Les Coulisses de la rédaction (10) et l’ABCDaire de Christine Marcandier

« Les Coulisses de la rédaction » changent de formule pour quelques semaines, le temps de vous présenter, un peu plus en détails les membres de Diacritik, via abécédaires, auto-interviews, notices pré-nécrologiques et / ou portraits chinois, voire fiches de sites de rencontre que nos diacritiques vous livreront dimanche après dimanche, histoire de développer un peu les biographies décalées de la Newsroom et que vous rencontriez d’un peu plus près ceux qui chaque jour tentent d’inventer leur journal idéal et d’en faire le vôtre.

Cette semaine Diacritik a transporté la rédaction et les dialecteurs à Coney Island, en photos et en textes, avec un petit tour par Los Angeles en bande dessinée. Jean-Philippe a lancé une nouvelle rubrique, l’abécédaire d’écrivains, inaugurée avec brio par Liliane Giraudon ; le magazine a, en réaction contre les calendriers de l’Avent qui fleurissent en cette période de fêtes sur quasi tous les sites d’éditeurs, lancé son contre-calendrier perpétuel, un FMR-ID, qui se constitue avec nos saints laïcs, un écrivain ou un artiste par jour.
Cette semaine, justement Pasolini, Savitzkaya, Liliane Giraudon, Jane Sautière.
Yorick et Olivier Steiner ont tenu leur journal dans le journal ;
On a parlé cuisine (avec la Mafia), beaucoup de cinéma (les frères Larrieu, Spielberg, Nanni Moretti), de la vie sexuelle des super-héros, de Bohème, de bande-dessinée japonaise, de jeu vidéo, on est resté couché, on est parti à Maubeuge et au Monte-en-l’air, on a croisé le Général Instin et une multiple galerie simple.
Laure Limongi nous a offert son cœur furieux et sa raison d’acier, Frank Smith un Écrire pour, BHL une fable, Christophe Honoré une interview ouverte et Nicolas Tellop a fait son entrée dans la Newsroom, en fanfare, en croisant BD et peinture.

Et la semaine prochaine s’annonce tout aussi dingue, avec Benoît Virot et ses vies multiples, une lecture / concert, de la poésie sonore, un retour à Moretti, Arno Bertina, une journée Alban Lefranc (mercredi, on est pour la parité, après deux icônes féminines, un homme…), et une entrée dans la Newsroom jeudi, mais chut.

Pour clore cette semaine folle, le premier portrait d’un diacritique, une, de fait, Christine Marcandier en quelques lettres et beaucoup de livres :

A

comme Livres

img_4111Et comme celui qui pourrait donner le la, note absolue, Eureka Street, un de ces livres à jamais lié à mon histoire, au regard que je porte sur le monde, les êtres. De ces textes qui vous apprennent à respirer, que vous n’avez de cesse de lire, relire, faire découvrir. C’est sans doute le livre que j’ai le plus offert, celui que je conseille quand on me demande « je lis quoi ? », celui dont on sait que transmettre son titre est une confidence, un don, le sens absolu du mot partage. Eureka Street, c’est l’évidence faite roman. Pour illustrer ma monomanie, on notera la possession dans toutes ses versions, en vo, en grand format, en poche.
Eureka Street ? c’est Belfast, les bombes, la violence, la passion… le quotidien de deux trentenaires, l’un catholique et l’autre protestant. Un roman à la fois drôle et tragique, prenant, passionnant, remarquablement composé. Un sens du récit époustouflant. 600 pages que vous lisez en deux jours et vous mettez une vie à vous en remettre. Et puis cet incipit, dément « All stories are love stories« . Ce qu’est ce roman pour moi, une histoire d’amour. Ouvrant à une sorte d’herbier mental :

« Toutes les histoires sont des histoires d’amour », Robert McLiam Wilson, Eureka Street

« Les histoires sont toujours obliques, tu comprends », Geneviève Brisac, Les Filles sont au café

« Cela n’a vraiment rien d’une histoire d’amour », Cloé Korman, Les Hommes couleur

« Un livre est une collaboration entre celui ou celle qui lit et ce qui est lu et, dans le meilleur des cas, cette rencontre est une histoire d’amour comme une autre », Siri Hustvedt, Un été sans les hommes

« Et leur histoire ressemblait à un roman », Tanguy  Viel, La Disparition de Jim Sullivan

« Il n’y a plus d’histoires d’amour », Julia Kristeva, Les Samouraïs

B

Bowie

et la plus belle chanson du monde, si sublimement mise en récit par Lars von Trier dans Breaking the waves, par ailleurs : Life on mars (mais j’aimerais Bowie s’il chantait l’annuaire).

