Deux ans après son film Va toto ! qui dépeignait le tendre attachement que sa voisine Madeleine développait pour un marcassin sauvé des chasseurs, Pierre Creton continue avec Le bel été de creuser le sillon – à l’instar de son activité d’ouvrier agricole – d’un cinéma authentique, comme un temps et un lieu de refuge, à l’abri de la bêtise, de la brutalité, de l’accélération dictée par le capitalisme.

La rencontre que Jean-Clet Martin opère dans Ridley Scott. Philosophie du monstrueux, est plurielle : rencontre avec le cinéma, avec les films de Ridley Scott, mais aussi rencontre avec des Aliens, des androïdes, des vivants aux confins de la vie, des types d’image ouvrant sur d’autres mondes. Ces rencontres permettent à Jean-Clet Martin de relancer les dés de la philosophie, de reconfigurer la table sur laquelle vont être disposées des façons nouvelles de penser, de poser des questions, de réunir des concepts. Vont ainsi apparaître des manières nouvelles de vivre et de créer. Entretien avec Jean-Clet Martin.

Le monde entier est un théâtre, et tous les femmes et les hommes seulement des acteurs, et un homme dans sa vie joue différents rôles…
William Shakespeare, Comme il vous plaira

Marco Bellocchio est l’un des grands maîtres du cinéma mondial. Là où d’autres peuvent se reposer sur un système, souvent avec succès (voir le dernier Ken Loach, énième variation, brillante, du genre qui a fait sa réputation), Bellocchio reste insaisissable. Au lieu de nous éclairer sur sa cinématographie, chaque film est l’occasion de nous surprendre et de nous mettre en face de la grande complexité d’une œuvre singulière et d’une rare diversité.

La Draille des Seynes, par le collectif « De quoi on se mêle », organise chaque année un parcours et un forum citoyen. Le « Forum de la Draille » était consacré cette année en partie à l’actualité des sorcières, des pratiques alternatives de soin, et de répressions des femmes. Artistes et chercheurs sont invités à se rencontrer le long de la draille, par le collectif particulièrement dynamique des habitants de Belvezet. C’était l’occasion de redécouvrir le film Häxan de Benjamin Christensen – proposition étonnante d’incarnation des fantasmes machistes pour mieux les dénoncer.

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Je fais partie de ceux – probablement une minorité parmi les spectateurs – qui sont sortis l’esprit libre de la projection de The Dead Don’t Die, treizième film de Jim Jarmusch (quinzième, si on compte ses deux documentaires, Year of the Horse et Gimmie Danger), programmé en ouverture du dernier Festival de Cannes (et simultanément dans de nombreuses salles de l’hexagone). Libre signifie dégagé de tout souci d’en faire la critique “à chaud”.

En lien avec le 29e Salon de la Revue qui se tient le 11, 12 et 13 octobre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, innervent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Baptiste Jopeck et Pauline Rigal autour de leur splendide revue Les Saisons.

Le bonheur dans l’amour, disait Proust, est un état anormal. Peut-être est-ce cette terrible et tranchante loi qui résonne aux oreilles de Richard lorsqu’il découvre, un soir, que Maria, sa femme depuis bientôt 20 ans, le trompe. Mais sans doute s’agit-il également ici d’une loi fondatrice du cinéma de Christophe Honoré qui, avec Chambre 212, son splendide nouveau film qui vient de sortir, invente une manière neuve de vaudeville qui entend, par tous les moyens, retrouver l’état anormal dans lequel jette l’amour.

On sait depuis les Batman de Tim Burton, et notamment son superbe deuxième opus Le défi, qu’il ne faut pas plus mépriser les films de super héros que les westerns il y a quelques décennies. Il aura fallu du temps pour que certains admettent que chez Ford, Hawks, De Toth et les autres, le film de genre se confond avec le film d’auteur — et on peut même toujours préférer un blockbuster réussi à un mauvais film d’auteur. Avec Joker, la question ne se pose plus.

On s’assied dans l’obscurité et malgré le couple, le rang devant soi, qui plonge à deux mains généreuses dans un sachet de bonbons, et ce trio, derrière soi, qui fait la même chose avec un enthousiasme tout équivalent (et j’en profite pour poser la question essentielle de ce texte : quand inventera-t-on enfin des emballages de bonbons silencieux ?), on s’abîme vers les étoiles en compagnie de Brad Pitt.

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L’édition restaurée en Blu-ray et DVD chez Carlotta des trois premiers long-métrages en 35 mm de Jean-Claude Brisseau, Un jeu brutal, De bruit et de fureur et Noce Blanche, nous permet – il était temps ! – de reprendre lien avec une des œuvres majeures du cinéma français de ces quarante dernières années

Comme un véritable cadeau enchanteur, Chemins, le film que Martine Rousset réalise en 2014, fut offert aux spectateurices en épilogue à la dernière édition des États généraux du film documentaire de Lussas. La projection contrariée par des problèmes techniques l’an passé eut finalement lieu ce soir-là. Un événement. Car les projections sont aussi uniques que l’œuvre d’une cinéaste travaillant depuis 1977 la pellicule et les expérimentations.