Chantal Ackerman
Chantal Ackerman

Dans les dernières images traversées d’obscurité de La Captive, sans doute l’un de ses plus beaux films, pareil à un cristal de douleur, Chantal Akerman laisse l’écran vide, le fait se perdre hagard dans la solitude d’une nuit sans trêve, de celle qui vient à la jeune Ariane, l’Albertine dont Simon perd le fil, qui se jette, elle de sa toute sa solitude, dans une mer d’encre noire où de son nom ne résonnent plus que les vagues qui l’emportent. Sans doute cette nuit, aussi soudaine qu’ample de détresse, est-elle venue aujourd’hui à Chantal Akerman dans une explication qu’aucune explication ne saurait résumer comme le départ d’Ariane, toujours entre la disparition suspendue et la mort sans trêve, dans le terme révoqué et désormais à jamais provisoire d’une œuvre parmi les plus exigeantes et les plus accomplies du cinéma français, elle qui l’a toujours fait osciller entre intime cinéphilie et expérience de soi, absolue et sans répit, jusqu’à la destruction, jusqu’au cinéma, jusqu’au noir de l’image, jusqu’au suicide.

Garrel1Dans un bar du 10e arrondissement, au cœur de la trame légère et bientôt grave des Chansons d’amour de Christophe Honoré, Ismaël, interprété par Louis Garrel, lance à Julie et Alice, les deux compagnes de son ménage à trois, qu’en dépit de leurs rires et doux complots contre lui, elles auront beau faire : « La Guerre à trois n’aura pas lieu ». Si cette formule, toute d’élégance et de brio, vient accompagner le cinéma de Christophe Honoré, sans doute pourrait-elle, à l’évidence, se tenir plus particulièrement à l’orée du premier long-métrage de Louis Garrel Les Deux Amis dont elle éclaire le gracieux triangle amoureux, entre quadrature du cercle et impossibles mais tendres lignes parallèles.

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Le cinéphile un peu lucide sait qu’il est souvent la première personne à qui l’on demandera, « Y a quoi à voir au cinoche en ce moment ? » et la dernière que l’on écoutera. Parce que, selon une légende urbaine, il aime l’ennui, le bruit des aiguilles d’une montre, les films où l’on engage la conversation avec un extraterrestre plutôt que de se contenter d’une baston.
Cette rubrique ne dérogera pas à la règle.

Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015
Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015

Youth est un cinéma qui a besoin d’oxygène. Comme le vrai-faux Maradona (Roly Serrano) qui apparaît dans ce dernier film de Sorrentino. L’ancienne star du football désormais obèse, ne peut en effet se déplacer qu’avec un appareil à souffle portable pour suppléer à ses problèmes respiratoires. Maradona n’est pas la seule figure qui sature le film, il y en aura d’autres, d’autres apparitions qui ajoutent du kitsch narratif à cette pellicule asphyxique : la Reine Elisabeth, Miss Univers, Hitler, la pop star Pamela Faith (la vraie), un moine bouddhiste qui lévite. Pour parler la langue de Youth : Youth is too much et c’est de cela qu’il se tue. D’autant plus que le réalisateur ne cesse d’asséner des vérités philosophiques hautes en poncifs, et de nous les donner en pâture à coups de sketch qui s’insèrent dans des séquences temporelles plus dilatées, suspendues, cherchant à atteindre un air fellinien.

Roland Barthes, 1978 — Photo : Sophie Bassouls / Sygma / Corbis

Dans les dernières minutes du splendide documentaire que Chantal Thomas et son frère Thierry Thomas consacrent tendrement à Roland Barthes, on entend le sémiologue revenir sur les raisons qui l’ont conduit à s’intéresser à la photographie dans La Chambre claire, son ultime essai :