Dans la compétition que se livrent ces jours-ci le chagrin, la colère et l’effroi, on avoue avoir esquissé un sourire en apprenant que le colloque consacré, en Sorbonne, aux quarante ans de Surveiller et punir se trouvait reporté « pour raisons de sécurité ». Non que les impératifs de protection et de surveillance aient manqué de sérieux, au contraire : c’est l’actualité des questions dont Foucault entreprenait, voici quarante ans, la généalogie, c’est le retour des enjeux de sécurité au cœur de la raison politique qui contraignit les organisateurs à différer l’étude d’un livre dont c’est tout le propos.
Diacritik
Retour dans le passé avant de repartir de l’avant. Parce que oui, « il faut continuer »…
Linda Lê est un écrivain qui aime à descendre Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau (Bourgois, 2009). Lecteurs et narrateurs y sont et « trompe-la-mort » et « déterreur de vestiges » : « soulever la dalle des mots, c’est rentrer en soi-même tout en côtoyant un autre ». Tel est, encore, le programme de Lame de fond.
Le livre de James Baldwin, La prochaine fois le feu, publié aux USA en 1963, est un texte autobiographique où l’auteur parcourt son enfance et sa vie de jeune adulte triplement discriminé — noir, homosexuel et pauvre.
Cent vingt-neuf. Ils sont, ils étaient, ils sont, cent vingt-neuf. Une longue addition, cent vingt-neuf. Admettons que l’on mette deux secondes pour dire chaque nom et chaque prénom, ça fait quatre minutes et des poussières, quatre minutes et des poussières, c’est court, c’est long, trop court, trop long.
Tout naît d’une demande éditoriale adressée à Erri De Luca, choisir et traduire du yiddish quelques œuvres d’Israel Joshua Singer, frère du Nobel, inconnu du lectorat italien.
« Daho !
M’avez-vous déjà vu quelque part ?
Rafraîchissez-moi donc la mémoire
Extasié devant une toile de Witsen
A Rome, Londres ou Rennes
Vous m’appeliez Étienne… » (Des Attractions Désastres)
Depuis plusieurs mois, l’écrivain Erwan Larher mène un projet formidable dont il me semble important de parler. Il rénove une bâtisse du XVe siècle, le Logis du Musicien, à Mirebeau, dans la Vienne, pour en faire un lieu d’échanges et de partage autour de la création littéraire.
« Crois moi, évite les face-à-face avec les gens du métier, t’es venu te faire des potes, pas lécher des bottes, distribuer ton EP »
We have fallen into the TV while watching the events in Paris. We can’t get out and don’t want to. We, that is, my partner and I, my friends and family and colleagues throughout New York City: Brooklyn, Queens, Manhattan, the Bronx.
Par quel phénomène, souvent inconscient, décide-t-on d’ouvrir un livre ? Pour Amy Grace Loyd, ce furent deux citations en exergue du Bruit des autres. Comment ne pas avoir envie de lire une auteure américaine qui place son premier roman sous le double signe de Marguerite Duras et de Grace Paley ?
Dans les décisives et ardentes premières pages de Critique et clinique, son bientôt ultime ouvrage, Gilles Deleuze, à la lisière crépusculaire et impuissantée de sa propre mort, se saisit de l’écriture comme d’un grand cri de vie contre le néant, défend le geste d’écrire comme ce qui rédimera le vivant devant toutes les disparitions, et déclare depuis sa coutumière vigueur que « La littérature est une santé ». Nul doute qu’une telle sentence, qui porte la littérature à ce point d’incandescence du vivant qui, coûte que coûte, veut demeurer en vie, résonne de toute sa fureur dans le splendide récit tout de roman qu’est Le Cheval de Claude Simon, enfin magnifiquement réédité par les soins de Mireille Calle-Gruber, et tout juste paru aux éditions du Chemin de Fer dans l’inventive collection « Micheline ».
Alors que paraît L’Autre journal d’Hervé Guibert (L’Arbalète Gallimard) — rassemblant les articles que l’écrivain publia en 1985-1986, mais aussi des entretiens et photographies —, retour sur le premier volume de ces Articles intrépides, paru en 2008 chez Gallimard et regroupant les papiers culturels de Guibert dans Le Monde (1977-1985).