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Si l’on en croit Christopher Hitchens (Dieu n’est pas grand. Comment la religion empoisonne tout, traduction d’Ana Nessun, Belfond 2009), « certains anciens Égyptiens croyaient que la sodomie était la cause des tremblements de terre. » Cela donne à penser sur la solidité de nos croyances et convictions d’aujourd’hui.

L’intimité est sacrée. C’est un « besoin vital de l’âme ». Même si Simone Weil ne l’a pas retenue dans sa liste qui en compte quinze (L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain). Selon Simone Weil, après le besoin de vérité, « plus sacré qu’aucun autre », les besoins vitaux de l’âme humaine sont, dans l’ordre où elle les expose : le passé, l’ordre, la liberté, l’obéissance, la responsabilité, l’égalité, la hiérarchie, l’honneur, le châtiment, la liberté d’opinion, la sécurité, le risque, la propriété privée, la propriété collective.

L’autre soir au métro Solférino (mon lieu de travail est sis dans un quartier chic, si vous voulez savoir, un ancien hôtel particulier du septième arrondissement, je n’en dirai pas plus, il y a tant d’envieux), une jeune femme m’a abordé. Elle portait une tablette et un sur-gilet orange, ou bleu je ne sais plus. Elle faisait une enquête. Officielle, apparemment. Elle procédait à un sondage. Pour la RATP ?

L’engouement pour ou contre les romans de Bret Easton Ellis m’est resté étranger. En furetant dans mes étagères, je suis retombé sur Les lois de l’attraction, en poche. Date d’achat : 24/5/1995. Je n’étais pas pressé. J’ai dû par la suite emprunter American psycho, et Lunar park ou Suites impériales, je ne sais plus, en médiathèque. Pourquoi s’encombrer de livres dont j’avais plus ou moins décrété par avance qu’ils me déplairaient ? Le matraquage branché avait peut-être agi sur moi a contrario : l’atmosphère de soufre pasteurisé-marketé qui entourait l’auteur nourrissant mon scepticisme,  il me fallait étayer ma réticence, au moins jeter un œil sur les pièces à conviction.

Si l’humanisme d’Albert Camus pouvait parfois paraître solennel (je le serai moi-même ici) et officiant, il n’avait pourtant rien d’une posture pour cérémonies. Aussi éloigné du cynisme que de la candeur, fondé sur un « goût violent de la justice », empreint d’une noblesse combative, l’humanisme de Camus refusait à la fois le confort des radicalismes mondains, les catéchismes révolutionnaires et le secours des horizons surnaturels.