Livre inclassable et multiforme paru chez Tinbad dans la collection « Chant », Mes Arabes surprend et interpelle dès la lecture de son titre qui transforme une désignation désormais figée en stéréotype, les Arabes, rejetant l’Autre dans son altérité indigène et subalterne, en une invitation au partage, de soi, de l’Autre. La substitution d’une seule lettre – en un son -m (aime) si bien choisi – permet de franchir la ligne de démarcation identitaire, venant inclure l’Autre en soi et soi en l’Autre. Que se noue-t-il dès lors entre ce moi et l’Autre ? Entre Olivier Rachet, écrivain qui a élu domicile au Maroc, et ceux que le titre nomme Arabes ? Et que désigne à la toute fin ce mot ? Quelle réalité, quelle vérité ou quel mensonge de la langue française que l’auteur tente de sonder dans cet essai en forme de récitatif ?
Le titre de ce livre d’Hélène Cixous est imprononçable et incompréhensible : Mdeilmm. Il y a bien là des lettres, il y a ce qui semble être un mot, quelque chose qui paraît lié au langage. Pourtant, on ne saisit aucun sens, on n’aperçoit aucun objet qui serait le référent de ce « mot ». Ce titre dit l’échappement du langage, l’asignifiance, la mise en flottement du sens non hors du langage mais dans le langage lui-même, par le langage.
« Les cavaliers, adroits et vigoureux, caracolaient sur leurs fringants chevaux ; ils se tenaient prêts pour être les premiers à emporter la carcasse du chevreau jusqu’au campement qui se trouvait treize verstes plus loin. Rahmat-bek était lui aussi aux aguets, assis fièrement sur son karabaïr, un grand cheval svelte à la robe noire, aux sabots tout blancs, qui avait une étoile sur le front.
Le motif secret de ces chroniques, c’est la résistance du corps. Si ce qui a été abîmé devait être entièrement reconstitué, le grand danger – pour ce qu’elles font passer, pas pour leur “auteur” – serait leur arrêt, certes brutal, mais signe d’un grand soulagement. Lire demande du temps, et une position du corps assise ou allongée (rarement en mouvement). Une lecture trop rapide peut laisser un souvenir amer : celui de ne pas avoir vraiment vécu un authentique corps à corps avec l’ouvrage traversé, de n’avoir pu en retenir que ce qui est paraphrasable – matière à résumé qui ne questionnerait que notre aptitude à en déterminer “le sens”, sans trop perdre de temps.
Comment finir une histoire ? Comment ne pas verser dans la facilité de clore un cycle à la manière d’un show-runner peu inspiré ? La réponse à l’épineuse question du devenir d’une héroïne emblématique nous est donnée par Jacques Tardi avec Le Bébé des Buttes-Chaumont, ultime épisode des aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec.
Emerveillement et compassion animent sa pratique magnanime, infusent à la fois ses écrits et ses expositions. Le moine bouddhiste Matthieu Ricard vit dans l’Himalaya depuis 1972, où il réalise des photographies de ses maîtres spirituels et de paysages grandioses. Il décrit ainsi la splendeur de la vie sur terre qu’il assortit parfois de citations empreintes de spiritualité.
Où se finit le processus créatif ? à quel moment l’œuvre impose-t-elle son point final ? quand savoir quand l’œuvre proliférante se met à dévorer le créateur lui-même ? L’œuvre de Tolkien, par son immensité, sa précision, ses scrupules, sa puissance imaginative, provoque ces problématiques consubstantielles à la fiction, mais spécifiques à l’émergence, l’édification et l’érection d’un monde secondaire – le premier des mondes secondaires, pourrait-on aller jusqu’à dire, par sa date comme par sa réussite. Les Contes et Légendes inachevés, qui reparaissent chez Bourgois dans une édition à la traduction révisée, illustrée de plus par Alan Lee, John Howe et Ted Nasmith, permettent d’explorer un peu plus la vastitude légendaire de ce territoire imaginaire.
« Il me semble inutile de ne conserver que la trace des aspects satisfaisants de mon existence », écrit Susan Sontag dans son journal, le 1er septembre 1948 (elle a quinze ans), comme une invitation à l’écriture d’une biographie totale et non complaisante de celle qu’elle s’apprêtait à devenir, une icône des lettres américaines. C’est désormais chose faite — et de quelle manière ! — avec le livre que lui consacre Benjamin Moser, récipiendaire du Prix Pulitzer pour son Sontag, publié en France aux éditions Bourgois, dans une traduction de Cécile Roche. Un monument pour un monument, l’équation relevait pourtant du défi impossible.
À la Comédie Française, un Roi Lear du pauvre : un petit spectacle ou le spectacle de la petitesse ?
Shakespeare, Cadiot, Ostermeier et Podalydès réunis pour un Roi Lear de Comédie (française) : l’affiche est trop alléchante pour ne pas être irrésistible. Les billets sont pris cet été pour un spectacle à voir à l’automne, spectacle qu’on imagine grandiose et extravagant.
La 26e édition du festival Les Écrans Documentaires se tiendra du 16 au 22 novembre prochains à l’espace Jean Vilar d’Arcueil. Depuis 1996, ce festival se consacre à l’exploration des formes les plus diverses du documentaire.
Livre polymorphe, L’Expe(r)dition se présente comme la chronique d’une exploration, un récit de voyage, la mise en abyme d’un récit de voyage, un traité de navigation, une confession intime (épistolaire). Il est question de l’exploration de V.J. Béring qui découvrit le point de rupture territorial entre la Sibérie orientale et l’Alaska, là où l’Est et l’Ouest se séparent en se retrouvant.
Tout seul, il étire ses rayons dans le ciel bleu-gris, le soleil. Il y a des gens qui parlent et des gens qui ne parlent pas, des gens qui marchent, et des gens qui font exprès de ne rien faire. La rue sent le fût vide, la cigarette, les rats. L’été a rempli la ville de groupes de gens qui parlaient fort, qui filmaient tout, qui cassaient les verres, vidaient les supermarchés et remplissaient les bus. Depuis, les pavés qui entourent le port sont : noirs. La ville semble : vide.
« Et c’est ici une véritable révolution copernicienne qu’il faut imposer, tant est enracinée en Europe, et dans tous les partis, et dans tous les domaines, de l’extrême droite à l’extrême gauche, l’habitude de faire pour nous, l’habitude de disposer pour nous, l’habitude de penser pour nous, bref l’habitude de nous contester ce droit à l’initiative dont je parlais tout à l’heure et qui est, en définitive, le droit à la personnalité. […] L’heure de nous mêmes a sonné. […] Je ne m’enterre pas dans un particularisme étroit. Mais je ne veux pas non plus me perdre dans un universalisme décharné ». Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez, 24 octobre 1956 (extraits)
Il est une invisibilité de Louis Aragon dans les études sur les intellectuels français et la guerre d’Algérie, pourquoi ? Serait-ce un manque d’engagement de l’intéressé ou bien un ostracisme vis-à-vis d’un membre éminent du PCF ? C’est cet « oubli » qu’Alain Ruscio entend réparer dans son étude récente, Louis Aragon et la question coloniale. Itinéraire d’un anticolonialiste, que viennent de publier les éditions Manifeste !
Créé en juillet 21 au Festival d’Avignon, Liebestod constitue le premier volet d’un diptyque somptueux éprouvant la splendeur de l’amour à l’aune de la souffrance.