Bob Dylan vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2016. Au-delà de la surprise sur le moment (même si son nom revenait depuis des années parmi les favoris), du ballon de baudruche de la soi disant modernité qu’il y aurait à couronner la chanson (dont les liens avec la littérature remontent à la nuit des temps…), Bob Dylan, donc, ou comme l’écrivait François Bon qui donne peut-être là les clés de ce choix : « Dylan comme masque obscur de nous-mêmes.

Le 21 octobre sortira Michel-Michel Michel des Johnny Mafia, groupe phare de la scène indépendante française actuelle. L’album est radicalement post-punk, élaboré sous l’œil des figures tutélaires des Pixies, des Clash et des Ramones. Si la musique des Johnny Mafia est d’abord puissante, elle se caractérise également par l’élégance harmonique de sa composition, la maîtrise de ses effets, la recherche d’une intensité qui conjoint le bruit et la beauté des accords.

En hommage à l’immense Michel Butor qui vient de mourir, Diacritik republie cet entretien de 1993, paru dans nos colonnes le 29 février dernier.

« Génie du lieu », « inventeur d’Amérique » et « découvreur d’écriture : de La Modification à Transit, en passant par Mobile et Matière de rêves, Michel Butor auquel Frédéric-Yves Jeannet adressait la semaine dernière sa lettre anthume, n’a cessé, au gré de ses voyages au Japon, aux États-Unis, en Australie, de faire bouger l’écriture, de la mener, elle aussi, aux antipodes.

Serge Féray, qui a rencontré Nico entre 1985 et 1987, livre dans son essai un voyage éblouissant dans les sous-bois de l’univers de Nico, un tombeau en forme de chant d’amour. Ce livre réussit la gageure de sécréter une magie sœur de l’hypnose, de l’alchimie noire que dégagent les albums de Nico : The Marble Index, Desertshore, The End. À pas de loup, Serge Féray est entré dans le labyrinthe nicoesque, a sondé les innovations expérimentales que la déesse de la lune (dixit Andy Warhol) apporta à une scène rock dont elle s’éloigna pour incarner dans une texture sonore inédite ses fantômes, ses démons, son père évaporé, ses fêlures, le spectre de l’Allemagne nazie, le bruit des bombes.

La voix résonne dans le casque. The return of the Thin White Duke. La voix est à la fois présente et absente, détachée, ailleurs. Throwing darts in lovers’ eyes. David Bowie est décédé le 10 janvier 2016. Pourtant sa voix est toujours là, au présent, lançant des fléchettes dans les yeux des amants. It’s too late to be grateful, it’s too late to be hateful. Comment la voix d’un mort peut-elle exister ? Voix après la mort ? Voix vivante d’un mort ? Et qui est mort si la voix est toujours là ?

Afin d’éclairer sur l’actuel bras de fer entre les radios privées et le gouvernement, j’invite tout à le monde à (ré)écouter l’instant M du 13 juin 2016, l’émission média de France Inter, animée par Sonia Devillers. En effet depuis 22 ans, ces diffuseurs sont tenus de respecter un quota de 40 % de chansons françaises dans l’ensemble de leur programmation. Seulement voilà, seulement 10 chansons, oui 10, représentent à elles seules 70% de cette sélection. Et parmi ces 10 titres, on retrouve parfois le même interprète. Résultat, seuls Maître Gims, Louane, Soprano et consorts bénéficient d’une exposition leur permettant d’accéder mécaniquement aux meilleures ventes et aux Victoires (Universal) de la musique.

Je ne prends pas l’avion si souvent. Et quand je dois, par peur de rater l’enregistrement de mon unique bagage vaguement poussiéreux, et d’errer par suite hagard en ressassant la notion de non-lieu de Marc Augé, si éculée que je m’en veux justement d’y penser encore, je me « présente » toujours très en avance. 6 heures à peu près. 7 si j’ai une correspondance parce qu’il faut bien vérifier les étiquettes avec mon adresse dessus.