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Je ne prends pas l’avion si souvent. Et quand je dois, par peur de rater l’enregistrement de mon unique bagage vaguement poussiéreux, et d’errer par suite hagard en ressassant la notion de non-lieu de Marc Augé, si éculée que je m’en veux justement d’y penser encore, je me « présente » toujours très en avance. 6 heures à peu près. 7 si j’ai une correspondance parce qu’il faut bien vérifier les étiquettes avec mon adresse dessus.

PJ Harvey
PJ Harvey

The Hope Six Demolition Project est un album mat.

Par-delà le credo rock qui lui permit au début des années 1990 de signer parmi les chansons les plus marquantes de l’époque, de 50th Queenie à Meet Ze Monsta, PJ Harvey depuis White Chalk (2007) qui fissura les anciens murs de guitares post-punk pour ouvrir la voie à des mélodies moins âpres, est partie en quête d’une écriture de la note juste. Mais avec le merveilleux Let England Shake (2011) et maintenant ce neuvième album studio, The Hope Six Demolition Project, c’est le monde qu’elle annote, l’évocation des conflits du Kosovo et de l’Afghanistan, ainsi que de la misère d’un quartier de Washington succédant à celle de la Première Guerre mondiale dans l’opus de 2011. Ici, chant et musique résonnent d’ailleurs en écho aux photographies de Seamus Murphy, avec qui elle avait publié en 2015 un recueil de poèmes, The Hollow of the Hand. Par ce geste artistique pluriel, PJ Harvey interroge crûment la place et le rôle des œuvres littéraires, musicales ou plastiques dans notre chaos contemporain.

Graffiti, Lyon — Photo : Arno Bertina
Graffiti, Lyon — Photo : Arno Bertina

« J’ai une maladie, je vois le langage« .

L’affection est partagée, et se répand sur Internet comme un virus : taper « Graffiti » dans le moteur de recherche de FlickR ou d’Instagram, ces plateformes de partage de photos sur le Net, c’est risquer la surchauffe du système, l’incendie du hashtag, tant sont nombreux les groupes constitués autour de ce centre d’intérêt. Pourquoi l’univers numérique, dont on se plaît constamment à décrire l’immatérialité supposée, recueille-t-il avec tant de soin, cette écriture à même les murs que sont les graffiti ?