Histoire vraie : le critique s’était promis de se désabonner d’Amazon Prime pour des raisons éthiques. Las, le Coronavirus est passé par là et, contraint forcé, on s’est résolu à revenir tuer le temps sur la plateforme de vidéo à la demande de Jeff Bezos. Avec en ligne de mire, Treadstone – Le Secret dans la peau, inspirée des livres de Robert Ludlum et déclinaison télévisée de la série des Jason Bourne sur grand écran. Séance d’attrapage (ou pas), saison 2, épisode 4.

Le Journal de Confinement de Leïla Slimani, paru hier dans Le Monde, est proprement indécent. Chacun l’ayant lu, le reconnaît. Il est indécent parce qu’il est déplacé. Il est indécent parce que, par les temps qui courent, il dit l’hébétude non des uns et des autres mais d’une bourgeoisie qui se rêve écrivain, écriture en temps de pandémie mais qui n’exhibe que sa folie de classe à l’heure où les gens meurent, les ouvriers partent travailler au péril de leur vie, où tout s’effondre.

« Chaque mot a son odeur : il y a une harmonie et une dissonance des parfums, donc aussi des mots » avançait vigoureusement Nietzsche dans Humain, trop humain pour révéler, en une alliance sans égale, combien le savoir ne pouvait procéder que de la saveur : du goût du monde laissé dans la parole ou ce qui en tient lieu.

Les lecteurs français avaient découvert Nathaniel Rich via une sidérante dystopie réaliste, Paris sur l’avenir, une alliance de mots qui n’a plus rien de paradoxal quand le climat se dérègle. Le sujet est bien de Perdre la Terre. Là est en effet l’Histoire de notre temps, sous-titre du dernier essai de Nathaniel Rich qui paraît aujourd’jui en poche aux éditions Points.

Un premier roman est toujours un événement même s’il est précédé, comme c’est le cas pour Hajar Bali, par d’autres livres. La littérature algérienne – femmes et hommes confondus – n’a cessé de s’enrichir ces dernières années. Écorces qui paraît simultanément en Algérie (Barzakh) et en France (Belfond) est un événement par la force de son propos comme par l’inattendu de son écriture, poétique et réaliste, narrative et introspective.

Il est des premiers romans qui emportent tout sur leur passage. Citons, pour notre immédiat contemporain, Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck, L’Eté des charognes de Simon Johannin ou Nos Mères d’Antoine Wauters. À cette liste on peut désormais ajouter Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, premier roman incandescent qui paraît dans la collection de poche des éditions de Minuit.

On s’était habitué, avec Maylis de Kerangal, aux tambours et aux trompettes, aux incipits de parade, à ces œuvres aux frontispices vibrants, de l’odyssée de Georges Diderot, héros de Naissance d’un pont, à la vague mythique venue du fond des âges lançant le compte à rebours poignant de Réparer les vivants.

Les histoires d’amour finissent mal, en général. Les Rita nous ont prévenus. Rien de plus banal qu’un couple qui se défait et Isaac Rosa part de ce constat, qui est aussi un défi littéraire, pour composer son roman Heureuse fin, récit à rebours d’un couple de la rupture à la rencontre, inversion de la chronique d’une fin non seulement annoncée mais initiale.

« L’enfant m’a appris à mourir. »
Claire Ponceau, L’enfant, l’étoilement.

« Tous travaillent au son qui tue.
La flèche ouvre une brèche dans l’espace et dans le temps.
La musique ouvre une brèche dans l’espace et dans le temps.
L’une et l’autre font parler la mort, accompagnent la mort. »
Pascal Quignard, Harmoniè Palintropos

Je me suis réveillé à quatre heures cinquante.