Patrice Chéreau, un musée imaginaire (visite virtuelle)

Après avoir rouvert définitivement l’exposition de la BNF Les écritures de Roland Barthes, Diacritik vous propose une visite virtuelle de Patrice Chéreau, un musée imaginaire, qui a fermé ses portes le 18 octobre 2015. Nous voici dans les salles de la Collection Lambert, en Avignon, le week-end même de la fermeture.

Première exposition consacrée à Patrice Chéreau, ce musée imaginaire se déployait en plusieurs salles, selon un ordonnancement chronologique (et plus thématique dans les dernières salles) :

Les salles 1 et 2 sont centrées sur les années de formation — l’enfance et les parents peintres et illustrateurs, le lycée Louis-Le-Grand puis la Sorbonne et les premières mises en scène, la rencontre avec Jean-Pierre Vincent, la manière dont Chéreau rature le nom de la troupe du lycée pour y poser le sien, geste sidérant :

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dans les vitrines, des documents, archives, photographies, des exposés, notes de mises en scènes, au mur des tableaux, des films. Tout est Chéreau, tout ce qui compose cet être multiple et sans doute en partie insaisissable, les lectures, les amitiés, une passion absolue, immédiate, du texte.

La Salle 3 est une focale sur les années Sartrouville (1966-1969), la troupe, la compagnie, le travail avec Jean-Pierre Vincent, la manière de faire entrer le théâtre dans la ville, ses théâtres, ses entreprises. Le nom de Richard Peduzzi apparaît, en creux la manière dont l’œuvre de Chéreau sera construite sur des amitiés, des complices. Tout n’est pas si simple, les dettes contractées par Chéreau sont énormes (il ne finira de rembourser qu’en 1981). Chéreau apparaît en Trotski dans un film de Jacques Kébadian (1967), en mai 68 son agenda est quasi vide : il est dans les rues.

La Salle 4 nous fait passer du Piccolo theatro au TNP (1969-1982). C’est le départ pour Milan, l’opéra. Puis le Théâtre de la Cité de Villeurbanne à l’invitation de Planchon, devenant le TNP (1972), la mise en scène de La Dispute de Marivaux.

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Dans la salle 5, la Tétralogie de Wagner (1976) à Bayreuth, puis Peer Gynt en 1981 (salle 6), et, dans la salle 7, Les Amandiers — le refus de diriger l’Odéon, le choix d’une ville de banlieue, d’une nouvelle aventure expérimentale, à Nanterre — et les années de travail avec Bernard Marie Koltès, son exact contemporain. Le visiteur croise Pascal Greggory, des lettres de Genet (avec la mise en scène des Paravents à l’Odéon en 1983)

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Dans cette même salle, des photographies de Mappelthorpe, dont un tirage appartenant à Pascal Greggory, mais aussi des tableaux de Géricault, Ingres, Basquiat, un imaginaire pictural qui nourrit les mises en scènes de Patrice Chéreau.

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Salle 8, L’Homme blessé (1983), scenario d’Hervé Guibert, Cannes, le Sida. Salle 9, un film fantôme Napoléon. Puis salle 10, les Amandiers de 83 à 90, les années Shakespeare en salle 11 (1970-1983-2013). Les dernières salles sont centrées sur La Reine Margot, les dernières notes, les affiches des films.

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On reprochera à cette exposition son decrescendo, la raréfaction des documents sur Chéreau, à partir de la salle 10 au profit de témoignages, œuvres d’autrui. Certes, le visiteur comprend qu’il s’agit de rendre une disparition progressive, de mener vers la mort, de montrer combien désormais cette œuvre nourrit d’autres imaginaires, d’autres mises en scène, d’autres livres.

Malgré ce bémol, rendons justice à Éric Mézil, directeur de la Collection Lambert et commissaire de cette exposition. Les documents inédits foisonnent, les plongées dans les obsessions artistiques de Chéreau sont d’une richesse inouïe, cette exposition est un tombeau, au sens le plus littéraire du terme, le recueil collectif d’une œuvre immense, à jamais en nous, vivante.

Sur Patrice Chéreau, deux articles dans les pages du magazine :
Les agendas de Barthes et Chéreau, à lire ici
Patrice Chéreau, J’y arriverai un jour (Actes Sud), à lire ici

Et nous reviendrons, dans les jours qui viennent sur l’exceptionnel catalogue de l’exposition publié chez Actes Sud, Patrice Chéreau, un musée imaginaire, 383 p., 42 €

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