Elle entre dans sa sixième année de détention et porte un nom : Nûdem Durak. Chanteuse, kurde en Turquie, ses 32 ans fêtés voilà quatre mois ; un État l’a condamnée à passer plus de la moitié de son âge en prison. Ce nom, on commence à le prononcer sur quelques continents. C’est bien peu, face à l’appareil entier d’un État, mais ce n’est pas tout à fait rien : un prisonnier l’est sans doute moins lorsque l’on sait, dehors, qu’on l’a réduit à n’être plus que ça. Le silence fortifie les cachots plus sûrement que les barreaux – il arrive parfois que rompre le premier aide à scier ces derniers.

L’idée commune selon laquelle le coronavirus nous affecte toutes et tous sans faire de différences, hommes et femmes, jeunes et vieux, urbains et ruraux, cadres et ouvriers, riches et pauvres, est certainement utile pour susciter l’adhésion de l’ensemble de la société aux nécessaires mesures de prévention, et l’on peut comprendre, jusqu’à un certain point, que les responsables politiques l’expriment. Mais elle est profondément fausse et illusoire, car elle mène à la cécité et à l’inertie là où la lucidité et l’action devraient naturellement prévaloir. L’invoquer peut donc sembler de bonne tactique, mais il ne peut s’agir en fait que d’une mauvaise stratégie.

Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse,

Nous avons appris mercredi 29 avril, au cours de votre interview par Jean-Jacques Bourdin sur RMC et BFMTV, que vous entendiez maintenir l’oral des épreuves anticipées de français, alors même que nous savons désormais que nous ne reverrons nos élèves, au mieux, qu’en juin – étant entendu qu’entre priorisation des lycées professionnels, départements « rouges » et craintes, légitimes, des élèves et des familles face au virus, dans bien des établissements, nous ne les reverrons probablement pas.

Je vécus ainsi, un mois durant, avec la pensée toujours présente de la mort toute proche. Pour le soir, pour le lendemain à l’aube. Mon sommeil était encore troublé par des cauchemars et des secousses nerveuses qui me réveillaient en sursaut. (Henri Alleg, La Question)

L’historien a beau jeu de nous répéter qu’il est crucial de se souvenir. Cette injonction est structurellement vouée à rester lettre morte. Le récit, toute forme de récit, est désormais à bout de course. Dieu radote, on le sait. À quoi bon se souvenir ? Et se souvenir de quoi, au juste ? D’aucuns préfèrent parler des excès de la mémoire, et des bienfaits de l’oubli.

Définitions :
Chiffrer : Évaluer, fixer le chiffre de…
Liste : Série d’éléments analogues (noms, mots, chiffres, symboles…) mis les uns à la suite des autres…
Texte :
M’est venu à l’esprit cette idée de la liste à quoi s’ajoute cette autre idée, du chiffrement. Il est entendu qu’il est question ici de calculs, de quantités liées à l’alimentaire. Ce qui nous introduit dans le paysage apparu sur le mode de l’énumération et de la description.  

Pour réaliser cet article, je me suis appuyée sur ce que j’ai noté et observé lors de mes actions de bénévolat à Montpellier. J’ai également réalisé des entretiens téléphoniques avec une bénévole ayant aidé pour la préparation de colis livrés dans des squats et bidonvilles ainsi qu’avec une salariée du Secours Catholique.
J’écris cet article car mes valeurs s’entrechoquent en ces temps de confinement. Il me faut poser les choses.

« Nous avons connu nous aussi notre printemps silencieux. Le ciel était sans avions, la mer était sans bateaux. Les centre-villes étaient déserts comme les forêts de France. La peur terrait l’homme chez lui, l’obligeant à vivre la vie qu’il impose aux animaux. Il ne sortait qu’en tremblant, le regard fuyant, pour de brèves courses. Comme les bêtes au fond des bois ou les rats dans les égouts, il apprenait la discrétion. Quelque chose respirait. Les choses reprenaient leur cours. — La Terre dut croire que son cancer entrait en phase de rémission.

Les poèmes de Perrine Le Querrec brisent un silence. Le programme est présenté d’emblée dans un avant-propos en forme de journal : à Louviers, où elle est en résidence dans la Villa Calderón, l’autrice recueille les paroles de femmes qui ont subi des violences « conjugales, sexuelles, psychologiques, violences humaines, violences de la société, la violence et ses nombreux visages (…) ».

Le déphasage peut paraître cruel : voici un intrus qui vient défier le jeu démocratique parce qu’il accroît sa virulence juste au moment des élections ; qui se permet de paralyser le libre jeu du marché en fermant quelques bourses ; qui interrompt brutalement le temps long et évolutif de l’apprentissage en fermant les écoles et universités, bloquant les examens et les concours. L’interférence de ces lignes de vie incompatibles bouleverse les équilibres sensibles de nos modes d’être au monde.

Toutle monde parle de « l’après ». « Après ne sera plus comme avant », promet-on un peu partout. Comment sera le monde « d’après » ? De quoi sera fait le jour « d’après » ? Tous les médias regorgent de spéculations sur « l’après ». Sera-t-il différent de « l’avant », et en quoi ? Ou sera-t-il la duplication frénétiquement relancée de cet « avant » dont tout le monde semblait pourtant s’accorder pendant un (court) moment à penser qu’il était bien mal parti, et qu’il nous menait tout droit à la catastrophe ?

Le 11 mai n’aura sans doute pas lieu. Chacun s’accorde désormais à le reconnaître. Après avoir fait miroiter la réouverture des écoles le 11 mai 2020, tous se rendent compte de l’impossibilité matérielle de ce scénario catastrophe dont même aucun producteur hollywoodien ne voudrait. A l’absence d’avis sanitaire non plus que scientifique fondé pour appuyer l’injonction présidentielle de réouverture, les sénateurs qui ont auditionné le ministre blanquer ont ajouté un nouvel et important grief : l’absence totale de projet pédagogique.