L’oubli du fascisme. Des millions de morts juifs. L’oubli des millions de morts communistes, tziganes, homosexuels, fous. L’oubli de la mort comme politique. L’oubli des corps battus, brûlés, gazés, fusillés. L’oubli des corps torturés. L’oubli que Jean-Marie Le Pen a commencé sa carrière en éditant des chants nazis. L’oubli que les fondateurs du FN sont des nazis, des collaborateurs, des pétainistes, des négationnistes. L’oubli que les piliers historiques du FN sont toute l’extrême-droite française, les néofascistes et néonazis français et européens. L’oubli du racisme et de l’antisémitisme. L’oubli du fascisme comme politique actuelle. L’oubli que la politique du FN est une politique de mort.

Parce qu’on ne peut laisser dire n’importe quoi, ce midi, au Journal de France 2, on a pu entendre de la bouche de la journaliste Marie-Sophie Laccarau une phrase, pas même une phrase, un mot simple au sujet de la nomination fantoche de Jean-François Jalkh à la présidence du FN – un mot terrible d’irresponsabilité et d’horreur consentie : évoquant l’horrible polémique de 2005 où l’homme avait déclaré que le gaz, Zyklon B, n’avait pu être utilisé dans les chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale, la journaliste parle de « propos sulfureux ». On ne peut être qu’atterré.

Le dessin de la semaine de Rodho. Élection présidentielle 2017 : le Kennedy émoi…

Ce vendredi 21 avril, à l’initiative d’Edith Heurgon, Mireille Calle-Gruber et Marc Avelot, aura lieu à l’université Paris 3 un forum en hommage à Jean Ricardou, ardent défenseur du Nouveau Roman, réunissant chercheurs et écrivains afin d’honorer la mémoire du théoricien et de relancer dans l’énergie critique du contemporain son considérable héritage.

Je ne suis pas votre nègre

M ardi prochain, Arte diffuse un exceptionnel documentaire sur la question raciale, Je ne suis pas votre nègre, signé Raoul Peck (L’École du pouvoir, Lumumba) à partir de textes de James Baldwin.
En juin 1979, l’écrivain noir américain prépare un livre, le récit des vies et assassinats de Martin Luther King, Medgar Evers et Malcolm X, des années 50 à 1968. Mais Baldwin meurt en 1987 sans avoir achevé son projet. Seul demeure un manuscrit d’une trentaine de pages, Notes for Remember this House, que sa sœur, Gloria Karefa-Smart, confiera à Raoul Peck qui en fait la colonne vertébrale du documentaire, avec JoeyStarr en voix française de James Baldwin.
Le documentaire sera par ailleurs en salles à partir du 10 mai 2017.

Dans le sillage de la parution de son remarquable Livre de la Faim et de la Soif, Camille de Toledo présentera ce mercredi 19 avril à 20h l’épisode 8 de son Histoire du vertige à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net.
Dans ce huitième épisode, l’écrivain entamera une réflexion sur Tandis que j’agonise de Faulkner, sur la multiplication des points de vue, sur le cercueil d’Ismaël – à la fin de Moby Dick – et sur la manière dont le cercueil continue de se construire dans le « Tandis que j’agonise », comment s’organise une vie dans « l’après », quand la fin est déjà finie et que tout se poursuit.

Le dessin de la semaine de Rodho. Indécis : après Pâques, la chasse aux eux continue.

 

Cinéma © Ch. Marcandier

Alors que la sélection du festival de Cannes vient de tomber, on peut déjà être sûr d’une chose : la sélection est décevante, incomparablement moins bonne que la précédente. Comment puis-je le savoir ? Parce que chaque année, les mêmes journalistes répètent exactement la même leçon : « cette année, c’est moins bien que l’année dernière ».

Ce soir, 5 avril 2017, l’émission Le téléphone sonne, sur France Inter, s’interrogeait sur la place de la culture dans la campagne présidentielle, avec une question en guise de titre : « La culture, grande absente de cette campagne présidentielle ? » Je ne parlerai que d’un point, mais d’un point majeur, comme l’ont admis les trois invités de l’émission : l’éducation artistique. L’importance de la chose fait tellement consensus qu’il importe peu de préciser qui, de Jean-Jacques Aillagon, Patrick Bloche et Hervé Gaymard, soutient quel candidat.

Anthropologue de notre modernité, Mélanie Gourarier a enquêté sur un bien curieux phénomène : la « Communauté de la séduction », une internationale antiféministe qui s’est répandue depuis les États-Unis pour gagner ensuite la France et autres lieux. Ses adeptes se rencontrent en petites confréries dans les villes ; ils se placent sous la conduite de coachs qui leur enseignent en « professionnels » des techniques séductrices dans le but, clairement clamé, de faire que les hommes reprennent l’ascendant sur l’autre sexe dont ils estiment qu’il est devenu dominant. Ainsi se sont formés des clubs qui se soumettent à un apprentissage soutenu sur la meilleure manière de draguer les femmes dans des lieux plus ou moins publics pour les conduire au partage sexuel mais sans aller nécessairement jusque là.

Le dessin de la semaine de Rodho. Tant de paroles et de cerveaux disponibles.

Pinar Selek

Aujourd’hui, lundi 10 avril 2017, ils sont plus de 160 journalistes emprisonnés en Turquie. Nous n’acceptons pas. Au milieu de cette tragédie politique, des grèves de la faim et des tortures en prison, 28 auteurs et écrivains sont eux aussi emprisonnés ou menacés de l’être.
Nous n’acceptons pas. Cette liste, inacceptable, interminable, est une réponse à l’appel qu’Aslı Erdoğan avait lancé depuis la prison des femmes d’Istanbul, en décembre 2016 : « De nombreux signes indiquent que les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage à proximité. La “crise démocratique” turque, qui a été pendant longtemps sous-estimée ou ignorée, pour des raisons pragmatiques, ce risque grandissant de dictature islamiste et militaire, aura de sérieuses conséquences. Personne ne peut se donner le luxe d’ignorer la situation, et surtout pas nous, journalistes, écrivains, universitaires, nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression. »