Les livres de Cécile Mainardi sont faits de la rencontre des mots et des choses, chaque livre est le lieu de cette rencontre qui est leur objet même, leur matière. Cette rencontre est plus compliquée que cela puisque les choses sont aussi emplies de mots et que la langue est également habitée par les choses auxquelles elle se réfère. Dans les livres de Cécile Mainardi, la rencontre n’est pas un accord mais serait comparable à des superpositions, des glissements des uns dans les autres, à une différenciation là où nous percevions une homogénéité, des ensembles cohérents et évidents.

Claude Simon (1913-2005), victime malgré lui d’un canular réactionnaire

Claude Simon, ce serait, décidément, mort ou vivant, l’éternelle bataille de la phrase. Telle serait la conclusion hautement morale et finement désabusée qui viendrait conclure le canular dont chacun depuis lundi s’émeut : deux amis, Serge Volle, écrivain et peintre de 70 ans et un « ami écrivain très connu dont Volle ne veut pas dire le nom » affirment qu’aucun éditeur aujourd’hui « n’accepterait de publier Claude Simon ». Décision est alors prise d’envoyer 50 pages du Palace, roman de Claude Simon, à « dix-neuf éditeurs, petits et grands ». Le constat est sans appel : sur les 19 éditeurs dont le nom demeure un mystère dans l’histoire de l’humanité, 7 ne prennent pas la peine de répondre quand 12 le refusent au prétexte notamment de « phrases sans fin… qui font perdre le fil au lecteur ». La démonstration serait donc faite, et elle prendrait les allures d’un crime de lèse-majesté de la Littérature même : le Prix Nobel de 1985 ne pourrait plus être publié en 2017.

Sylvie Blocher (photographie Antoine Idier)

                                                                                                                                                                                          

À l’invitation de la Triennale d’art contemporain SUD2017, une œuvre éphémère de Sylvie Blocher a été posée mercredi 6 décembre sur un carrefour de Douala au Cameroun. Sylvie Blocher y présentait ses excuses pour les exactions commises par la France pendant la période coloniale. L’œuvre devait rester quelques jours en place mais a été détruite jeudi 7 décembre par un activiste, Blaise Essama, à la suite d’une campagne instrumentalisée par la radio-télévision Équinoxe et qui a passé sous silence le projet de l’auteur, au profit d’enjeux politiques locaux. Des discussions publiques passionnées ont débuté, certains soutenant, d’autres contestant les intentions de Sylvie Blocher, mais ouvrant en tous les cas un espace de réflexion sur l’histoire coloniale, l’occultation des questions mémorielles dans la société et l’espace public camerounais, et la reconnaissance par la France de ses crimes.
Le texte « L’art du coup d’État » a été écrit avant ces événements.

L’écrivain camerounais Patrice Nganang est porté disparu depuis mercredi

Monsieur le Président de la République,

Vous vous intéressez à l’Afrique. Il y a peu vous vous êtes rendu sur le continent africain. Vous y avez affirmé avoir le souci de l’avenir sans chercher à reconduire les pratiques néocolonialistes anciennes.

Yvonne Abraham

Abattement, consternation, humiliation, voilà quelques-uns des vocables qui sont venus à l’esprit en évoquant l’élection de Trump, le 8 novembre 2016. Yvonne Abraham, éditorialiste du célèbre Boston Globe, a résumé tout cela avec élégance et grand talent, dans un éditorial qui a fait grand bruit, il y a un peu plus d’un an et qui demeure d’actualité.

Jean-Michel Blanquer, farouche opposant à l’écriture inclusive, jugée « très laide »

Depuis quelques jours en France, se dévoile le théâtre désastreux de la misère impondérable de la Réaction politique qui, chose cependant assez nouvelle dans l’histoire immédiate, s’attache pour une fois à l’usage de la langue et à son renouvèlement par l’écriture inclusive. De fait, depuis bientôt un mois, de Jean-Michel Blanquer en passant par Édouard Philippe, chacun (des hommes) fustige l’usage de cette écriture inclusive en se réclamant d’autorité d’un usage unique et normé de la langue, celui rappelé il y a peu par la toujours déjà moribonde Académie française, toujours prompte à sortir de son cénotaphe de la rive gauche pour venir annuler toute forme d’émancipation.