C comme Cosmics

« Celui qui ne perçoit pas la rotation de la Terre n’a jamais été embrassé comme il faut », Mistinguett

« Gloire à Galilée qu’on torture pendant que Copernic », Pierre Desproges (évidemment)

et C comme Chéreau, Patrice Chéreau, ses films, ses mises en scène, sa Reine Margot, l’intimité, la perte, la violence. Et son Napoléon fantôme. Il (me) manque.

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D

Lettre privée, aimée

et

cf. C comme Desproges

et

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G comme Guibert, évidence

et le souvenir d’un été, 2011. Magie absolue de l’Elbe. L’arrivée sur Portoferraio. La montagne quasi tout de suite et ces vues absolument sidérantes, partout la mer et les sommets. Les yeux se perdent, divaguent, on est absorbé par le paysage. Et une idée fixe : Guibert, voir le lieu où il repose.

A peine descendus du ferry, direction Rio Nell’Elba. Route en lacet, étroite et vertigineuse. Regard en plongée vers la mer.

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Et le cimetière, si beau, les chats partout. Tombe introuvable.

On tente de chercher des renseignements sur l’IPhone, vague filet de réseau, internet d’une lenteur sans nom. On abandonne.

Depuis j’ai trouvé. Mais on n’a jamais vu l’image qui suit :

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Installation à l’hôtel. Désespoir de rater le Fou de Vincent, l’intrépide. On repart. Direction l’eremo di Santa Caterina d’Alessandria où Guibert passait des semaines retiré du monde. De nouveau la route en lacet. Puis un chemin de terre, à pied. Et l’ermitage. Fermé.

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Derrière les hauts murs de pierre qui ferment le jardin, des cris d’enfants qui jouent. Dom appelle. On lui répond en allemand. Un homme vient ouvrir, charmant. Apprenant que nous cherchons si Guibert vivait là, il nous ouvre le jardin, nous accompagne, nous montre la pierre, trace de l’écrivain dans les lieux.

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Puis il nous ouvre le bureau où Guibert écrivait. On ne prend évidemment aucune photo. On repart bouleversés. Par la gentillesse de ce couple, la magie du lieu cet instant hors du temps.

Restent les images de La Pudeur ou l’impudeur, ce film si dur si vrai dans lequel ce lieu est un moment suspendu et plein et les photos de Guibert, les mots du journal, de ses livres.

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K

comme Kafka, maître, inspiration, respiration. Kafka pour lequel j’ai appris l’allemand, suis un jour devenue bilingue, ai fait des études d’allemand avant de lâchement les abandonner (ou qu’elles m’abandonnent)

L comme David Lodge

1663442-gfpour Un tout petit monde (Rivages poche) pour les travaux de Persse McGarrigle qui portent sur l’influence de la poésie de T.S. Eliot sur l’œuvre de Shakespeare et nous mènent tout droit au Plagiat par anticipation de Pierre Bayard, chez Minuit. Pour sa peinture du monde universitaire qui me semblait si drôle quand j’ai lu le roman, alors étudiante, et qui me semble si réaliste aujourd’hui, passée de l’autre côté du bureau.

M

comme les aimés : Sophie Calle, Barthes, Daho, Duras, Gainsbourg, Steiner, Lefranc… liste ouverte

N

Lettre privée, aimée

New York, l’autre lieu qui agit comme un aimant.

P comme piles

qui disent quelques-une de mes monomanies

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ou P comme Shrink

Le psy rencontre un nouveau patient, lui demande de s’installer confortablement et lui dit :
– Alors ? Quel est votre problème ? Racontez-moi depuis le début.
– Et bien… Au début,j’ai créé le ciel et la terre…

Q

comme LHOOQ, Duchamp

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R comme Rush Hours

Rencontres avec des écrivains, parmi les moments qui me font respirer… Quelques images, arrêtées en 2014 (et même de 2011 à 2014, il en manque)

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X

voir Q

Z comme Balzac et son Z Marcas.

et le le Zut ! de Rimbaud à Verlaine :

Rêveur, Scapin
Gratte un lapin
Sous sa capote.

Colombina
– Que l’on pina ! –
– Do, mi, – tapote

L’œil du lapin
Qui tôt, tapin,
Est en ribote…

le Zut qui conclut le Bardadrac de Gérard Genette, « ce pourrait être mon dernier mot ».