par la force de son propos comme par l’inattendu de son écriture, poétique et réaliste, narrative et introspective.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Les Rita nous ont prévenus. Rien de plus banal qu’un couple qui se défait et Isaac Rosa part de ce constat, qui est aussi un défi littéraire, pour composer son roman Heureuse fin, récit à rebours d’un couple de la rupture à la rencontre, inversion de la chronique d’une fin non seulement annoncée mais initiale.

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de ses suites textuelles désormais réunies en une Trilogie familiale ou de la série photographique « Pitchipoï & Cousu main ». La parution de la Trilogie aux éditions Points était le prétexte idéal à un grand entretien vidéo avec Lydia Flem pour évoquer avec elle les liens de la littérature, de la photographie et de la psychanalyse.

C’est dans la collection l’Arpenteur de Gallimard que paraît le deuxième roman de l’écrivain, traductrice et scénariste Georgina Tacou. Cet évangile d’un genre particulier s’ouvre dans toutes les acceptions du terme par la fascination de Flora la narratrice pour Mars, l’œuvre unique de l’écrivain suisse Fritz Zorn (1944-1976), immense succès littéraire de la fin des années 70.

Le livre de Marie Cosnay, If, est construit autour de la mémoire. Mais il s’agit d’une mémoire qui ne se souvient pas : l’objet de la mémoire est hors souvenir car cet objet est inconnu. Comment avoir la mémoire de ce dont on ne se souvient pas, de ce qui n’est pas connu, ou de ce qui, étant connu, échappe pourtant à la mémoire que l’on en a ? Ces questions animent If et donnent lieu non à des réponses mais à une pratique d’écriture dont le but est moins de résoudre les interrogations que de les déplier, de les faire rayonner en lignes qui se recoupent ou divergent, dessinant la carte instable d’une sorte de chaos.

Peu avant Noël, au Sud de Londres, est retrouvé le cadavre d’une jeune femme, Zalie Dyer. L’enquête commence et un suspect est très vite désigné : M. Wolphman, ancien prof du lycée de la ville, désormais en retraite, qui clame évidemment son innocence. Jusqu’ici la trame du dernier roman de Patrick McGuinness, Jetez-moi aux chiens, pourrait sembler on ne peut plus classique, c’est pourtant une expérience sidérante qui attend le lecteur, une plongée dans les dessous de nos présents, au cœur des rumeurs et réseaux qui le tissent et amplifient toute info. Si Jetez-moi aux chiens est un roman policier, c’est à la manière d’un Envers de l’histoire contemporaine, devenu recto de nos écrans.

2020 vit dans l’événement du grand retour d’Eugène Savitzkaya qui, avec la parution chez Minuit d’Au pays des poules aux œufs d’or, livre l’un de ses plus grands textes. Histoire fabuleuse d’un héron et d’une renarde, ce conte d’une beauté conjointement éthérée et tellurique ne cesse d’interroger son propre genre : fable ou roman ? Cinéma ou pur roman ? Dans ce texte d’une jouissance verte, où la nature revient aux hommes, Savitzkaya démontre encore combien, patient inventeur de notre littérature contemporaine, il s’affirme comme l’un des écrivains majeurs de notre temps. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre le temps d’un grand entretien du romancier et poète qui signe l’un des textes déjà parmi les plus remarquables de cette année.

Le plus simple, pour présenter Le Bal des ombres de Joseph O’Connor, serait de dire qu’il s’agit d’une pièce à trois personnages — Bram Stoker, futur auteur de Dracula, l’immense acteur shakespearien Henry Irving et Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglo-saxonne, soit un trio gravitant autour d’un théâtre londonien, le Lyceum. Mais le roman excède largement cette dimension : Le Bal des ombres est aussi une fresque chatoyante du Londres victorien et, surtout, une puissante réflexion incarnée sur la création théâtrale comme littéraire.

Diacritik a toujours eu à cœur de défendre la littérature étrangère et ceux sans lesquels elle demeurerait inaccessible à une grande partie du lectorat français : les traducteurs. Carine Chichereau, traductrice de très nombreux auteurs anglo-saxons, a accepté de tenir une rubrique régulière dans nos colonnes, pour évoquer, en vidéo, un texte dont nous lui devons la version française. Aujourd’hui, Le Bal des Ombres de Joseph O’Connor, tout juste paru aux éditions Rivages.

Un temps « juste », un temps juste et lumineux de l’analyse, c’est le temps de l’entreprise de Tristan Garcia, dans sa volonté de « tout penser, mais sans jamais rien détruire », qu’il poursuit dans ce deuxième volume de Kaléidoscope, à l’image de son œuvre en cours, d’écrivain et de philosophe.

« La plupart ne savent l’histoire, des vivants et des morts », alors la dire, comme une litanie, depuis l’ombre et la lumière. Le noir d’abord, opaque, cet « immense rectangle » dans lequel se déroule la mélopée d’une histoire en négatif, Europe Odyssée de Jean-Philippe Cazier.