L’écrivain coronaiste

L’écrivain coronaiste est un lointain descendant de l’écrivain ivoiriste. L’écriture s’étant démocratisée, et on ne peut que s’en féliciter, il ne se réfugie plus dans sa tour, mais dans son bureau.

Fidèle à l’enseignement de son maître en prophylaxie littéraire, le Professeur B., dont la maxime était qu’« écrire, c’est entrer dans la solitude », l’écrivain coronaiste refuse le cluster, pas question d’avoir des disciples, de fonder une école.

Quand il lui arrive de sortir de chez lui, ce qui est rare, il porte un masque sur la bouche, l’empêchant de proférer ne serait-ce qu’une parole, sa vie étant entièrement vouée à la littérature et au silence qui lui est propre. Dans son refus absolu de toute pollution, il évite la foule et garde une distance d’au moins un mètre avec les personnes qu’il croise.

De retour, après s’être lavé les mains avec une solution hydroalcoolique dont il garde secrète la composition, il s’enferme dans son bureau stérilisé, met son casque de protection, et s’assied à sa table de travail. L’attente commence. Cette attente qui « ignore et détruit ce qu’elle attend ». Cet entretien infini avec lui-même. Ce ressassement éternel.

Après un long moment, parfois une heure, parfois même plus, il recouvre, une à une, dans son « exigence du neutre », les pages blanches qui lui font face, de ces seuls mots, de ces uniques mots : « … le rien… le silence… le blanc… le rien… le silence… le blanc… »

L’écrivain coronaiste poursuit son Livre à venir.