C’est le livre-séisme qui a mis à nu l’homosexualisation massive du Vatican et de l’Église depuis des décennies et dans le monde entier et sort aujourd’hui en poche : Sodoma.
Diacritik republie l’entretien de Jan Le Bris de Kerne avec Frédéric Martel, mené lors de la sortie du livre en grand format en février 2019.

Le 5 novembre 2022 un ouragan dans la baie de San Francisco provoque 60000 morts et efface Oakland et San José de la carte. Les assurances ne peuvent couvrir les remboursements et, par un effet domino, c’est toute l’économie américaine qui s’effondre, entraînant le système mondial avec elle. Le point de départ du roman d’Antoinette Rychner est à peine dystopique : capitalisme et bouleversements climatiques sont intimement liés, le scénario de nos devenirs apocalyptiques est face à nous. Mais comment dire l’après, un Après le monde ?

Depuis bientôt une vingtaine d’années, recueil après recueil, Sandra Moussempès s’est imposée comme une des figures majeures de la poésie contemporaine. Les années 20 s’ouvrent avec bonheur sur l’un de ses textes les plus remarquables, le spectral et puissant Cinéma de l’affect qui paraît aux éditions de l’Attente. Dans cet opéra-poème, phonographe capteur de voix diffuses et profuses, Sandra Moussempès convoque à partir d’Angelica Pandolfini, célèbre cantatrice qui fut son ancêtre, un véritable atlas à la Warburg des voix disparues mais présentes. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger la poète à l’occasion de la parution de ce recueil, véritable événement de ce début d’année.

Comment saisir à la fois le déséquilibre d’un homme, Barry Cohen, et celui d’un pays, les États-Unis, sur le point d’élire Donald Trump à la présidence ? Tel est le défi narratif de Gary Shteyngart dans Lake Success, un roman qui emprunte aux codes du roman d’apprentissage comme de voyage pour composer un récit singulier, nouvelle pierre à l’édifice d’un Absurdistan que l’écrivain compose livre après livre, entre désespoir et ironie.

En exergue de Voir de ces propres yeux d’Hélène Giannecchini qui vient de paraître dans « La Librairie du XXIe siècle », une citation d’Emmanuel Hocquard : « Ce ne sont pas des confidences, mais plutôt des descriptions de situations. Des leçons d’anatomie ».

La correspondance privée des écrivains a mauvaise presse, tant auprès des éditeurs qui la considèrent, en général, comme peu rentable commercialement, qu’aux yeux du grand public qui n’y voit, au mieux qu’un intérêt anecdotique très relatif, au pire comme une sorte de voyeurisme douteux.

Peut-être Paul Auster, imaginant Ferguson, s’est-il souvenu de Rimbaud : « À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues », tant ce délire pourrait être le creuset romanesque de 4321 et de son personnage central démultiplié. Ferguson est d’ailleurs moins un personnage qu’une figure, surface de projection comme mise à distance de son auteur, un moteur fictionnel comme une interrogation de ce qui pourrait fonder une identité américaine comme notre rapport au réel.

Quand il écrit à la première personne, mieux vaut se méfier. Marseille en avait fait les frais : détruite, sans autre forme de procès, par un tsunami dans Nous trois. Faudrait-il en déduire que quand Echenoz écrit, la terre se met à trembler ?  Ça n’a pas manqué : la chute d’un satellite de belle taille, du genre discret mais efficace, ravage consciencieusement les premières pages de Vie de Gérard Fulmard.

Les années 20 s’ouvrent avec force par la parution du remarquable Le Jour où le désert est entré dans la ville de Guka Han aux éditions Verdier. Signée d’une jeune écrivaine née à Séoul et arrivée récemment en France, ce recueil de nouvelles ou bien plutôt ce roman qui fantasme différentes narratrices ou narrateurs dévoile un univers d’angoisse et de rêve d’emblée captivant, entre Volodine et Apichatpong Weerasethakul. Dans un monde de la catastrophe permanente, la langue claire et cristalline d’inquiétude de Guka Han est un des événements de cette rentrée d’hiver. Diacritik ne pouvait manquer d’aller lui poser, le temps d’un grand entretien, des questions sur cette très belle entrée en littérature.

Une séquence furtive dans un documentaire peut-elle changer le cours d’une vie, l’image qu’un fils avait de son père ? C’est la question que pose Papa de Régis Jauffret. L’écrivain voit son père arrêté par la Gestapo devant la maison de son enfance, en 1943 : 7 secondes d’un film diffusé à la télévision, La Police de Vichy. Or son père, mort en 1987, n’a jamais évoqué ce moment. Régis Jauffret se lance dans une enquête sur cet inconnu, son père.

Les années 20 s’ouvrent sur un grand roman de Jean Echenoz, l’enlevée et enthousiasmante Vie de Gérard Fulmard qui vient de paraître aux éditions de Minuit. Récit nourri de multiples rebondissements, cette vie en apparence anodine est celle de Gérard Fulmard, homme ordinaire pris dans une histoire bientôt extraordinaire, aux prises avec son psychothérapeute singulier, lui-même mêlé à un parti politique tout aussi singulier. Dans ce roman noir porté par l’énergie d’un Buster Keaton, Echenoz réinvente une célèbre tragédie racinienne où, pour la première fois de son œuvre,  la première personne domine la narration. Autant de raisons pour Diacritik d’aller à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.