En matière d’ouvrage de poésie, on le sait, soit on a affaire à un recueil — choix, suites et séries plus ou moins concertées de poèmes —, soit à un livre pensé en tant que tel, c’est-à-dire à une forme, à un tout, plus qu’à un objet, dont l’intention globale prête au geste d’écrire son empan tout en esquissant l’hypothèse de ses lignes de fuite.

Le Journal de Confinement de Leïla Slimani, paru hier dans Le Monde, est proprement indécent. Chacun l’ayant lu, le reconnaît. Il est indécent parce qu’il est déplacé. Il est indécent parce que, par les temps qui courent, il dit l’hébétude non des uns et des autres mais d’une bourgeoisie qui se rêve écrivain, écriture en temps de pandémie mais qui n’exhibe que sa folie de classe à l’heure où les gens meurent, les ouvriers partent travailler au péril de leur vie, où tout s’effondre.

« L’enfant m’a appris à mourir. »
Claire Ponceau, L’enfant, l’étoilement.

« Tous travaillent au son qui tue.
La flèche ouvre une brèche dans l’espace et dans le temps.
La musique ouvre une brèche dans l’espace et dans le temps.
L’une et l’autre font parler la mort, accompagnent la mort. »
Pascal Quignard, Harmoniè Palintropos

Je me suis réveillé à quatre heures cinquante.

D’ordinaire, j’aime bien laisser les cuistres végéter dans leur ignorance et patauger dans le pédiluve de leurs idées toutes faites. En temps normal, j’apprécie de ne pas voir relayés les propos des incontinents notoires qui n’ont rien de mieux à faire que de venir se répandre par le truchement de la surface médiatique qu’on leur accorde si généreusement. Mais nous ne sommes pas en temps normal, nous avons dépassé la « normalité » depuis bien longtemps, depuis que l’on prend les essayistes de plateau pour des intellectuels, les polémistes professionnels pour des résistants ou les cons pour une fatalité.

La 45e cérémonie des César a donné à voir la représentation que l’industrie du cinéma français produit d’elle-même et se donne d’elle-même. Cette représentation était pathétique, elle n’était rien. Une longue agonie, une série d’individus sans talents, sans intelligence, des « récompenses » (comme à l’école, comme on récompense un chien qui a été a good boy) de ceci ou de cela mais qui tombent à plat puisque l’on se rend bien compte que ce qui est reconnu sonne creux.

Comment qualifier la cérémonie des César 2020, sinon par un mot : HONTE.
Merci à Adèle Haenel qui a prononcé ce mot, le seul possible, en quittant la salle Pleyel. Merci à celles et ceux qui ont quitté la salle derrière elle. Merci aux militant.e.s qui ont manifesté devant la salle.
Nous republions l’article que Joffrey Speno avait consacré au film, majeur, de Céline Sciamma.

Bernard Pingaud est mort le mardi 25 février à Collias où il résidait depuis une vingtaine d’années. Né à Paris en 1923 dans un milieu bourgeois, normalien, secrétaire des débats à l’Assemblée nationale puis conseiller culturel auprès de l’ambassade de France au Caire, c’est par ses activités littéraires que Bernard Pingaud s’est fait connaître.

Du 27 février au 1er mars 2020, à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou se déroule le festival Effractions, centré sur les écritures du réel (autofictions, journalisme narratif, non fiction novels, exofictions etc.). Rencontres, ateliers, tables rondes, lectures et performances seront autant de manières d’interroger l’articulation du réel et de la littérature (récit, poésie).

Anouar Rahmani est un jeune écrivain algérien et défenseur des droits humains. Dans ce qu’il écrit, il milite pour la liberté individuelle, pour l’environnement, pour les droits des minorités LGBT+ en Algérie. A la suite de son interpellation par la police et d’un interrogatoire portant sur ses critiques de certains membres du gouvernement algérien, sur sa religion et ses partis pris politiques, il est convoqué par la justice ce 17 février. Entretien avec l’écrivain Abdellah Taïa.

« Pour moi, Claire Bretécher est aussi importante que Guyotat. Ils sont nés d’ailleurs tous deux la même année » : c’est par ces mots que Christian Rosset a accompagné son hommage, tout sauf une nécrologie, des « notes » écrites en 2014 et publiées dans Éclaircies sur le terrain vague (L’Association), sur son art unique « de tenir à distance tout en touchant au plus près ».