Photo de couverture de l’album Canti delle donne in lotta, Fufi Sonnino e Yuki Maraini, 1976

Vous sortez du silence. Vous sortez de l’anonymat. Vous sortez de vos cuisines, de vos chambres, du carré clos de vos bureaux pour dire les abus dont vous avez été et vous êtes victimes. Continuez à le faire. Continuez à ne pas vous oublier. Car si ce n’est pas vous qui prenez la place qui vous est due dans ce monde, personne ne le fera pour vous.

C’est la révolution en acte du plus négligé des Lumpenproletariats de l’Histoire : les femmes. C’est le Lumpenproletariat que l’on ne veut écouter car c’est celui qui aurait sans doute le plus de pouvoir parmi tous. Il faut donc que la lutte continue, que ces années 1970 qui ont commencé à nous libérer, perdurent. Les hashtags #balancetonporc et #moiaussi sont ainsi les bienvenus s’ils permettent aux femmes de ne plus vivre dans la honte du viol et du harcèlement sexuel.

Je suis donc ce qui se dit, ce qui s’écrit, ce qui se fait sur cette déferlante. Et je m’engage aussi. Comme chacune d’entre vous, j’ose l’espérer.

On savait depuis longtemps que les produits de restauration rapide vendues dans la chaîne des inventeurs de Harry ne sont guère recommandés ni recommandables pour la santé physique, on savait également que, sous couvert de terminologie plus que douteuse, les « équipiers » sont très souvent des salariés exploités et peu considérés, on sait aussi désormais que McDonald® n’est pas vraiment une source de renforcement démocratique pour les pays dans lesquels ils s’installent. Le 8 décembre 1996, le célèbre journaliste américain, éditorialiste au NYT et trois fois récompensé par le prix Pulitzer pour la qualité de ses enquêtes, Thomas Friedman, avait noté et remarqué, au terme d’un long travail d’investigation, que jamais, à la surface de la planète, deux pays qui ont des restaurants McDonald® ne sont entrés en guerre l’un contre l’autre.

 Eigg, voilà un nom qui risque fort de rien évoquer de ce côté-ci de la Manche et fort peu, en vérité, de l’autre côté, sauf à ceux qui seraient fâchés avec l’orthographe et seraient tentés d’associer ce vocable à un composant du typical English breakfast. Eigg — à prononcer eiké —, équivalent sémantique de island donc en gaélique, est une petite île écossaise de l’archipel des Hébrides, au sud de Skye, détail non négligeable pour les amateurs de whisky, dont la superficie est de 31 km2 (9 km du nord au sud et 5 d’est en ouest), point culminant 393 m, 105 habitants en 2015, bref des chiffres qui ne donnent pas nécessairement le vertige. On notera que Eigg est dans le vent, dans tous les sens du terme, puisqu’elle produit 100% de son électricité à partir d’énergies renouvelables. Alors à quoi bon s’intéresser à ce caillou perdu aux confins de la mer d’Irlande et de l’Atlantique Nord ?

Yambo Ouologuem, août 1971 à Copenhague
© AFP Files / AFP

A 77 ans, le 14 octobre dernier, à l’hôpital de Sévaré, dans la région de Mopti au Mali, l’écrivain Yambo Ouologuem est mort, laissant derrière lui – malgré lui ? –, un des romans phares de la littérature africaine, tous pays confondus, Le Devoir de violence. Né le 22 août 1940 à Bandiagara (pays Dogon), il fut lauréat du prix Renaudot en 1968, l’année de la parution du roman. Acclamé par la critique, il fut, quelque temps après, vilipendé pour cause de plagiat. L’écrivain publiait, coup sur coup en 1969, deux autres ouvrages : l’un sous son nom, Lettre à la France nègre et l’autre sous le pseudonyme de Utto Rodolp, Les Mille et une bibles du sexe. Si ces deux ouvrages sont à consulter, il ne fait pas de doute que ce qui fait la pérennité de son œuvre et la célébrité attachée à son nom est bien son roman : le jury ne s’était pas trompé en lui octroyant le prix Renaudot qu’il était le premier Africain à recevoir !

George Saunders

George Saunders, écrivain américain, né au Texas en 1958, est encore largement méconnu en France. Il vient de recevoir le Man Booker Prize 2017 pour Lincoln un the Bardo, non encore traduit en français. (Lire ici l’article de Jean-Louis Legalery).
Dix décembre est son dernier livre, un recueil de nouvelles, paru en France en 2015, aux éditions de l’Olivier.